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Le piano de Philip Glass en cinémascope

À emporter, CD, Musique de chambre et récital

Philip Glass (né en 1937) : Madrush ; Metamorphosis Two ; 600 lines ; The sound of silence. Glassworlds Vol.5. Nicolas Horvath, piano. Enregistré au Temple Saint-Marcel à Paris en mars 2014. 1 CD Grand Piano. Notice trilingue (anglais/français/allemand). Durée : 72’57.

 

nhCe volume 5 de ce qui pourrait être une intégrale de la musique composée ou transcrite pour piano du grand compositeur américain par fait voisiner, à l’instar des volumes précédents, classiques et inédits, et fait entendre une approche inhabituelle de pièces que l’on pensait figées à jamais dans le marbre d’une esthétique.

« Je suis certaine qu’un jour il réalisera quelque chose de très important dans le monde de la musique », prophétisa Nadia Boulanger au sujet de son élève américain. Bien vu ! , à 79 ans, est aujourd’hui « le compositeur-pas-encore-mort » le plus fêté par les spécialistes autant que par le grand public qu’il a su toucher au moyen d’un style populaire et exigeant qui n’appartient qu’à lui. La nuit blanche Glassworlds que a donnée le 1er octobre dernier à la Philharmonie de Paris a vu, au terme de onze heures non stop, le public rappeler le jeune pianiste durant plus d’une heure. De mémoire de mélomane, l’on n’avait pas vu cela depuis la grande époque Chéreau/Boulez à Bayreuth ! Cadeau pour les glassiens et pour le compositeur qui, s’il avait été là, aurait vu défiler toute sa vie.

Le style de Nicolas Horvath, en vrai comme au disque, est tout autre autre que celui de ses devanciers (le compositeur, son alter ego Michael Riesman, Paul Barnes, Maki Namekawa). Quand il n’est pas d’une infinie douceur, confronté à la mélancolie récurrente de cette musique, le doigté affiche une virtuosité qui évoque les défis lisztiens. L’impression initiale d’un jeu un brin démonstratif laisse ensuite place au sentiment que le pianiste, amoureux fou d’un compositeur qui le bouleverse autant que Chopin, veut offrir à sa musique née de l’intime (Glass dit avec humilité que ses propres Études ont fait de lui-même un meilleur pianiste ! ) le cinémascope des Steinways, des grandes salles de concert (Horvath a joué en 2015 la première intégrale des Études à Carnegie Hall). Le piano de Glass en technicolor : certes inhabituel pour les gardiens du temple glassien mais assurément convaincant dans l’absolu.

Après avoir révélé le superbe Dreaming awake sur le volume 1, l’irrésistible A secret solo et Piano Sonata n° 2, une pièce d’avant le « grand coup de pied dans la fourmilière sérielle » (ainsi que le dit avec humour le compositeur lui-même) sur le volume 3, fait tenir, moyennant quelques reprises et tempi, les 20 Études sur un seul CD, Horvath ouvre le cinquième chapitre de Glassworlds avec la matrice Madrush, dans une version idéalement maîtrisée et plus longue que celle de 1989 sous les doigts du compositeur. Ayant visiblement été très à l’affût des concerts solo de Glass, Horvath enchaîne avec une nouvelle version d’un recueillement extrême d’une de ses plus belles pièces, Metamorphosis Two, puis avec le grand écart compositionnel d’une première mondiale : 600 lines, radicale composition de 1968 pour vents et synthétiseur conçue comme exercice pour le frais émoulu Ensemble d’alors mais qui n’est que jeu pour le pianiste français d’aujourd’hui.

En conclusion une transcription très émouvante par Glass du tube de Paul Simon The sound of silence achève de faire naître l’idée que, sous les doigts de Nicolas Horvath, la France rend à Philip Glass le statut qu’elle lui a longtemps dénié : le classique qu’il est devenu.

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