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Le retour de Rigoletto aux Soirées lyriques de Sanxay

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Sanxay. Théâtre gallo-romain. 12 et 14-VIII-2016. Giuseppe Verdi (1813-1901) : Rigoletto, opéra en 3 actes sur un livret de Francesco Maria Piave. Mise en scène : Agostino Taboga. Scénographie & création vidéo : Andrea Tocchio & Virginio Levrio. Costumes : Shizuko Omachi. Avec : Carlos Almaguer, Rigoletto ; Olga Pudova, Gilda ; Stefan Pop, Duc de Mantoue ; Felipe Bou, Sparafucile ; Ketevan Kemoklidze, Maddalena ; Mika Guliashvili, Monterone ; Aline Martin, Giovanna ; Armen Karapetyan, Marullo ; Blandine Folio Peres, Comtesse de Ceprano ; Fabien Leriche, Compte de Ceprano ; Alfred Bironien, Borsa. Chœurs des Soirées Lyriques de Sanxay (direction : Stefano Visconti), Orchestre des Soirées Lyriques de Sanxay, direction : Eric Hull.

RIGOLETTO007Pour sa 17e édition, les Soirées lyriques de Sanxay renouent avec Rigoletto, qui leur avait porté chance lors de la création du festival en 2000, et invitent un habitué des lieux, le ténor coréen , pour un récital d’airs d’opéras italiens et français ; une manière de mesurer le chemin parcouru pour cette manifestation devenue le troisième festival lyrique de l’hexagone.

Loin de la mode des opéras en plein air, qui à grand renfort de sonorisation prétendent élargir le public de l’opéra sous prétexte qu’ils se situent en extérieur avec la contribution de metteurs en scène « people », les Soirées lyriques ont fait le choix de l’exigence afin de respecter ce qui fait l’essence même de l’art lyrique, à savoir de vraies voix, projetées dans l’acoustique naturelle du théâtre antique du site gallo-romain de Sanxay. Par une politique tarifaire attractive, des distributions solides et la mise en place d’un surtitrage, la sincérité de la démarche de Christophe Blugeon et de ses bénévoles ne peut que susciter une adhésion sans réserve. Leur travail et leur force de conviction contribuent à offrir un spectacle d’opéra de qualité à un public de 10 000 personnes qui majoritairement ne bénéficient pas de salles dédiées et qui surtout, preuve de la réussite du projet, reviennent chaque année !

Pour Rigoletto, la distribution internationale est d’une grande homogénéité. Le baryton est un familier du rôle titre qu’il chante régulièrement dans de nombreuses salles européennes. En grande forme, se voix ne connaît aucune difficulté de projection. Le timbre est beau, riche en couleurs et il apporte de belles nuances pour dessiner les contours d’un bouffon ambivalent, arrogant, aimant et oppressant puis finalement déchirant dans ses imprécations contre les « Corteggiani » et dans sa terrifiante déchéance finale. est une très belle Gilda, juvénile et innocente, à la ligne de chant impeccable, avec une pureté d’émission qui fait des merveilles dans le « Gualtier Malde ». Le timbre pulpeux accompagne des vocalises nettes, sans laisser l’incarnation de côté. est lui aussi familier du duc de Mantoue. Sa vaillance, la séduction de son timbre et son abattage emportent l’adhésion du public de Sanxay auquel il offre un bis de « la donna e mobile ». Son duo avec Ketevan Kemoklidze est savoureux. La mezzo géorgienne apporte à cette scène une science du jeu proprement confondante, amusant le public avec sa Maddalena séductrice et coriace, ne s’en laissant pas conter par les hommes, qu’ils soient duc ou frère. Ajouter à cela une belle voix caverneuse et remarquablement projetée dans la scène de l’orage et l’on obtient une belle révélation. Felipe Bou s’inscrit dans la même ligne en accordant une grande attention à son incarnation d’un Sparafucile veule et inquiétant. Son art du phrasé fait des duos avec Rigoletto une grande réussite. Tous les comprimari complètent avantageusement la distribution

Par un sobre jeu de draperies et d’éclairages, le metteur en scène suggère les espaces et les ambiances en évitant la reconstitution lourde et couteuse ou l’actualisation sans fond. S’appuyant sur l’élégance des costumes de Shizuko Omachi, il accompagne avec intelligence le public dans sa compréhension du livret comme par exemple sur la scène du bal de l’acte I qui montre les courtisans mimer une orgie romaine quand Monterone surgit, revêtu des habits de grand prêtre et arborant la croix des premiers chrétiens.

Enfin, le chef connaît bien l’orchestre du festival qu’il a souvent dirigé. Cette complicité ainsi que la qualité du chœur, dirigé par Stefano Visconti, aboutissent à homogénéiser la pâte orchestrale, à éviter les décalages, à assurer des attaques nettes avec des variations de tempi propres à maintenir la tension. Le plaisir d’offrir un spectacle de qualité est manifeste et le public ne s’y trompe pas en réservant, malgré une nuit assez fraîche, une longue ovation.

Deux jours plus tard, c’est au ténor coréen , qui avait connu un grand succès l’année dernière dans Turandot, d’enflammer le public des soirées lyriques. Annoncé souffrant, la ligne de chant verdienne qui compose majoritairement la première partie du concert, ne pouvait que le mettre en difficulté. Le « Di quella pira » est économe, l’air d’Alvaro dans « La forza del destino » le voit à bout de souffle et celui du Cid de Massenet (« O Souverain »), bien qu’engagé, n’est pas son répertoire de prédilection. Mais voilà que le ténor revient pour une deuxième partie davantage tournée vers le répertoire vériste proprement sidérante. Tout y est : projection, investissement dramatique, belle ligne de chant, homogénéité du timbre. Le grand air de Pagliacci laisse entrevoir un interprète majeur du rôle, le « E lucevan le stelle » est superbe et pour finir le « Nessun Dorma », donné en bis, soulève le public en une frémissante standing ovation. Bluffant !

Ainsi, élargir l’accès de l’opéra au plus grand nombre peut ne pas rester un vain mot. Les Soirées lyriques de Sanxay le prouvent avec intelligence et sensibilité.

Crédits photographiques : Philippe Lavaud

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Sanxay. Théâtre gallo-romain. 12 et 14-VIII-2016. Giuseppe Verdi (1813-1901) : Rigoletto, opéra en 3 actes sur un livret de Francesco Maria Piave. Mise en scène : Agostino Taboga. Scénographie & création vidéo : Andrea Tocchio & Virginio Levrio. Costumes : Shizuko Omachi. Avec : Carlos Almaguer, Rigoletto ; Olga Pudova, Gilda ; Stefan Pop, Duc de Mantoue ; Felipe Bou, Sparafucile ; Ketevan Kemoklidze, Maddalena ; Mika Guliashvili, Monterone ; Aline Martin, Giovanna ; Armen Karapetyan, Marullo ; Blandine Folio Peres, Comtesse de Ceprano ; Fabien Leriche, Compte de Ceprano ; Alfred Bironien, Borsa. Chœurs des Soirées Lyriques de Sanxay (direction : Stefano Visconti), Orchestre des Soirées Lyriques de Sanxay, direction : Eric Hull.

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