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Wilhelm Furtwängler au Festival de Lucerne

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Ludwig van Beethoven (1770-1827) : Symphonie n° 3 en mi bémol majeur op. 55 « Eroica ». Robert Schumann (1810-1856) : Ouverture de Manfred op. 115 ; Symphonie n° 4 en ré mineur op. 120. Swiss Festival Orchestra, direction : Wilhelm Furtwängler. 2 SACD Audite. Enregistrement live dans la salle du Kunsthaus de Lucerne (Suisse) le 26 août 1953. Livret trilingue français, anglais, allemand. Durée : 97’26

 

Les Clefs d'or 2018

audite91441Découvrir encore à ce jour des enregistrements, inconnus ou presque, des concerts dirigés par Wilhelm Futwängler peut tenir du miracle. Et pourtant, de vieilles bandes radiophoniques sommeillaient encore et ne demandaient qu’à être publiées. Ce concert de 1953 à Lucerne offre l’aperçu d’un maestro rayonnant, arrivé au sommet de son art.

Pendant plus de trente années, n’a cessé d’enregistrer pour le studio et encore plus au concert. Ces derniers faisaient souvent l’objet d’une retransmission radiophonique captée la plupart du temps par des amateurs sur bandes magnétiques de type Revox. À ce jour, nombreux sont encore ces documents qui n’ont pas été édités, oubliés ou perdus. Pour le même festival de Lucerne, nous disposons déjà d’une réédition Audite de la Neuvième de Beethoven. À propos du présent concert, et bien qu’édité en disques à plusieurs reprises (sauf l’ouverture de Schumann), il ne figurait pas dans la liste habituelle de la discographie du maître, notamment celle de John Hunt (The Furtwängler Sound 1990). D’autres catalogues le signalaient cependant (René Trémine). En 1953, les techniques d’enregistrement et surtout des supports magnétiques s’étaient améliorées, et tout en restant monophonique, le son obtenu était de grande qualité. Un excellent micro Neumann était placé naturellement au milieu de l’orchestre. Le chef aimait cette manière de procéder et en avait félicité Friedrich Schnapp, directeur du son à la radio de Berlin : « Le plus beau dans vos retransmissions, c’est que vous ne faites rien ! » Le label Audite propose ici pour la première fois ce concert à partir des bandes originales remastérisées sur un support SACD. Le résultat sonore est exceptionnel, à tel point qu’on en oublie la monophonie (sauf au casque), et le résultat est bien supérieur à l’édition en simple CD du même éditeur.

Après quelques secondes d’applaudissements en guise d’atmosphère, le concert débute avec l’ouverture de Manfred de . D’emblée, l’auditeur est pris par cette vision agogique si caractéristique du chef avec ses deux tempi rythmiques et mélodiques mélangés. L’orchestre constitué de musiciens suisses groupés en une phalange de grande qualité spécialement réunie pour le festival, épouse à la perfection les intentions souvent intuitives du chef. Vient ensuite un morceau de résistance avec la Symphonie héroïque de Beethoven, inlassablement interprétée par Furtwängler tout au long de sa carrière. On compte pas moins d’une vingtaine de versions différentes gravées pour la postérité en studio, ou captées comme ici en concert. Il faut aussi distinguer trois grandes périodes dans l’interprétation de ces symphonies beethovéniennes : avant la guerre, de 1926 à 1937, des lectures d’un très grand classicisme ; pendant la guerre, de 1940 à 1945, des versions empreintes d’un élan dramatique, exacerbant les contrastes et les écarts de tempo, et conduisant les orchestres à la limite de leurs possibilités ; après la guerre, de 1947 à 1954, la dernière manière du chef, offrant plus de dépouillement et de contemplation. Cette « héroïque »-là s’inscrit dans ce contexte, tout en conservant ce dramatisme illustré en particulier par les interventions cuivrées de la marche funèbre. Il y a ici la recherche d’une musique improvisée, inspirée par les sculptures de Michel-Ange dont il disait préférer celles seulement ébauchées : « j’y sens la marque du désir et du rêve en marche ».

Le deuxième SACD est consacré à la Symphonie n° 4 de . Enregistrée quelques semaines auparavant en studio, à Berlin, elle est redonnée par pour ce concert de Lucerne dans une interprétation nettement supérieure. Le chef libère l’orchestre par de subtiles fluctuations de dynamique qui enflamment l’œuvre, offrant ainsi l’une des plus belles expressions du romantisme allemand. Grâce à une restitution sonore d’exception, chaque détail devient perceptible. À la suite de la SWF (Société Wilhelm Furtwängler) et d’autres éditeurs officiels (Tahra) proposant les meilleurs documents possibles, Audite s’inscrit dans ce petit cercle de producteurs épris d’excellence.

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Ludwig van Beethoven (1770-1827) : Symphonie n° 3 en mi bémol majeur op. 55 « Eroica ». Robert Schumann (1810-1856) : Ouverture de Manfred op. 115 ; Symphonie n° 4 en ré mineur op. 120. Swiss Festival Orchestra, direction : Wilhelm Furtwängler. 2 SACD Audite. Enregistrement live dans la salle du Kunsthaus de Lucerne (Suisse) le 26 août 1953. Livret trilingue français, anglais, allemand. Durée : 97’26

 
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  • Martin Antoine

    Vienne / 1944 WF a tout dit dans l’éroica de Beethoven et ses/les autres enregistrements doivent être évalués à l’aune de cette formidable interprétation .
    On est un peu sceptique que la réunion de musiciens suisses pour quelques jours de festival puisse faire mieux qu’une philharmonie viennoise chauffée à blanc dans une ambiance de cataclysme historique .

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