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Telemann mis à l’honneur par la Petite Bande aux Invalides

Festivals, La Scène, Musique d'ensemble

Paris. Hôtel national des Invalides, salle Turenne. 17-II-2017. Georg Philipp Telemann (1681-1767) : Concerto pour trompette TWV 51:D7 ; Concerto pour cor TWV 51:D8 ; Sonate pour violoncello da spalla et basse continue TWV 41:D6 ; Sonate pour trompette « si piace », 2 violons, alto et basse continue TWV 44:D1 ; Concerto pour 2 cors TWV 52:D1 ; Suite pour trompette, 2 violons, alto et basse continue TWV 55:D7. Jean-François Madeuf : trompette et cor naturels ; Pierre-Yves Madeuf : cor naturel. La Petite Bande, Sigiswald Kuijken : violon, violoncello da spalla et direction.

MA_concerts_Sigiswald-Kuijk est bien vivante ! Un temps menacée de disparition pour raisons financières, la formation de , de retour à Paris après un concert de gala en décembre à Gaveau pour se refaire une santé, met à l’honneur Telemann pour les 250 ans de sa mort. Elle apporte ce faisant une contribution originale au festival Vents d’hiver, en compagnie des frères Madeuf.

Génie commercial autant que musical, Telemann était capable d’écrire une musique intéressante pour toutes sortes d’instruments, que ce soit pour les abonnés de son Getreue Music-Meister ou pour des commanditaires particuliers. La musique pour cuivre de ce soir, destinée au landgrave de Hesse-Darmstadt, rentre dans cette seconde catégorie ; elle est écrite pour cuivres naturels, c’est-à-dire pour des instruments limités dont les sons (16 possibles, reposant sur les harmoniques naturelles) sont articulés à la seule force de la bouche. Jean-François et , spécialistes des cuivres anciens, font partie des rares musiciens à savoir jouer ces œuvres sur instruments originaux, des copies modernes en l’occurrence.

Pour le soliste, chercher en concert la perfection est une véritable gageure (Guy Ferber dans le 2e Concerto brandebourgeois par la Simphonie du Marais laisse lui aussi échapper quelques notes). Ainsi est-il en difficulté dans les aigus au début du fameux Concerto pour trompette, tout comme son frère Pierre-Yves au cor au début du concerto suivant. Mais il faut croire que cela est dû à un défaut d’échauffement (la salle Turenne n’offre en effet qu’un paravent pour isoler les musiciens du public avant le concert), car les choses s’arrangent par la suite. La performance physique que demandent ces instruments n’empêche pas les deux excellents solistes de faire vivre le son dans les tenues, ou de proposer des trilles dont l’auditeur peut se demander par quelle prouesse buco-labiale ils sont rendus possibles. L’écriture ménage cependant de larges pauses, instaurant un véritable dialogue entre les cordes et les solistes. est ainsi particulièrement brillant dans la sonate pour trompette « si piace » (si l’on a envie d’en jouer !) et cordes. Du côté de , le jeu est brillant mais sans exagération, et chaque pupitre, tenu par un seul instrumentiste généralement, se distingue joliment quand l’écriture le demande. Cette incursion chez Telemann convient à ravir à un ensemble qui se consacre actuellement surtout à Johann Sebastian Bach.

madeufAprès la pause, les deux frères Madeuf font montre de leur belle entente dans un concerto pour deux cors, dans lequel leurs parties sont le plus souvent conjointes, rappelant, mais avec ô combien plus de subtilité, une petite harmonie de chasse. Le programme se clôt par une intéressante suite à la française avec trompette, rendue avec maestria, notamment dans le Furies très rapide ou dans le Loure très énergique.

Entre temps, la sonate pour violoncelle « da spalla » aura permis d’entendre par les soins de un specimen allemand du XVIIIe siècle récemment restauré à Paris, un petit violoncelle qu’on tient donc sur l’épaule, comme cela se pratiquait souvent à l’époque baroque, ainsi que le sait tout bon suiveur de Bruno Cocset. Le son est quelque peu rugueux, et l’instrument a moins de coffre qu’un violoncelle moderne ou qu’un instrument d’époque de plus grande dimension, et il semble laisser une moins grande liberté de mouvement. Mais une cinquième corde permet de bénéficier d’aigus plus pleins, ce qui s’avère un vrai avantage dans cette écriture à la virtuosité très italienne.

Tout au long du concert, on apprécie également les courtes et pertinentes explications données par les protagonistes sur les instruments joués, ainsi qu’un Benjamin Alard souverain au clavecin sur une copie de l’exceptionnel Ruckers de Colmar.

Est-ce la tonalité brillante de ré majeur qui, cuivres naturels obligent, a été utilisée pendant tout le concert ? Ou bien cette musique si bien écrite ? Ou encore l’attitude ouverte des interprètes ? De ce concert, on ressort en tout cas avec un grand sourire.

Crédits photographiques : Sigiswald Kuijken ; Jean-François Madeuf © DR

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