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À la Philharmonie, la Passion selon saint Marc reconstituée par Jordi Savall

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Paris. Philharmonie, Grande salle Pierre Boulez. 30-III-2018. Johann Sebastian Bach (1685-1750) : Passion selon saint Marc BWV 247 (reconstitution : Jordi Savall, à partir de la version de 1744). Avec : Marta Mathéu, soprano ; Raffaele Pé, contre-ténor ; Reinoud Van Mechelen, ténor ; Konstantin Wolff, basse, Jésus ; Dávid Szigetvári, ténor, Évangéliste. Venus – Chœur d’enfants Amics de la Unió et La Capella Reial de Catalunya. Le Concert des Nations, direction : Jordi Savall

jordi_savall_2_c_david_ignaszewskiEn 2009, à Saint-Pétersbourg, on découvre un livret de la Passion selon saint Marc utilisé par pour une nouvelle exécution de l’œuvre, donnée en 1744. Cette Passion, dont on connaissait l’existence depuis longtemps, fut d’abord présentée pour le Vendredi saint de 1731, sur un texte que son auteur, Picander, édita lui-même l’année suivante. a reconstitué l’œuvre, basée uniquement sur des emprunts à des compositions de Bach.

Entre les deux versions de 1731 et 1744, quelques modifications dans les textes et dans les emplacements des chorals et des airs, ainsi que l’ajout de deux nouveaux airs. En est-il de même pour la musique ? Hélas, non. Aucune partition, pas même de parties séparées. De ce fait, penche vers l’hypothèse – peut-être la plus vraisemblable – de nombreux musicologues spécialistes de Bach : il s’agit d’une œuvre probablement conçue et réalisée par Bach à partir de la technique du pasticcio (parodie), fait à partir de l’adaptation de nouveaux textes à des œuvres existantes ayant un caractère spirituel similaire.

Jordi Savall et ses compagnons ont décidé de suivre exactement le texte de la version de 1744, qui commente les chapitres 14 et 15 de l’Évangile de Marc, depuis l’onction à Béthanie jusqu’à l’ensevelissement. La musique reconstituée, en deux parties dont chacune dure environ 60 minutes, provient de l’Ode funèbre, de la Passion selon saint Matthieu, des différentes versions de la Passion selon saint Jean et de certaines cantates. Le chef et violiste précise dans le programme : « D’après les recherches faites dans les années 1960 par le Dr Alfred Dürr, il semblerait évident que Bach ait réutilisé la plupart des chœurs et des airs de sa Trauer-Ode (Ode funèbre) BWV 198, donnée à Leipzig le 17 octobre 1727 en hommage funèbre à la princesse Christiane Eberhardine, reine de Pologne et princesse de Saxe – Laß Fürstin, lass noch einen Strahl (Laisse, princesse, laisse encore un rayon) se transformant admirablement en Geh, Jesu, geh zu deiner Pein (Va, Jésus, va à ton supplice !). »

Probablement à cause d’une tournée (les représentations, entre autres, à Besançon et à Versailles ont précédé celle à la Philharmonie de Paris) et d’une longue journée passée juste avant ce concert pour une séance d’enregistrement, les solistes se montrent fatigués, manquant de clarté et de précision. Chacun des chanteurs et des chanteuses a des moments de faiblesse assez flagrants : manque de justesse, de projection, souffle court, maintien difficile de la voix, diction sans netteté, équilibre bancal entre la partie soliste et les instruments… Pour l’orchestre, le violon solo a une sonorité bien aigre qui se démarque de l’ensemble. Cela nous étonne quelque peu, tant cela contraste avec l’excellence à laquelle nous ont habituée , et leurs chanteurs. En revanche, , dirigé par Josep Vila i Jover, constitue un ensemble vocal très homogène et de grande qualité. Fondé en 1996 au sein de l’école Amics de la Unió et composé de jeunes chanteurs âgés de 11 à 17 ans, le chœur est à la hauteur de sa réputation qui le place parmi les meilleurs chœurs d’enfants espagnols.

Cette reconstitution toutefois convaincante aura certainement une place privilégiée dans le répertoire, comme une preuve éloquente de la pratique du pasticcio, ou l’art de recycler la musique, commun à l’époque.

Crédit photographique : Jordi Savall © David Ignaszewski

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Paris. Philharmonie, Grande salle Pierre Boulez. 30-III-2018. Johann Sebastian Bach (1685-1750) : Passion selon saint Marc BWV 247 (reconstitution : Jordi Savall, à partir de la version de 1744). Avec : Marta Mathéu, soprano ; Raffaele Pé, contre-ténor ; Reinoud Van Mechelen, ténor ; Konstantin Wolff, basse, Jésus ; Dávid Szigetvári, ténor, Évangéliste. Venus – Chœur d’enfants Amics de la Unió et La Capella Reial de Catalunya. Le Concert des Nations, direction : Jordi Savall

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