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Evgueni Kissin avec ses propres mots

À emporter, Biographies, Livre

Avant tout, envers toi-même sois loyal. Evgueni Kissin. Brigitte Hébert, traduction. Le Passeur Éditeur. 192 pages. 17,50 €. Février 2018

 

teaserbox_66570865, connu du public par ses nombreuses apparitions sur scène, fut l’un des rares enfants prodiges qui parvinrent à développer leur carrière à l’âge adulte. Pianiste accompli, il nous adresse aujourd’hui ce livre, par lequel il veut faire partager ses mémoires et réflexions.

, citoyen britannique depuis 2002, se produisit sur scène dès l’âge de 10 ans. N’ayant que douze ans et demi, il fit enregistrer (en public) son premier disque, renfermant, entre autres, les deux Concertos de Chopin. À la fin des années 1990, il fut le plus jeune des pianistes dont les gravures ont fait partie du volumineux (200 disques) coffret Great Pianists of the 20th Century, édité par Philips. Bien qu’au cours de sa carrière, il ait fait sortir un grand nombre d’albums studio, c’est aux enregistrements live qu’on revient le plus souvent. Témoignant des moments de magie, ils restituent parfaitement les émotions éprouvées durant ses prestations scéniques. Après la lecture de ce livre, on comprend mieux pourquoi il en est ainsi : Kissin est un musicien s’inspirant profondément de rencontres artistiques, qui ont sans doute laissé des traces sur sa personnalité, et de la présence de l’auditoire. C’est sur ces contacts, et non pas sur les relations que ceux-ci lui permirent d’établir, qu’il se concentre principalement au travers de ses mémoires, qu’il divise en trois parties : enfance, jeunesse et varia.

Pour ce qui est de la partie « Enfance », Kissin parle surtout de son origine, mais aussi de ses premiers pas dans le monde de la musique. Ce sont les sections dévolues à son professeur, Anna Pavlovna Kantor, et à sa méthode de piano, qui nous paraissent les plus captivantes. C’est grâce à elle, d’ailleurs, qu’il put développer son individualité ; particulièrement, parce qu’elle ne jouait pas durant les leçons, en se cantonnant à lui donner des conseils. Quand, une semaine avant le décès de Claudio Arrau, Kissin, ayant l’intention de se présenter devant le pianiste chilien, demanda à Kantor de lui apprendre à jouer un forte à la manière de Martin Krause – l’élève de Franz Liszt, professeur d’Arrau et d’Edwin Fischer – elle lui fit réaliser que produire cette intensité « consiste à peser sur le clavier de tout le poids de son bras depuis l’épaule, pour obtenir un son noble et ample ». On notera que cette « méthode » ne fut pas seulement propagée par Anna Pavlovna Kantor : Arthur Rubinstein faisait sonner son instrument d’une façon semblable.

En ce qui concerne la partie « Jeunesse », Kissin commence par rappeler son émigration vers l’Ouest à la fin de la perestroïka, en 1991. Ce départ de Russie fut un moment décisif de son parcours professionnel, lui permettant de jouer encore plus régulièrement dans les salles les plus importantes, et, chose significative du point de vue de sa réputation, d’enregistrer des disques pour les plus grands labels. La narration, dans cette partie « Jeunesse », ne respecte pas la chronologie des événements de la vie de l’artiste, qui se focalise avant tout sur quelques rencontres purement « musicales » ayant jalonné sa carrière : avec, notamment, James Levine – le chef dont « il se sent le plus proche » –, Carlo Maria Giulini, Herbert von Karajan et Evgeny Svetlanov.

Pour la partie « Varia », Kissin reparle de son ascendance juive, tout en abordant le sujet de sa poésie – dont des extraits sont compris dans ce volume (aussi en yiddish !) – de même que du compositeur dont la musique lui tient le plus à cœur : , auquel il consacre deux sections de son texte (il y a une erreur dans le nom du village de Grochów à la page 143). À la fin, il partage avec nous son credo, une belle pensée qui lui fut léguée par son professeur d’histoire, Yakov Mikhaïlovitch Rubinstein, qu’on souhaiterait rapporter dans son intégrité : « À toutes les époques, en toutes circonstances, sans se soucier de sexe, d’âge ou de croyance, pour les gens intelligents (et particulièrement pour l’intelligentsia juive), la plus précieuse des valeurs a été et reste la vie humaine ».

Avec la sincérité, l’enthousiasme et l’ouverture d’esprit dont témoigne la plume d’Evgueni Kissin, cet ouvrage – agrémenté de quelques photos rares et d’une discographie incomplète – devrait intéresser les fans de l’artiste, malgré les menues erreurs éditoriales qu’il contient.

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