Brillante ouverture de saison du Philharmonique de Radio France

Concerts, La Scène, Musique symphonique

Paris. Auditorium de la Maison de la Radio. 16-IX-2016. Einojuhani Rautavaara (1928-2016) : Lapsimessu (Messe des enfants), pour chœur d’enfants et orchestre à cordes. Max Bruch (1838-1920) : Concerto pour violon et orchestre n°1 en sol mineur, op.26. Richard Strauss (1864-1949) : Eine Alpensinfonie, op.64. Renaud Capuçon, violon ; Maîtrise de Radio France (chef de chœur : Sofi Jeannin) ; Orchestre Philharmonique de Radio France ; direction : Mikko Franck.

mradiofranceLe concert d’ouverture de la nouvelle saison de l’ est un présage de prochains succès.

Mikko Frank a voulu dédier à son compatriote, le compositeur , décédé en juillet dernier, son premier concert de l’année. L’occasion est belle de découvrir l’œuvre atypique d’un musicien que le grand public méconnaît. La Messe des enfants est un véritable bijou : chaque mouvement de cette messe brève est d’abord chanté a cappella, puis suivi d’une méditation aux cordes, qui reprend les thèmes du chœur et les amplifie. Deux styles se répondent donc avec bonheur : celui des parties vocales, au contrepoint diaphane, et celui des parties orchestrales, plus savant, plus instrumental.

Ces alternances sont d’autant plus réussies que la se livre à un travail d’une impeccable rigueur, sous l’égide de . Dans les pupitres aigus tout particulièrement, on admire l’homogénéité du son, la vigueur d’intonation, l’aisance même de ces toutes jeunes voix, au milieu des embûches chromatiques. Les cordes savent trouver, elles aussi, un équilibre sonore probant dans chaque nouveau mode de jeu que le compositeur se plaît à leur faire adopter : la méditation sur l’Agnus, toute en trémolos qui s’écoulent peu à peu des violons jusqu’aux profondeurs des contrebasses, fait une impression particulièrement vive. Ces textures si travaillées se trouvent réunies pour notre bonheur dans un tutti final, un Halleluja curieusement placé. Cette apothéose aux rythmes irréguliers brûle d’un feu tout intérieur.

Deuil dans Bruch, jubilation dans Strauss

Nous pensions mieux connaître la musique du Concerto de Bruch ; mais c’est sans compter sur , qui à la surprise générale, en donne une lecture grave jusqu’à la noirceur. Excepté dans l’Allegro energico conclusif, immanquablement dansant, le jeu du soliste reste distancié, indifférent aux éclats de l’orchestre – raide, pourrions-nous dire parfois. Avec, pour tout bis, une mélodie de l’Orphée de Gluck dans toute sa nudité, l’idée se confirme que le deuil de Rautavaara s’est prolongé d’un concerto.

Mais l’orchestre est loin d’avoir dit son dernier mot. Réuni au grand complet, il attaque la Symphonie alpestre de Strauss avec une ardeur superbe. Dès les premières mesures, le public est saisi ; la musique acquiert une dimension supplémentaire, celle de la sincérité. Le mérite en revient aux musiciens autant qu’à  : loin de se perdre dans les méandres complexes du tissu d’orchestre, le chef parvient toujours à donner vie au matériau sonore, si bien que l’âme s’abandonne et se plaît à vagabonder en compagnie du promeneur, suivant son ascension le long du ruisseau, son arrivée sur les cimes, sa descente au milieu de la tempête, pour retrouver le calme d’une nuit profonde. On ne quitte ces paysages de montagne qu’avec une certitude : c’est une grande saison qui s’annonce, le Philharmonique est au sommet !

Crédit photographique : © Hélène Béraud – RF

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