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Plaisirs d’amour avec Sandrine Piau et le Concert de la Loge

Concerts, La Scène, Musique d'ensemble

Metz. Grande salle de l’Arsenal. 25-III-2018. Maurice Ravel (1875-1937) : Pavane de la belle au bois dormant, extrait de Ma Mère l’Oye ; Alexandre Guilmant (1837-1900) : « Ce que dit le silence » ; Camille Saint-Saëns (1835-1921) : « L’Attente », « Papillons », « Aimons-nous », « Extase » ; Claude Debussy (1862-1918) : Danse profane pour harpe et orchestre ; Hector Berlioz (1803-1869) : « Villanelle » et « Au Cimetière », extraits des Nuits d’été ; Théodore Dubois (1837-1924) : « Promenade à l’étang », « Sous le saule », « Si j’ai parlé, si j’ai aimé » ; Louis Vierne (1870-1937) : « Beaux Papillons blancs » ; Jules Massenet (1842-1912) : Valse très lente, « Le Poète et le fantôme » ; Henri Duparc (1848-1933) : Aux étoiles ; Gabriel Pierné (1863-1937) : « Chanson d’autrefois » ; Benjamin Godard (1849-1895) : Grave extrait de la Symphonie gothique ; Charles Bordes (1863-1909) : « Promenade matinale ». Sandrine Piau, soprano. Le Concert de la Loge, violon et direction : Julien Chauvin

sandrine piauSubtilement orchestré par Berlioz, Saint-Saëns, Dubois, Massenet, Dubois, Pierné et autres, un bouquet de mélodies françaises pour la plupart inédites enchante le public de l’Arsenal de Metz. Interprétation superlative par l’une de nos meilleurs sopranos nationales et un ensemble dont on n’a pas fini de parler.

C’est un programme d’une grande richesse et d’une infinie délicatesse qui constitue le concert donné à l’Arsenal de Metz par et . Composé de pièces datant pour l’essentiel de la deuxième moitié du XIXe siècle, il rend compte de cette période de l’histoire de la musique française où les grands compositeurs, soucieux de rivaliser avec le wagnérisme alors triomphant, souhaitaient sortir la mélodie avec piano du cadre restreint du salon privé afin d’aller conquérir la sphère publique de la salle de concert. Cette dernière, pour beaucoup, était trop souvent envahie par les airs d’opéra à l’accompagnement tonitruant et forcément, étant donné les circonstances de leur restitution, détachés de leur contexte dramatique.

Le dénominateur commun des morceaux entendus au cours de ce concert consiste donc en la recherche des plus subtiles harmonies mais également en la création d’un écrin orchestral d’un rare raffinement, absolument idéal pour la transparence et l’intelligibilité du texte chanté. Limitées le plus souvent aux cordes et aux instruments du quintette à vents, réservant néanmoins une part importante à la harpe, les mélodies retenues pour ce programme distillent l’une après l’autre un climat d’une ineffable beauté. Si l’on connaissait les extraits de Berlioz ou de Saint-Saëns, les mélodies de Guilmant, Dubois, Vierne, Bordes sont en revanche une véritable révélation. Les pièces instrumentales données en guise d’introduction pour chacune des cinq parties du concert (Solitude, Désir, Séduction, Tendresse, Souvenir) participent de la même volonté de démontrer les spécificités d’une orchestration à la française, reconnaissable d’un compositeur à l’autre par ses couleurs et son chatoiement.

Inspirés des grands poètes du XIXe siècle (Banville, Gautier, Hugo, Verlaine, Henri de Régnier), les textes ne sont pas tous de la même qualité littéraire. Mais derrière l’apparente naïveté de la Chanson de Marjolie, se cache la tragédie de la séduction de la jeune femme. Regroupés en cinq sections thématiques, les poèmes disent tous les plaisirs et les tourments de l’amour, fil conducteur d’un programme aussi savant que séduisant. Avec une interprète du calibre de , dont la voix ne cesse de gagner en fraîcheur et en rayonnement avec les années, les mots semblent couler de source pour se fondre dans le galbe de la mélodie. Dirigeant ses musiciens depuis sa chaise de premier violon, insuffle à ces partitions toute la classe et tout le chic sans lesquels elles pourraient, si elles étaient confiées à d’autres, paraître mièvres. Les instrumentistes du Concert de la Loge, discrets et efficaces eux aussi, donnent à ces pièces l’élégance et le charme qui font toute leur force.

Crédit photographique : Sandrine Piau © Sandrine Expilly / Naïve

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