Récital Beethoven et Schubert par Maria João Pires

Concerts, La Scène, Musique de chambre et récital

Paris. Philharmonie 1, Grande salle Pierre Boulez. 1-XII-2016. Ludwig van Beethoven (1770-1827 ) : Sonate n°32 en ut mineur op. 111 ; Franz Schubert (1797-1828) : Sonate n°21 en si bémol majeur D. 960. Maria João Pires, piano.

pires_photo_5_credit_felix_broede_deutsche_grammophonÀ la Philharmonie de Paris, a proposé un moment musical d’un romantisme total, réunissant Schubert et son modèle de toujours, Beethoven, dans leurs ultimes sonates pour piano.

Dans ces deux œuvres crépusculaires, la pianiste portugaise parvient à un rare niveau d’intensité musicale. Elle frappe d’abord dans l’opus 111 de Beethoven par son sens de la dramaturgie. Le premier mouvement est fougueux, en forme de protestation véhémente ; s’y montre acharnée, intraitable avec le motif de base, sans cesse amplifié et déformé. La puissance de son jeu est réelle (au détriment parfois de la netteté de certains aigus) et dégage un souffle conquérant. Le deuxième mouvement, lui, est exécuté avec une délicatesse et une sensibilité qui plongent dans le recueillement. Dans cet Arietta, Maria João Pires élève une prière si pure qu’elle essuiera elle-même une larme… Elle nous révèle toutes les nuances chromatiques de cette partition rêveuse et parfois dissonante. Son jeu évolue avec l’écriture, s’animant progressivement jusqu’au jaillissement du swing, moment d’extrême exaltation. Dans la coda enfin, ses trilles nous entraînent hors du temps, dans un monde de contemplation.

En seconde partie, Maria João Pires se montre remarquable schubertienne par sa finesse d’interprétation dans la sonate n° 21 du compositeur viennois. Elle donne tout leur sens aux fameuses « divines longueurs » décrites par Schumann, exposant puis réexposant d’une allure tranquille les thèmes du premier mouvement. Sous ses doigts inspirés, ces répétitions revêtent une signification de mélancolie douce et résignée, qui est probablement l’essence même de l’œuvre. L’Andante qui suit prend plus que jamais un aspect testamentaire : d’une grande retenue, la pianiste laisse parler la partition. Rythmé par la main gauche, le mouvement s’achève en majeur dans un souffle imperceptible, qu’elle donne à comprendre comme une entrée dans l’éternité. Maria João Pires livre encore avec beaucoup de cœur les deux derniers mouvements, beaucoup plus allègres et presque dansants (Scherzo), ressuscitant quelque chose d’un esprit viennois, folâtre et léger, traversé cependant d’interrogations enflammées (Allegro ma non troppo). On garde le sentiment d’une interprétation exemplaire de ces œuvres bouleversantes.

Crédits photographiques : Maria João Pires © Felix Broede / Deutsche Grammophon

Banniere-ClefsResmu-ok

Mots-clefs de cet article
Reproduire cet article : Vous avez aimé cet article ? N’hésitez pas à le faire savoir sur votre site, votre blog, etc. ! Le site de ResMusica est protégé par la propriété intellectuelle, mais vous pouvez reproduire de courtes citations de cet article, à condition de faire un lien vers cette page. Pour toute demande de reproduction du texte, écrivez-nous en citant la source que vous voulez reproduire ainsi que le site sur lequel il sera éventuellement autorisé à être reproduit.