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L’île du rêve de Reynaldo Hahn : envolez-vous en première classe

La Scène, Opéra, Opéras

Paris. Théâtre de l’Athénée. 6-XII-2016. Reynaldo Hahn (1874-1947) : L’île du rêve, opéra en trois actes sur un livret d’André Alexandre et Georges Hartmann d’après Pierre Loti. Mise en scène, décor et costumes : Olivier Dhénin. Lumières : Anne Terrasse. Chorégraphie : Thibault Perrine. Avec : Marion Tassou, Mahénu ; Enguerrand de Hys, Loti ; Eléonore Pancrazi, Téria/Oréna ; Safir Behloul, Tsen-Lee ; Ronan Debois, Taïrapa ; Ensemble vocal Dionysos, direction : Thomas Palmer. Orchestre du festival au pays de Pierre Loti, direction : Julien Masmondet.

 

jm161520En programmant le premier opéra de , le théâtre de l’Athénée permet au spectateur de découvrir une musique riche et élégante et de se replonger dans l’œuvre de Pierre Loti. Surtout, grâce à un orchestre chambriste et à l’intimité que procure le théâtre de l’Athénée, il ressuscite avec une nostalgie heureuse l’esprit des salons parisiens de la fin du XIXe siècle. Sans conteste, une expérience rare à ne pas rater.

En 1871, Pierre Loti, âgé de 21 ans, fait escale à Tahiti. C’est pendant son séjour qu’il écrira Le Mariage de Loti, ouvrage très personnel où il relate son expérience de la Polynésie par le prisme d’un amour éphémère et de sa recherche d’une éventuelle descendance de son frère. Cet ouvrage sert de trame au livret du premier opéra de , L’Île du rêve créé en 1898 à l’Opéra-Comique.

a choisi de diriger une version chambriste fidèle à l’originale (réalisée par ) pour douze musiciens, cinq chanteurs et un chœur. Cette option est d’autant plus judicieuse qu’elle bénéficie de l’acoustique intime du théâtre de l’Athénée qui lui offre par ailleurs un superbe écrin.

À l’écoute de cette musique profondément lyrique, luxuriante et enivrante, comment ne pas penser à Massenet dont Reynaldo Hahn a été l’élève, et peut-être plus particulièrement à « l’exotisme » de sa Thaïs composée quelques années auparavant. La première fut un succès considérable mais l’œuvre est tombée dans l’oubli et l’on ne peut que se désoler de constater qu’aucun enregistrement n’existe. On partage donc l’enthousiasme de à faire renaître cette musique que l’on écoute aujourd’hui un peu comme le narrateur observe l’agonie d’un monde à la fin d’À la recherche du temps perdu. Manifestation d’une nostalgie douloureuse et légère à la fois, L’île du rêve rappelle que la musique de Reynaldo Hahn ne se borne pas à son opérette Ciboulette. Les actes sont des crescendos vers de sublimes duos tendres et exaltés et les airs ne sont pas sans évoquer la grande richesse mélodique et harmonique dont le compositeur fera preuve dans l’écriture de ses mélodies qui feront de lui le roi des salons parisiens de la Belle Époque.

La mise en scène épurée d’ recherche avant tout les évocations pour révéler une histoire d’amour simple et pas si éphémère même si elle est condamnée par les différences culturelles. S’en dégage une impression de douce sérénité, une forme de naïveté aussi qui sert à illustrer le fantasme occidental sur la culture polynésienne. Les photographies d’époque ainsi que les peintures suscitent le voyage non seulement géographique mais aussi temporel vers une époque où l’exotisme pouvait encore exister. Les costumes et chorégraphies, simples et graphiques, participent de cette vision.

À l’image de leur chef, les chanteurs sont particulièrement investis dans cette résurrection du chant français. Si le timbre clair d’ (Loti) ne séduit pas forcément d’emblée, son monologue d’adieu est bouleversant. La limpidité de sa diction et le raffinement de son phrasé témoignent en outre de son attention aux mots et de sa proximité avec ce répertoire qu’il sert avec une grande intelligence musicale. bénéficie d’un timbre fruité et séduisant et elle assume avec beaucoup de délicatesse la préciosité de l’écriture musicale tout en valorisant l’émotion de ce personnage attachant, destiné à l’abandon et au renoncement. Le marchand Chinois de et le vieux Taïrapa de compensent un chant moins châtié et élégant par une belle présence et un joli sens de la déclamation. Belle découverte enfin que le beau mezzo d’ qui assume les deux rôles de Teria et de la princesse Orena et remporte un succès mérité en raison d’un chant assuré, d’une émission homogène sur l’ensemble de la tessiture et d’un investissement scénique très touchant.

À la tête de l’ et des Choristes de l’, Julien Masmondet  dirige avec élégance et précision cette musique sans oublier de soigner ses luxueuses sonorités et de ménager des moments de tension et de ferveur. Malgré le caractère parfois périlleux de l’exercice de la réduction orchestrale, les thèmes et mélodies sont remarquablement conduits, de même que le chœur juste et particulièrement séduisant. Ce plaisir communicatif à faire de la musique ensemble contribue au succès mérité de ce spectacle. On ne peut qu’encourager le public parisien à sortir des sentiers battus et à courir au théâtre de l’Athénée pour renouer avec ce sentiment parfois exaltant qu’est la nostalgie.

Crédit photographique : © Julien Mignot

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