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Pour Sortir au Jour, musique d’orchestre de Guillaume Connesson

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Guillaume Connesson (né en 1970) : Flammenschrift ; E chiaro nella valle il fiume appare ; Malsenitsa ; Pour Sortir au Jour. Mathieu Dufour (flûte) ; Brussels Philharmonic, Stéphane Denève (direction). 1 CD Deutsche Grammophon. Durée : 51’08.

 

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0001C’est une idée de voyage qui irrigue cette nouvelle monographie consacrée aux œuvres pour orchestre du compositeur français (né en 1970). En quatre œuvres, le musicien nous fait voyager dans un triptyque d’hommages à des patries de musique (Allemagne, Italie, Russie), puis nous plonge au cœur de l’ailleurs du Livre des Morts égyptiens. Autant de sons, de couleurs et de parfums, retranscrits ici au sein d’une musique à la fois intelligente et sensuelle.

Premier volet de ce triptyque orchestral, Flammenschrift (« Lettres de Feu ») hommage à la musique allemande, a été créé en 2012 par l’Orchestre National de France, dirigé par Daniele Gatti. Les premières notes de la partition aux couleurs éruptives et volcaniques nous plongent d’emblée au sein d’un univers de pure énergie comme souvent dans la musique de , ici colorée d’arêtes furieuses et tranchantes. L’hommage à la musique germanique se fait non seulement au travers d’une écriture motivique typiquement beethovénienne, mais également avec l’usage de clins d’œil, comme des couleurs évoquant Richard Strauss dans le (bref) passage lent central.

Inspiré d’un vers de Leopardi, E chiaro nella valle il fiume appare (« Et claire dans la vallée, la fumée apparaît ») – hommage à la musique italienne – est une commande du 54e Festival International de jeunes chefs de Besançon (2015). Une partition aux teintes pastorales qui tranche par ses couleurs amples et élégiaques. Débutant dans une suave mélodie des violons à l’unisson, l’œuvre nous fait toutefois rapidement pénétrer dans une luxuriance orchestrale faite d’aplats et touches successives. C’est un profond lyrisme qui inonde E chiaro nella valle, comme on aura retenu ce souffle chaud qui parcourt la dernière partie de l’œuvre, emportant l’auditeur vers un ailleurs onirique, à la fois nocturne et intensément lumineux.

Créé en 2012, émanation d’une commande de l’Orchestre National de Bordeaux, Malsenitsa, dernière de cette série de trois hommage musicaux se penche quant à elle sur la Russie. Une oeuvre à la fois pétillante et solennelle où se croisent joyeusement Rismsky-Korsakov, le Stravinsky de Petrouchka, Chostakovitch, jusqu’à un hiératique chœur orthodoxe imagé par des cordes ténues.

La mythologie est également une importante source d’inspiration pour Guillaume Connesson. Tiré du Livre des Morts égyptien dont il reprend le titre originel, le concerto pour flûte Pour Sortir au Jour fut créé en 2014 par le Chicago Symphony Orchestra sous la direction de Charles Dutoit, avec en soliste , flûte principale du Philharmonique de Berlin. Toujours ici sous les doigts investis du dédicataire, les images du monde de l’au-delà traversées par le mort prennent des allures tantôt solennelles lors de la Danse processionnelle (arrivée du cortège funèbre sur les rives du Nil), aux houles de lumières de l’Entrée dans la Douat (entrée dans le monde d’En-Bas où le réel n’a plus prise), en passant par la mystérieuse Danse de la Justification, l’impression d’onirisme halluciné de la Balance des Dieux (dans laquelle on entend quelques rappels du Daphnis de Ravel), jusqu’à la solaire Danse dans les champs de Lalou (où l’âme du défunt peut enfin trouver le repos après avoir traversé toutes ces épreuves), final explosif à la vivacité typique de l’esprit de la musique de Connesson. On aura également remarqué la présence au sein de l’orchestre d’un petit ensemble « égyptien » donnant une couleur locale qui s’avère parfois jouissive lorsqu’au lieu de mélodies aux allures exotiques, les hautbois présentent un riff quasi funk au début du finale.

Avec un plein d’énergie et un chef spécialiste de la musique du compositeur en la personne de , on ne pouvait imaginer meilleurs interprètes à cette musique à la fois dense, luxuriante et rafraîchissante.

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Guillaume Connesson (né en 1970) : Flammenschrift ; E chiaro nella valle il fiume appare ; Malsenitsa ; Pour Sortir au Jour. Mathieu Dufour (flûte) ; Brussels Philharmonic, Stéphane Denève (direction). 1 CD Deutsche Grammophon. Durée : 51’08.

 
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