De Mozart à Reich par l’Orchestre Victor Hugo Franche-Comté

Concerts, La Scène, Musique symphonique

Besançon. Théâtre Ledoux. 16-II-2017. Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Concerto pour piano n° 23 en la majeur K 488 ; Concerto pour piano n° 24 en ut mineur K 491. Einar Englund (1916-1999) : Tempus Fugit, extrait de la symphonie n° 4 « Nostalgique ». Arvo Pärt (né en 1935) : Cantus in memoriam Benjamin Britten. Steve Reich (né en 1936) : Music for pieces of wood. François Chaplin, piano. Orchestre Victor Hugo Franche-Comté, direction : Jean-François Verdier.

chaplinIl n’y a pas de musique sans temps et donc sans rythme. Ce soir au Théâtre de Besançon, le XVIIIe siècle rencontrait le XXe sur cette thématique dont l’évidence touche davantage les trois auteurs contemporains que le divin Mozart, dont la conception temporelle est surtout liée à l’interprétation qu’on fait de sa musique.

Mais avouons-le tout de suite : nous ne sommes pas allés ce soir au concert pour écouter Mozart. Paradoxe alors que trois pièces courtes et contemporaines avaient comme tête et queue deux grands concertos ? C’est que le directeur artistique et musical de l’ensemble, , en subtil pédagogue qu’il est, sait que c’est Mozart qui remplit les salles. Ne boudons pas notre plaisir à entendre plus qu’à écouter le pianiste dans ces deux monuments du répertoire de base. Car l’interprète a du mal à se caler avec l’orchestre, occupé visiblement à tourner les pages de sa partition. Des décalages se produisent dans les pupitres, et l’insaisissable Adagio du Vingt-troisième, un des plus beaux seconds mouvements de tout le cycle des vingt-sept concertos, ne procure aucune émotion. D’autres, et non des moindres, se sont cassés les dents sur Mozart. Ici, le temps passe sans ennui et assez distraitement. Les deux bis du pianiste remettent les choses à leur place : l’extrait d’une Sonate de Mozart et le Nocturne n° 20 de Chopin furent les meilleurs moments du pianiste français, enfin libéré du texte et dans son piano.

La partie centrale du concert reste de bien meilleur facture : d’, on retiendra le langage classique de la symphonie n° 4 malgré sa date de création (1976), condensé qui demande toute une attention auditive pour en saisir les subtilités. fascine avec le rendu apparemment simple du Canticum pourtant redoutable mise en place entre cordes divisées et sons de cloche sur la, progression des nuances et tapis sonore magnifique de l’orchestre, sans failles, avec une battue à 6 temps extrêmement souple du chef. Enfin une énorme surprise avec la musique pour cinq claves de  : avec des cellules à 6 temps répétées « approximativement le nombre de fois écrites » comme l’indique la partition. On ne sait qui a le plus de mérite, du soliste initial battant ses 6 croches pendant 10 minutes ou des autres calculant leur entrée et tenant le rythme différent décalé. Une épreuve en tout cas, physique et mentale demandant une concentration énorme. Les différentes sortes de claves, par leur enchevêtrement obstiné, transforment magiquement par instants leurs sonorités pour en créer une autre, proche des bourdonnements d’insectes. Stupéfiant et magistral.

Crédit photographique : © Xavier Antoinet

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