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L’Ensemble Polygones, jeunes talents dans le vent

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Paris. Archives nationales. 22-VII-2016. Max Bruch (1838-1920) : 8 pièces pour clarinette, violoncelle et piano op. 83 (extraits) ; Franz Schreker (1878-1934) : Der Wind pour clarinette, violon, cor, violoncelle et piano ; Johannes Brahms (1833-1897) : Trio pour violon, cor et piano op. 40 ; Camille Pépin (née en 1990) : Luna pour clarinette, violon, cor, violoncelle et piano. Ensemble Polygones : Carjez Gerretsen, clarinette ; Louise Salmona, violon ; Alexandre Collard, cor ; Natacha Colmez-Collard, violoncelle ; Guillaume Sigier, piano.

polygonesDans le cadre du festival Jeunes Talents, la cour de Guise des Archives nationales accueillait un ensemble original et très prometteur pour un concert en plein air sur le thème « ciel et terre ».

Le répertoire pour un ensemble piano, violon, violoncelle, cor et clarinette est presque inexistant ; les musiciens de Polygones ont tout de même trouvé Wind (« vent ») de , une de ses seules œuvres de musique de chambre, sorte de poème symphonique pour petite formation écrit à partir d’un texte de Grete Wiesenthal. L’écriture impressionniste de cette rareté, qui évoque immanquablement Debussy, illustre à merveille le thème. Très à l’aise, les musiciens font preuve d’une grande sensibilité, et d’une belle solidité lorsque le vent, comme appelé par son évocation musicale, s’en mêle et s’attaque sans ménagement à leurs partitions.

Deux trios avec vents permettent d’explorer le thème plus avant. D’abord deux des huit pièces pour violoncelle, clarinette et piano de Bruch : Nachtgesang (« chant de nuit »), où clarinette et violoncelle dialoguent à distance sur de longues et belles mélodies, et Allegro agitato, dans laquelle on note une entente remarquable des trois musiciens, pour cette partition solaire et énergique. Puis le trio de Brahms pour cor, violon et piano, trois instruments dont il a joué dans sa jeunesse. Les circonstances de la composition, séjour dans la Forêt-Noire et décès de sa mère, se retrouvent notamment dans un premier mouvement Andante dont le lyrisme un peu décousu évoque volontiers la nature, et dans un troisième Adagio mesto sombre, fantomatique, litanique. Les musiciens se sortent bien des passages difficiles, en particulier le cor étonnamment précis d’Alexandre Collard, pas épargné pourtant par la partition. Au plein air, la musique de Brahms perd de sa graisse, mais les interprètes de ce soir réussissent à en transmettre toute la fantaisie, la malice et la massiveté.

Retour, enfin, à la formation complète, pour ce qui s’avère le clou de la soirée : une œuvre commandée à la jeune compositrice , déjà présente pour un concert en hommage à Henri Dutilleux deux jours plus tôt. Luna, écrite en 2016, est une œuvre en trois parties enchaînées qui figurent un passage de la nuit à la lumière (Luna, Aurora et Sol). L’écriture, tonale mais avec des libertés, parvient par des moyens relativement conventionnels (longs trilles, notes redoublées ou longues tenues, vrombissements divers, motifs répétés…), à créer une ambiance loin d’être factice. La pièce fait joliment écho à celle de Schreker, tout en ayant une personnalité propre qui fait dire que , tout comme l’, a un bel avenir devant elle.

Ce concert illustre bien le triple intérêt du travail de l’association Jeunes Talents : donner une vie musicale à un lieu patrimonial, faire découvrir de jeunes musiciens professionnels et promouvoir la création contemporaine.

Crédits photographiques : © Meghdad Shamsolvaezin

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Paris. Archives nationales. 22-VII-2016. Max Bruch (1838-1920) : 8 pièces pour clarinette, violoncelle et piano op. 83 (extraits) ; Franz Schreker (1878-1934) : Der Wind pour clarinette, violon, cor, violoncelle et piano ; Johannes Brahms (1833-1897) : Trio pour violon, cor et piano op. 40 ; Camille Pépin (née en 1990) : Luna pour clarinette, violon, cor, violoncelle et piano. Ensemble Polygones : Carjez Gerretsen, clarinette ; Louise Salmona, violon ; Alexandre Collard, cor ; Natacha Colmez-Collard, violoncelle ; Guillaume Sigier, piano.

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