Bernard Haitink et la Radio bavaroise sur les sommets mahlériens

Concerts, La Scène, Musique symphonique

Munich. Philharmonie. 16-VI-2016. Gustav Mahler (1860-1911) : Symphonie n° 3. Gerhild Romberger, mezzo-soprano ; Augsburger Domsingknaben (préparés par Reinhard Kammler); dames du Chœur de la Radio Bavaroise (préparées par Yuval Weinberg) ; Orchestre Symphonique de la Radio Bavaroise ; direction : Bernard Haitink.

Haitink Mahler 3 BRSO au cœur de son répertoire : la force du neuf sur des sentiers battus.

Nous autres mélomanes connaissons beaucoup trop les chefs-d’œuvre du répertoire classique. Les habitués du concert n’en finissent plus de réentendre les symphonies de Beethoven, de Mahler ou de Brahms, et ne parlons pas même des disques ou de la radio qui multiplient encore les redites. Comment retrouver, dans ces conditions, le choc de la première fois, l’éclat d’une beauté dans sa première fraîcheur ?

Il y a parfois, dans la routine des concerts d’abonnement, des miracles qui permettent justement cette révélation de l’inouï, et le concert donné ce soir à la Philharmonie de Munich en est un. Cela fait plus d’un demi-siècle que arpente les podiums du monde, et Mahler est l’un de ses compagnons les plus constants. Peut-être faut-il cela, ces décennies d’expérience, pour recréer ainsi l’art à sa naissance – les vedettes agitées de la baguette, les Dudamel ou Nézet-Séguin, y parviendront peut-être au point de faire oublier les Mahler si superficiels de leurs jeunes années.

Nous avions déjà pu admirer les innombrables couleurs, aussi franches que pures, que cet orchestre et ce chef avaient su trouver pour accompagner Christian Gerhaher dans les Rückert-Lieder. Ici, dans les grands espaces de la Symphonie n° 3, la même richesse de couleurs et de nuances est présente, et c’est elle qui fait l’événement. Chaque son est à sa place accoutumée, le tempo n’est jamais bouleversé, la dynamique savamment calculée ne laisse place à aucun effet imprévu : mais le public retient son souffle pendant une heure quarante, parce que les relations de tempo et de dynamique sont d’une rigueur inouïe, et surtout parce que cet art de la couleur jamais en repos, mais jamais imposé pour lui-même, fait entendre chaque son comme si c’était la première fois. Haitink n’est pas, à l’inverse d’un Esa Pekka Salonen, particulièrement assidu pour diriger la musique de notre temps, mais cette approche au plus près de la partition n’en fait pas moins résonner la musique de Mahler dans toute sa modernité radieuse.

Depuis treize ans que Mariss Jansons dirige l’orchestre, les musiciens de Munich ont eu bien des concerts mahlériens mémorables, et même si Bernard Haitink, invité tous les ans, n’est pas pour eux un chef de passage, un concert comme celui-là n’est pas imaginable sans ces longues années de pratique. On admire la manière dont, même dans les pianissimi les plus impalpables des cordes, Haitink maintient une transparence et une richesse du son qui unit les aigus éthérés des violons aux couleurs chaudes des cordes graves ; on admire l’engagement des musiciens de l’orchestre, à qui Haitink demande beaucoup et qui donnent sans compter : les solistes, le hautbois par exemple, ou le Posthorn en arrière-scène, mais aussi les cordes jusqu’au dernier pupitre. Les chœurs participent à l’effort collectif, et donne avec sa sobriété habituelle les mots de Nietzsche à la musique de Mahler ; au bout de la soirée, c’est pourtant la puissance visionnaire de Mahler, fusion de l’infinité de détails travaillés par Haitink en une force tellurique et humaine, qui hante la mémoire des auditeurs.

Photo Peter Meisel/Bayerischer Rundfunk

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