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Dorothea Röschmann, future grande soprano wagnérienne ?

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Luxembourg. Salle de Musique de Chambre de la Philharmonie. 13-XII-2016. Franz Schubert (1797-1828) : « Heiss mich nicht reden », « So lasst mich scheinen », « Nur wer die Sehnsucht kennt » extraits de Gesänge aus Wilhelm Meister op. 62 D 877, « Kennst du das Land » D 321, « Nachtstück » op. 36 n°2 D 672 ; Gustav Mahler (1860-1911) : « Blicket mir nicht in die Lieder », « Ich atmet’ einen Linden Duft », « Um Mitternacht », « Liebst du um Schönheit », « Ich bin der Welt abhanden gekommen » ; Hugo Wolf (1860-1903) : « Gesang Weylas », « An eine Aeolsharfe », « Erstes Liebeslied eines Mädchens », « Denk’es, o Seele », « Im Frühling », « Begegnung », « Mignon I : Heisst mich nicht reden », « Mignon II : Nur wer die Sehnsucht kennt », « Mignon III : So lasst mich scheinen », « Mignon IV : Kennst du das Land ». Avec : Dorothea Röschmann, soprano ; Malcolm Martineau, piano.

harald_hoffmann__sony_entertainmentresizedDans un répertoire entièrement germanique, la soprano autrichienne s’affirme comme une des meilleures chanteuses de lieder de sa génération. L’évolution actuelle de sa voix pourrait faire espérer de profonds changements de répertoire pour les années à venir.

C’est plus souvent qu’on aimerait entendre des programmes d’une telle richesse musicale et d’une telle cohérence thématique. Commencée avec l’audition de quatre chants tirés par Schubert du Wilhelm Meister de Goethe, la soirée s’achève avec les mêmes textes mais cette fois-ci mis en musique par Wolf. De manière à parachever cet effet de chiasme, les deux groupes consacrés à Goethe sont complétés par les Rückert-lieder de Mahler donnés en fin de partie, puis par un groupe série de lieder d’après Mörike mis en musique par un exact contemporain de Mahler, . La variété de textes met particulièrement en lumière la palette de nuances dont dispose , autant à l’aise dans l’humour et la facétie de Wolf que dans la dignité presque tragique des plus belles pages de Mahler. Le « Ich bin der Welt abhanden gekommen » sur lequel s’achève la première partie du concert, mélange d’accomplissement, de renoncement et d’acceptation résignée, est certainement un des plus beaux qu’ils ait été donné d’entendre ces dernières décennies.

Dans ce répertoire, qui met tout particulièrement en exergue la beauté de la poésie allemande, la soprano autrichienne est tout simplement une interprète d’exception. On ne sait s’il faut louer davantage la perfection de la diction – avec peut-être une petite réserve sur le maniérisme qui consister à faire claquer les consonnes plosives en fin de phrase… –, la beauté de la ligne, ou la finesse de l’interprétation musicale. Sans être souligné à outrance, à l’instar de ce que faisaient autrefois les grandes chanteuses de lieder, le texte se déploie avec élégance et plénitude de manière à servir la luminosité et la sérénité, mais aussi parfois les aspérités et les heurts, de la phrase musicale. Si le legato est parfaitement conduit, si le grave est rond et sonore et le médium fourni et richement timbré, peut-être perçoit-on quelques légères tensions dans les notes les plus aiguës de la voix. L’instrument, de toute évidence, est en pleine mutation et l’on a du mal à penser que cette voix ample et généreuse a servi encore récemment à interpréter des rôles comme Servilia, Susanna, Zerlina, Norina, Nanetta ou la Ännchen du Freischütz. Car c’est de toute évidence une Agathe qui se cache derrière ce noble soprano, que l’on rêve maintenant d’entendre en Elsa, en Elisabeth ou même en Sieglinde. Une future grande Isolde se cacherait-elle derrière ce beau soprano ? Le choix comme deuxième bis du « Träume » des Wesendonck-lieder de Wagner paraissait presque lourd de sens… Avec , la soprano autrichienne a en tout cas l’accompagnateur qu’elle mérite. Un jeu d’une extraordinaire virtuosité, généreux et décomplexé à souhait, qui à aucun moment ne couvre la voix en dépit du fait que le piano reste grand ouvert tout au long du programme. Belle soirée de musique donc, qui rappelle à point nommé tout ce que les grands chanteurs d’opéra peuvent apporter à l’univers du lied.

Crédit photographique : Dorothea Röschmann © Harald Hoffmann / Sony Entertainment

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Luxembourg. Salle de Musique de Chambre de la Philharmonie. 13-XII-2016. Franz Schubert (1797-1828) : « Heiss mich nicht reden », « So lasst mich scheinen », « Nur wer die Sehnsucht kennt » extraits de Gesänge aus Wilhelm Meister op. 62 D 877, « Kennst du das Land » D 321, « Nachtstück » op. 36 n°2 D 672 ; Gustav Mahler (1860-1911) : « Blicket mir nicht in die Lieder », « Ich atmet’ einen Linden Duft », « Um Mitternacht », « Liebst du um Schönheit », « Ich bin der Welt abhanden gekommen » ; Hugo Wolf (1860-1903) : « Gesang Weylas », « An eine Aeolsharfe », « Erstes Liebeslied eines Mädchens », « Denk’es, o Seele », « Im Frühling », « Begegnung », « Mignon I : Heisst mich nicht reden », « Mignon II : Nur wer die Sehnsucht kennt », « Mignon III : So lasst mich scheinen », « Mignon IV : Kennst du das Land ». Avec : Dorothea Röschmann, soprano ; Malcolm Martineau, piano.

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