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À Rouen, Andrea Sanguineti mène Mozart et Schubert d’une baguette flamboyante

Concerts, La Scène, Musique symphonique

Rouen. Chapelle Corneille. 19-IV-2018. Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Musique de ballet d’Idomeneo K. 367 ; Concerto pour flûte et harpe en do majeur K.299 ; Franz Schubert (1797-1828) : Ouverture dans le style italien en do majeur D. 591; Mieczysław Weinberg (1919-1996) : Symphonie de chambre n° 1 op.145. Jean-Christophe Falala, flûte ; Anaïs Gaudemard, harpe ; Orchestre de l’Opéra de Rouen Normandie ; Andrea Sanguineti, direction musicale

andrea SanguinetiUne soirée en « do majeur » enlevée, aussi tonique que tenue avec rigueur et enthousiasme par et les musiciens de l’orchestre de l’Opéra de Rouen, pour une Chapelle Corneille comblée, malgré quelques déceptions à la flûte.

À la première impulsion, il n’y a pas de doute, mène le concert à la baguette. Avec sobriété, conviction, rigueur et précision, le maestro joue les musiciens comme l’organiste son orgue, sans pour autant brider les instrumentistes, assurément présents, volontaires et pleinement partie prenante du rythme souvent endiablé du concert. Il faut cependant bien l’intégralité des extraits d’Idoménée de Mozart pour que l’orchestre se trouve et épouse le chœur de la chapelle Corneille. Si d’emblée la précision des musiciens saisit le public dans sa dynamique foisonnante à l’occasion des tuttis, les parties plus douces et subtiles mettent du temps à trouver l’unité des pupitres. Syncopes confuses, ritenuti légèrement décalés et accents tutti écrasés alourdissent ce ballet en forme d’ouverture de concert. Lot récurrent de ces œuvres inaugurales, elles pâtissent de ce temps souvent nécessaire pour trouver, sinon la note bleue, du moins l’harmonie qui donne à l’orchestre et, de là, à la salle, une même respiration. Bien de ces œuvres d’ouverture gagneraient souvent à être redonnées en fin de concert.

Et en effet, dès les premières mesures du Concerto pour flûte et harpe, l’orchestre se trouve pour offrir un écrin parfait aux solistes, façonné par Andrea Sanguinetti, attentif à retenir l’enthousiasme de ses musiciens pour laisser la parole au duo concertant. À la flûte, semble prisonnier de la partition, achevant certains traits d’un essoufflement sonore. Dans le second mouvement, son jeu haché coupe la respiration de l’orchestre, tandis que sa présence imposante écrase le jeu de la harpiste , qui paraît simplement accompagner le flûtiste. Cela ne perturbe pas pour autant l’orchestre qui tutoie la perfection dans le troisième mouvement. Des entrées instrumentales sans heurts, sorties du silence, à l’enchevêtrement brodé des pupitres en passant par la douce profondeur des violoncelles et le parfait équilibre des accents de cors à l’éclat de velours, c’est une douce et vivante évocation de l’harmonie mozartienne.

Schubert n’est pas moins bien servi. Rien ne semble plus arrêter l’orchestre qui, s’étant trouvé, tisse la succession des courts soli de vents dans le tapis de cordes avec une dynamique captivante. Et puisque nous parlons des cordes, comment ne pas évoquer la grande dextérité des premiers violons et l’unité profonde des pupitres ? Une Ouverture dans le style italien qui prend le public par la main de la première à la dernière note dans une course ébouriffante malgré un finale que l’acoustique délicate rend un rien confus. Et c’est bien l’acoustique qui dessert la pourtant superbe Symphonie de chambre n° 1 de Weinberg. D’emblée on peut sentir une moindre unité. Les accents passent assez mal et les subtilités des pupitres, plus individualisées que chez Schubert ou Mozart, ne sont pas faites pour cette acoustique fébrilement délicate où le son prend la désagréable habitude de trop tourner sur lui-même. Cela ne gâche pas la grande qualité de l’orchestre qui tient à la perfection la justesse de longues tenues ou laisse la part belle aux somptueuses profondeurs des basses. On notera pour finir la virtuosité et l’endurance physique des cordes dans le dernier mouvement, un Allegro con fuoco qui enflamme la salle.

Crédit photographique : © https://www.andreasanguineti.de/

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  • Micro Sillon

    Nous n’avons certainement pas assisté au même concert Monsieur Cyril Brun !
    Si effectivement cette soirée était en do majeur c’est avant tout grâce au concerto pour flûte harpe de Mozart, l’oeuvre centrale de ce concert proposée par l’opéra de Rouen. Vous écrivez largement sur les qualités de l’orchestre de l’opéra de Rouen, avec moultes contradictions, mais très peu sur les deux solistes de la soirée. Le public fut sous le charme de ce duo d’un extrême raffinement, d’une complicité rare. L’élégance et le charme étaient présents tout le long du concerto. Vous n’êtes point capable de vous exprimer sur le jeu exceptionnel d’une grande musicalité de la jeune harpiste française Anaïs Gaudemard et vos commentaires sur Jean-Christophe Falala sont d’une banalité rare et totalement injustifiés, sa sonorité était magnifique et son phrasé parfait. Pour le public comblé de la chapelle Corneille ce fut une soirée délicieuse et remarquable.

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