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Nézet-Séguin et Yuja Wang exaltés avec Rotterdam au TCE

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Paris. Théâtre des Champs-Élysées. 26-IV-2018. Joseph Haydn (1732-1809) : Symphonie n° 49 en fa mineur dite « La Passione » ; Sergueï Rachmaninov (1873-1943) : Concerto pour piano et orchestre n° 4 en sol mineur op. 40 ; Piotr Ilitch Tchaïkovski (1840-1893) : Symphonie n° 4 en fa mineur op. 36. Yuja Wang, piano. Rotterdams Philharmonisch Orchestra, direction : Yannick Nézet-Séguin

600x337_yannickPour son dernier passage à Paris en tant que directeur musical de l’, , avec la pianiste , signe au Théâtre des Champs-Élysées une interprétation exaltée du Concerto pour piano n° 4 de qui restera le moment fort d’un concert convoquant également un Haydn subtil et un Tchaïkovski théâtral qui appelle plus de réserves.

La superbe affiche réunissant le fougueux chef québécois et l’exubérante pianiste chinoise explique l’affluence des grands soirs avenue Montaigne, et s’ouvre par la Symphonie n°49 dite « Passione » de . Elle fut peut-être écrite pour la Semaine Sainte, ce qui expliquerait son nom et son entame assez sombre, inhabituelle chez Haydn. En ouvrant le concert, elle nous donne immédiatement l’occasion d’apprécier le superbe legato des cordes du Philharmonique de Rotterdam dans un Adagio inaugural aux allures méditatives, plein de retenue, où l’on peut noter la subtilité des transitions, la souplesse du phrasé et l’ampleur de la sonorité orchestrale. L’Allegro suivant retrouve une dynamique pleine d’allant, envoûtante et clairement profane, tandis que le Menuet apparaît presque galant avant un Final jubilatoire.

Changement d’effectif pour le rare et mal aimé Concerto pour piano n°4 de Rachmaninov. S’il est vrai que cet ultime concerto ne possède pas le souffle irrésistible et le romantisme poignant des concertos précédents, il n’en reste pas moins le grand moment de cette soirée par la qualité du pianisme de Yuja Wang et par la pertinence, la précision et l’équilibre de l’accompagnement orchestral, conduit de main de maître par un très à l’écoute. On a souvent reproché à la pianiste chinoise son manque de sensibilité et son jeu purement virtuose, un peu mécanique. Rien de cela ce soir, où l’Allegro initial est porté par un piano riche en couleurs, engagé et lyrique, exalté par un orchestre complice. Mouvement initial auquel fait suite un Largo très poétique construit sur le thème d’une chansonnette anglaise « Three blind mice », avant que la virtuosité caractéristique de Yuja Wang ne reprenne ses droits dans un Final apocalyptique où le panache pianistique, contrasté et dynamique, le dispute à la fougue orchestrale débridée.

Plus de réserves, en revanche, concernant l’interprétation de la Symphonie n° 4 de . Composée en 1877, elle constitue le premier volet de la trilogie du fatum et, à ce titre, se trouve chargée d’un programme précis dont le compositeur donne écho dans sa correspondance avec Nadejda von Meck. Parcourue de bout en bout par le thème du destin, elle alterne moment de tristesse sans issue et éclaircies rêveuse pleines de douceur et de tendresse.

Yannick Nézet-Séguin, hélas, en majore les effets de contraste entre vents et cordes, théâtralise à l’extrême le premier mouvement en accentuant le trait dans une lecture incandescente au phrasé décousu et confus qui pousse rapidement l’orchestre aux ultimes limites de ses possibilités, ce qui explique sûrement quelques dérapages au niveau du pupitre de cors et du basson solo. Retrouvant promptement ses marques dans le deuxième mouvement, le Philharmonique de Rotterdam peut faire valoir, alors, la beauté de ses cordes et notamment des cordes graves dans l’Andantino, ainsi que la netteté de ses pizzicati dans le Scherzo, avant que le chef québécois ne retrouve, dans une moindre mesure, ses mauvais démons dans l’Allegro final, encore une fois trop théâtral, poussant les cuivres à la limite de la saturation.

En bis une très belle Pizzicato Polka pour parachever un triomphe bien mérité.

Crédit photographique : Yannick Nézet-Séguin © Hans van der Woerd

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Paris. Théâtre des Champs-Élysées. 26-IV-2018. Joseph Haydn (1732-1809) : Symphonie n° 49 en fa mineur dite « La Passione » ; Sergueï Rachmaninov (1873-1943) : Concerto pour piano et orchestre n° 4 en sol mineur op. 40 ; Piotr Ilitch Tchaïkovski (1840-1893) : Symphonie n° 4 en fa mineur op. 36. Yuja Wang, piano. Rotterdams Philharmonisch Orchestra, direction : Yannick Nézet-Séguin

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  • rigas

    Quels sont les bis de Wang Yuja à ce concert?

  • rigas

    Cet orchestre de Rotterdam est d’une justesse exceptionnelle.

  • Michel LONCIN

    « Pousser les cuivres jusqu’à saturation … ? Il n’est que de considérer la partition pour comprendre les intentions du compositeur … ce que traduit très bien un Valery Gergiev, par exemple dans ses concerts à la salle Pleyel à Paris, en 2010 … Là aussi, les « cuivres » résonne mais avec quelle à propos !!!

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