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À Toulouse, Pygmalion accompagne Mozart vers sa dernière demeure

Concerts, La Scène, Musique d'ensemble

Toulouse. Halle aux grains. 14-III-2018. Graduel grégorien : Christus factus est ; Gregorio Allegri (1582-1652) : Miserere ; Joseph Haydn (1732-1809) : Insanae et vanae curae ; Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Maurerische Trauermarsch K477 ; Ne pulvis et cinis K122 ; Miserere K90 ; Requiem K626 (arrangement : Pierre-Henri Dutron). Sabine Devieilhe, soprano ; Sara Mingardo, alto ; John Irvin, ténor ; Nahuel di Pierro, basse. Ensemble Pygmalion, direction : Raphaël Pichon

IMG_8312Après Versailles et Bordeaux, c’est à Toulouse que propose un programme autour d’œuvres d’inspiration maçonnique de la fin de la vie de Mozart, dans une Halle aux grains comble. L’ en grand effectif couronne ce programme par une magnifique version du Requiem.

Au firmament du paysage musical baroque depuis plus de dix ans, Pygmalion nous a offert de somptueuses interprétations de Bach et de Rameau. On l’attendait moins chez Mozart, mais c’est bien vers un sommet spirituel qu’il nous fait voyager ce soir.

Comment créer une atmosphère de ferveur religieuse quand on se trouve dans une salle de concert et non dans la nef d’une église ? Au commencement, la salle ronde de la Halle aux grains est plongée dans la pénombre. En fond de scène, les chanteurs du chœur entourent le chef. Des cintres descend une voix angélique, celle d’une soprano qui déroule le plain-chant du graduel Christus factus est, voix d’une pureté céleste sur laquelle on aurait aimé mettre un nom. Dans le même esprit de ferveur, s’enchaîne le Miserere d’Allegri, musique planante s’il en est. On imagine la fascination du jeune Mozart à la Chapelle Sixtine. La répétition des faux-bourdons nous entraîne dans un état proche de l’extase. Au fil des versets, les ornements de la soprano se font plus audacieux, mais restent néanmoins assez sages, comme ils devaient l’être en 1770. Nous ne sommes plus à Toulouse, nous sommes à Rome, et soudain à Vienne lorsque l’orchestre attaque, tout en douceur et en plénitude, la marche funèbre (Maurerische Trauermarsch) de Mozart, alors que la lumière revient sur la scène. La lumière, c’est elle qui habite toute l’œuvre maçonnique de Mozart, dont la foi catholique s’accommode sans rupture de sa nouvelle spiritualité fraternelle. La force tragique de cette musique funèbre est celle d’un croyant qui accepte la mort comme un chemin vers la lumière. L’introduction des vents dans la pénombre (magnifiques cors de basset) ouvre sur un grand crescendo dans la lumière, puis la musique s’apaise à nouveau pour dire l’espoir du croyant.

Dans le Ne pulvis et cinis qui suit, la basse solo (excellent ) se retrouve à son tour dans les cintres pour dialoguer avec le chœur dans une pièce aux accents tragiques qui se termine à nouveau sur des notes d’espoir. Ensuite, on quitte Mozart pour Haydn avec le motet Insanae et vanae curae, aux accents plus mondains. On sait que Mozart a souhaité entraîner son aîné au sein de la loge viennoise à laquelle il appartenait. Le superbe Miserere qui suit est une parfaite introduction au Requiem. Chantant a cappella, le chœur y donne la quintessence de son expressivité, une véritable dentelle sonore aux pianissimi parfaitement maîtrisés.

L’enchaînement avec l’Introït du Requiem est saisissant. Cette version de l’ultime chef d’œuvre de Mozart, complétée en 2016 par sous le nom de Süssmayr Remade, remodèle en profondeur les ajouts posthumes et nous restitue une œuvre d’une parfaite cohérence stylistique. Dans l’interprétation de , les tempi sont allants (particulièrement dans le Dies irae), les solistes irréprochables (avec encore une mention particulière pour dans le Tuba mirum), et le sommet de l’émotion est atteint au moment du Lacrimosa, aux pianissimi somptueux. On a coutume de dire que Mozart est mort « dans les bras de son Requiem« . Cette version lui rend un hommage habité par la grâce.

Crédit photographique : © Cécile Glaenzer

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