Les Ambassadeurs et Stephan MacLeod brillent dans les ténèbres de Charpentier

Concerts, La Scène, Musique d'ensemble

Paris. Oratoire du Louvre. 5-IV-2017. Marin Marais (1656-1728) : Suite n° 1 en do majeur et Suite n° 4 en mi mineur extraites des Pièces en trio ; Plainte extraite du Troisième livre de pièces de viole ; Marc-Antoine Charpentier (1643-1704) : Troisième leçon de Ténèbres pour le Mercredy saint H.123 ; Troisième leçon de Ténèbres pour le Jeudy saint H.124 ; Troisième leçon de Ténèbres pour le Vendredy saint H.125. Stephan MacLeod, basse ; Les Ambassadeurs, Alexis Kossenko : traverso, flûte à bec et direction

SML_ 09 09 09À l’Oratoire du Louvre, l’ensemble d’ avait rendez-vous avec et , et un public tenté, en cette période pascale, par une immersion dans des Leçons de ténèbres pour voix de basse.

La première partie du concert est consacrée à deux suites de Marais extraites des Pièces en trio, que en formation réduite interprètent non avec deux mais avec quatre dessus : deux violons et deux flûtes à bec dans la première, remplacées par deux traversos dans la deuxième. L’idée est d’autant plus excellente que, au lieu de simplement doubler les voix, et ses compagnons instaurent une variété de combinaisons (solos, tutti, flûtes à l’unisson entre elles ou avec un violon…) qui donnent un relief particulier à cette musique. Le jeu est franc, avec des notes plutôt peu inégales, les dessus chantent joliment, notamment les flûtes, la basse continue bien fournie (clavecin, viole de gambe et théorbe) est solide, et le son s’avère assez net compte tenu de l’acoustique peu favorable. Les deux suites culminent dans une Chaconne et une Passacaille finales dans lesquelles Marais laisse voir, comme à son habitude, tout son génie de la mélodie et de l’agencement des voix, et son don particulier pour la construction d’ostinatos subtils. On peut seulement regretter que chacune des suites ait été amputée de trois à quatre pièces.

C’est que l’essentiel du concert est en deuxième partie. Les Leçons de Ténèbres de Charpentier sont peut-être un peu moins connues et jouées que celles de Couperin, mais il y a dans les 31 pièces qu’il nous a léguées de très belles choses, comme Stephane MacLeod et Alexis Kossenko l’ont déjà montré, à l’époque avec l’ensemble Arte dei Suonatori, dans trois autres Leçons. Un éclairage très intimiste renforce l’atmosphère de recueillement qui provient de cette musique, pourtant portée par un accompagnement instrumental suave, opulent, et parfois animé, notamment dans la leçon du jeudi. Les paroles des prophètes parlent de souffrance, de deuil, d’affliction, mais si l’expression du chanteur et des instrumentistes est empreinte de gravité et de retenue, la musique n’est pas austère et se permet même des accents de sensualité. La voix de , toujours bien posée, d’un timbre clair mais sans manquer de profondeur, est idéale pour toucher l’auditeur, même si les paroles en latin (dans sa prononciation française d’époque) ne sont pas toujours aisées à distinguer.

Les pièces instrumentales de Marais qui ponctuent les Leçons, notamment une Plainte pour viole seule dans laquelle s’illustre , représentent de salutaires moments de respiration et contribuent au recueillement et au plaisir esthétique intenses que procure la musique de Charpentier.

Crédit photographique : © Gli Angeli Genève

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