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Emmanuel Krivine et le National dans les brumes debussystes

Concerts, La Scène, Musique symphonique

Paris. Auditorium de Radio-France. 5-IV-2018. César Franck (1822-1890) : Variations symphoniques pour piano et orchestre ; Richard Strauss (1864-1949) : Burlesque pour piano et orchestre ; Maurice Ravel (1875-1937) : Une barque sur l’océan (version orchestrale) ; Claude Debussy (1862-1918) : La Mer. Francesco Piemontesi, piano. Orchestre National de France, direction : Emmanuel Krivine

Francesco_PiemontesiEn cette année 2018 qui célèbre le centenaire de la mort de , poursuit à la tête de l’, sur scène comme au disque (label Erato), son exploration de l’œuvre du compositeur français. Un orchestre français, conduit par un chef français, tous deux reconnus pour leur excellence dans ce répertoire, autorisaient tous les espoirs… Espoirs, hélas, cruellement déçus par une interprétation lourde et opaque où La Mer du grand Claude fait, ce soir, bien pâle figure.

Le programme est pourtant très alléchant pour ce concert attendu : deux œuvres rarement données, pour piano et orchestre, les Variations symphoniques de et la Burlesque de , toutes deux interprétées par l’excellent pianiste italien , et associées en deuxième partie à Une barque sur l’océan de (extraite des Miroirs), couplée avec La Mer de .

La première partie de concert donne l’occasion au public parisien de faire plus ample connaissance avec , lauréat 2007 du Concours Reine Elisabeth de Bruxelles, qui peut faire montre de la variété de son jeu dans la mise en miroir de ces deux œuvres très contrastées, où l’exubérante Burlesque répond aux timides Variations symphoniques. Celles-ci ouvrent la soirée, éminemment romantiques, très brahmsiennes, au charme un peu suranné qui regarde vers le passé, mêlant pathos, recueillement et joie communicative. Une œuvre toute en légèreté, tendresse et poésie magistralement interprétée par Francesco Piemontesi dont le jeu clair, souple et équilibré répond à la superbe sonorité des violoncelles, très sollicités, notamment dans les 5e et 6e variations. Une belle prestation pianistique qui se confirme dans la Burlesque de où le pianiste italien déploie une virtuosité non ostentatoire, un jeu clair, brillant et tendre, dont le legato le dispute à la précision et à la justesse du phrasé, face aux superbes timbales omniprésentes de . Une interprétation digne des plus grands, soutenue par un orchestre dynamique et dansant, plein d’espièglerie et d’humour, malgré une direction qui donne en permanence l’impression de brider l’orchestre par sa battue péremptoire.

La seconde partie, entièrement consacrée à la musique française, permet de retrouver un National de haut niveau, installé en grande formation, pour une lecture de Ravel et Debussy qui nous laisse sur une impression mitigée, malgré de belles performances solistiques. Si Une barque sur l’océan de Ravel, par son balancement, ses contrastes de sonorités, emporte l’adhésion par sa séduisante théâtralité, La Mer de Debussy, nous paraît, ce soir, bien brumeuse… Loin du pointillisme debussyste, traite cette splendide partition par grands aplats sonores qui font fi de tout mystère, de tout scintillement, noyés dans une opacité délétère et de crues rutilances cuivrées, bien mal venues. De l’aube à midi sur la mer manque de délicatesse dans le phrasé et de progression dans la dynamique qui paraît lourde, malgré les superbes interventions de la petite harmonie, des harpes et du cor anglais. Jeux de Vagues manque d’équilibre entre les cordes et les cuivres, trop présents. Le Dialogue du vent et de la mer est sans doute la partie la plus réussie des trois esquisses symphoniques par sa progression et son relief, bien que paraissant dans l’ensemble, là encore, pesante et par trop monolithique.

Une soirée où l’on attendait La Mer et où l’on découvre Francesco Piemontesi, un pianiste à suivre.

Crédit photographique : Francesco Piemontesi © Marco Borggreve

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