Audace et élégance pour Jonas Kaufmann dans Le chant de la terre

Concerts, La Scène, Musique symphonique

Paris. Théâtre des Champs-Élysées. 23-VI-2016. Ludwig van Beethoven (1770-1827) : Coriolan, ouverture symphonique en ut mineur op.62. Richard Strauss (1864-1949) : Tod und Verklärung, poème symphonique op. 24. Gustav Mahler (1860-1911) : Das Lied von der Erde. Jonas Kaufmann : ténor. Wiener Philharmoniker, direction : Jonathan Nott.

5db974b02e80493f825fcaef923d2dd2913f1653 sait prendre des risques et le démontre encore cette semaine au Théâtre des Champs-Élysées à travers son interprétation des deux rôles dans Le Chant de la Terre de Mahler. C’est à cette audace que l’on reconnaît un artiste de talent sachant constamment se remettre en question.  

On affiche complet ce jeudi 23 juin 2016 avenue Montaigne. Quoi de plus normal lorsque le ténor le plus en vue de la scène lyrique actuelle se produit ! relève un défi étonnant en interprétant intégralement Le Chant de la Terre accompagné par le sublime Wiener Philharmoniker, dirigé ce soir par . Ce n’est pas la première fois que le ténor allemand se risque à ce genre de jeu, et cela dans ce même théâtre. À l’époque, sa prestation nous avait laissé une impression mitigée dans les Kindertotenlieder.

À travers la lutte nerveuse de Corolian, puis un Mort et Transfiguration haut en couleurs et en contrastes en première partie de soirée, le Philharmonique de Vienne prouve une fois de plus son excellence. Vif, précis, avec des plans sonores contrastés, la musique romantique paraît être une évidence pour cet orchestre. n’a plus qu’à se lover dans cet écrin. Pleinement connecté à cet ensemble, c’est plutôt la jonction avec le chanteur qui est un peu plus délicate pour le chef d’orchestre britannique. Mais peut-on lui en tenir rigueur alors qu’il a sauvé le projet in extremis après l’abandon de Daniele Gatti (pour raisons de santé) ?

Jonas Kaufmann affronte ainsi dès le premier lied un orchestre parfois écrasant que la baguette de Nott ne contient pas. La tension du combat entre le ténor et l’orchestre se perçoit tout de même et l’on retrouve in fine un chanteur triomphant face à un orchestre déchainé.

Mais l’apothéose de cette représentation reste Der Abschied, la partie la plus lyrique et la plus introspective de l’œuvre de Mahler. L’équilibre parfait dans ce dialogue entre la voix et les instruments solistes permet de répandre dans le théâtre toute l’expression d’un romantisme intérieur que Kaufmann sait parfaitement véhiculer, fort d’une sensibilité toute en finesse et en profondeur. Ce dernier lied fait ainsi oublier des graves trop peu colorés ou insuffisamment appuyés dans Der Einsame im Herbst notamment, dû à n’en pas douter à sa tessiture. La qualité de ces trente dernières minutes valide la prise de risque du ténor reprenant des parties initialement écrites pour une voix d’alto ou de baryton.

Au-delà de la technique, le plus grand enjeu du Chant de la Terre demeure dans son impact émotionnel. Sur ce point, grâce à ses grandes qualités narratrices soutenues par une incomparable diction détaillant toutes les subtilités du texte et le caractère introverti et douloureux dans lequel il excelle, Jonas Kaufmann a relevé le défi avec sobriété et élégance.

Photo © Gregor Hohenberg

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