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A Journey de Pretty Yende : histoire d’une promesse

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Pretty Yende, a journey. Œuvres de Vincenzo Bellini (1801-1835), Léo Delibes (1836-1891), Gaetano Donizetti (1797-1848), Charles Gounod (1818-1893), Gioacchino Rossini (1792-1868). Pretty Yende, soprano. Coro del teatro municipale di Piacenza. Orchestre symphonique national de la RAI, direction : Marco Armiliato. 1 CD Sony. Enregistré en septembre 2015. Durée : 69’03.

 

pretty-yendey-a-journeyPlácido Domingo ne tarit pas d’éloges sur la grande lauréate de son concours Operalia que les plus grandes scènes internationales s’arrachent désormais. Auréolée de ses succès et d’une rumeur favorable croissante, la soprano sud-africaine présente son album « carte de visite » avant que l’on ne découvre sa Lucia di Lammermoor à l’opéra Bastille en octobre prochain.

Ce premier album, l’a voulu comme une « photographie » de son début de carrière. Sans éviter l’accumulation d’airs hétéroclites propre à ce type d’enregistrement, ce choix intelligent permet de faire figurer au programme des airs un peu moins rebattus comme celui d’Adèle dans Le Comte Ory, et d’entendre du Roméo et Juliette de Gounod un autre air que le traditionnel « je veux vivre dans un rêve … ». L’ennui pourrait guetter mais comment ne pas tomber sous le charme de ce timbre riche, légèrement corsé, homogène sur l’ensemble de la tessiture, singulier par cet alliage précieux d’aigus percutants et de graves jamais poitrinés qui laissent transparaître, à de furtifs moments, des accents callassiens.

On est d’emblée surpris par la virtuosité déployée dans l’air de Rosine du Barbier de Séville où les ornementations que la soprano propose témoignent d’une grande créativité. Si le duo de Lakmé avec Kate Aldrich fonctionne très bien sans être particulièrement mémorable, les airs de Beatrice di Tenda et surtout du Comte Ory sont des morceaux de bravoure stupéfiants, mettant en valeur la technicité éblouissante de l’artiste dont les vocalises, trilles, roulades et notes piquées sont aussi belles et précises dans l’aigu que dans le grave. L’air de Juliette « Dieu quel frisson court dans mes veines » apporte un moment de respiration bienvenu dans cette débauche de virtuosité. Délaissant ici le répertoire de soprano colorature classique, elle y assume pleinement l’écriture plus sobre et lyrique de Gounod et même si la prononciation du français demeure perfectible, on peut d’ores et déjà entrevoir ce que pourrait être la suite de sa carrière.

Enfin, les airs de Lucia di Lamermmoor (« Regnava nel silenzio … Quando rapito in estasi ») et d’I Puritani (« O rendetemi la speme … Vien Diletto, E in ciel la luna ») témoignent d’un attachement aux mots d’autant plus appréciable qu’il s’accompagne d’un superbe phrasé, particulièrement travaillé. La soprano apporte beaucoup de nuances, travaille les sons et les accents et semble davantage incarner ces deux personnages que les précédents, conférant une grande émotion à ces pages très souvent entendues. D’aucuns pourraient arguer que la ligne de chant de la cabalette finale d’I Puritani est bousculée par la liberté et la sophistication des ornementations, mais la folie de son Elvira n’en est que plus singulière notamment grâce au contraste avec la première partie de l’air aux longues phrases aériennes et extatiques.

La qualité d’accompagnement de et de l’ est à souligner. Le chef sculpte de très belles sonorités, contraste et apporte des variations de dynamiques qui rendent l’album très efficace avec une belle prise de son.

Pretty Yende donnera son premier récital parisien au théâtre des Champs-Élysées en juin 2017. Courez-y, il est toujours émouvant d’assister aux débuts d’une carrière pleine de promesses.

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Pretty Yende, a journey. Œuvres de Vincenzo Bellini (1801-1835), Léo Delibes (1836-1891), Gaetano Donizetti (1797-1848), Charles Gounod (1818-1893), Gioacchino Rossini (1792-1868). Pretty Yende, soprano. Coro del teatro municipale di Piacenza. Orchestre symphonique national de la RAI, direction : Marco Armiliato. 1 CD Sony. Enregistré en septembre 2015. Durée : 69’03.

 
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