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L’Ensemble 2e2m met à l’honneur les compositrices

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Paris. Auditorium Marcel Landowski. 14-III-2017. Zad Moultaka (né en 1967) : Où en est la nuit? Pour ensemble de 15 musiciens ; Anath pour basse et ensemble ; Agata Zubel (née en 1978) : Streets of a human city pour ensemble ; Michelle Lou (née en 1975) : Burial pour ensemble (création mondiale). Andreas Fischer, basse ; Ensemble 2e2m, direction : Pierre Roullier.

zubel agata portret 32_6900634Pour son deuxième concert de la saison à l’Auditorium Marcel Landowski, l’ met à l’affiche deux œuvres de Zad Moultaka, le compositeur en résidence auprès de l’ensemble cette année. À ses côtés, deux compositrices, Agata Zubel et viennent à leur manière, singulière et rafraîchissante, « ouvrir les passages », car telle est la thématique de la soirée.

Honneur aux dames donc : dans Streets of Human City, rejoignant l’idée de la performance, la compositrice polonaise crée différents espaces d’écoute, avec des allers-retours entre le dehors (les pas des instrumentistes traversant les rangs du public pour regagner la scène) et le dedans (écoute intimiste et sons anecdotiques dans un espace plus raréfié et énigmatique). La partition tout en contrastes mêle joute sonore des cuivres et dimension théâtrale ; les instrumentistes sont « tout terrain » dans une fluidité dramaturgique et un humour fort bien dosés.

C’est davantage l’idée d’une installation sonore qu’évoque Burial de la Californienne qui semble dans sa composition donner vie à différentes structures sonores : figures et sons itératifs, grincements, couinements et autres trames continues (celle d’un vibromasseur obstiné) relèvent d’une ingénierie étrange, minutieusement réglée par , et engendrent autant d’univers bruités. On est surpris, intrigué, agacé même et parfois bercé, voire envoûté par la cinétique de ces corps sonores en mouvement.

Ce sont deux pièces relativement récentes de qui sont au programme de la soirée. Dans Où est la nuit? pour quinze instruments (2013), l’écoute est éveillée par les résonances mystérieuses du piano ( très sollicitée), sorte de carillon englouti ou de gong funéraire obtenu par un mode de jeu spécifique dans les cordes de l’instrument. S’y agrège la palpitation aussi obstinée que vitale de la grosse caisse, l’instrument du rituel moultakien aux mains d’. Sous le geste précis de , l’œuvre fascine par la tension qu’elle provoque et le cheminement accompli, des profondeurs vers la clarté. L’émergence in fine de la lumière qui dissout les contours et relâche les tensions, ouvre la vision.

s’inspire des rituels ougaritiques pour composer Anath (2015). Dans la mythologie du royaume d’Ougarit, Anath est la fille du dieu Dagan et la sœur de Baal que Zad Moulaka honore dans sa pièce éponyme pour orchestre composée la même année. Anath est écrit pour ensemble et voix de basse – étonnant utilisant tous les registres de sa voix, y compris celle de tête. Le compositeur y réinvente l’esprit archaïque et le geste ritualisant à travers une matière sonore qu’il façonne à sa convenance : harpe, guitare, cithare, contrebasse, tous accordés en quarts de ton, voisinent les trompes et autres anches plus bruyantes du rituel (trompette, bugle, saxophones) auxquels s’ajoutent les iconoclastes contrebasson et accordéon. La dimension du timbre y est saisissante ainsi que le caractère hiératique de l’ensemble. Les fluctuations d’une superball sur le grand tam-tam au début du troisième mouvement matérialise l’espace confiné des profondeurs où viennent converger toutes les émotions.

Crédit photo : © Jakub Palewski

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Paris. Auditorium Marcel Landowski. 14-III-2017. Zad Moultaka (né en 1967) : Où en est la nuit? Pour ensemble de 15 musiciens ; Anath pour basse et ensemble ; Agata Zubel (née en 1978) : Streets of a human city pour ensemble ; Michelle Lou (née en 1975) : Burial pour ensemble (création mondiale). Andreas Fischer, basse ; Ensemble 2e2m, direction : Pierre Roullier.

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