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Tugan Sokhiev convaincant à la tête des Berliner Philharmoniker

Concerts, La Scène, Musique symphonique

Berlin. Philharmonie. 12-V-2018. Sergueï Prokofiev (1891-1953) : Symphonie n° 1 en ré majeur op. 25. Ludwig van Beethoven (1770-1827) : Concerto pour piano n° 3 en do mineur op. 37. Modeste Moussorgski (1839-1881) : Tableaux d’une exposition (orchestration de Maurice Ravel). Yefim Bronfman, piano. Berliner Philharmoniker, direction : Tugan Sokhiev

tugan_sokhiev patrice ninL’ invitait à sa tête , actuel directeur musical de l’Orchestre National du Capitole de Toulouse, et jusqu’en 2016 de la seconde grande phalange berlinoise : le Deutsches Symphonie-Orchester Berlin. Dans un programme dominé par les Tableaux d’une exposition de Moussorgski, le chef exploite avec brio les talents qui composent le premier orchestre de Berlin.

En guise d’amuse-bouche, l’orchestre interprète la pétillante Symphonie n° 1 de Prokofiev. Surnommée la « symphonie classique », elle multiplie en effet les allusions à Haydn. Ainsi, la pulsation du basson dans le premier mouvement rappelle immanquablement la Symphonie n° 101 « L’Horloge » du père de la symphonie. Ajoutons également que l’effectif orchestral est comparable à celui d’un orchestre mozartien ou jouant Haydn. aborde cette symphonie sans esbroufe, et ne joue pas, comme on l’entend parfois, la seule carte de la vitesse ou de l’énergie. Ici, les tempi sont retenus, et le chef tend à équilibrer soigneusement chacun des pupitres de l’orchestre pour révéler une densité orchestrale riche d’inventivité et moins classique que ce qu’elle prétendait être… Le Finale est heureusement réellement abordé « molto vivace« , et on s’y régale de la virtuosité de l’orchestre, tout particulièrement du pupitre de flûtes, qui se joue des difficultés d’une partition qui ne le ménage pourtant pas.

, autre invité régulier du philharmonique berlinois, rejoint ensuite l’orchestre pour interpréter le Concerto n° 3 de Beethoven. Le tandem Bronfman-Sokhiev fonctionne bien, mais il semble évident que c’est le pianiste qui tient les rênes de l’attelage. Sokhiev limite un peu trop le rôle de l’orchestre à de l’accompagnement, alors qu’on attendait davantage de dialogue entre orchestre et soliste. Ainsi les vents semblent-ils souvent en retrait. Sur l’entièreté du concerto, Bronfman affirme à travers son jeu ses impressionnantes qualités techniques. La principale étant la hiérarchisation parfaite des notes permettant de rendre la musique « évidente » à l’auditeur. Même dans les pianissimos les plus subtils, la ligne mélodique reste toujours à l’avant-plan de l’image sonore, sans que les notes secondaires ne la recouvrent.

Après la pause, place aux Tableaux d’une exposition dans l’orchestration de . L’orchestre connaît évidemment ses Tableaux en profondeur, et joue avec un plaisir évident sous la direction très libre de Tugan Sokhiev, dont la gestuelle semble parfois vouloir davantage illustrer ce que l’on entend plutôt que d’apporter des informations concrètes aux musiciens en vue de les guider dans l’interprétation de la musique. Qu’à cela ne tienne, la prestation de l’orchestre se révèle presque parfaite, avec notamment des cuivres souverains dans les différentes Promenades. Dans le second tableau, Il Vecchio Castello, l’orchestre exprime une mélancolie inouïe, portée par le magnifique solo de saxophone, dont la dernière note jouée « morendo » arrache un frisson. Dans Bydlo, décrivant l’approche d’une charrette aux énormes roues tirée par des bœufs, on regrette que l’orchestre adopte d’emblée une nuance forte. Le tubiste se voit alors contraint de forcer le son pour laisser entendre son ténébreux solo. Un crescendo davantage développé au départ d’un pianissimo dans l’orchestre aurait permis au tubiste de laisser entendre une sonorité beaucoup plus veloutée, et la narration musicale aurait gagné en efficacité. Du reste de l’exécution, nous retiendrons l’amusant Ballet des Poussins dans leur Coque tout en espièglerie, la vélocité de la trompette évoquant Schmuyle, mais surtout l’énergie collective déployée dans les derniers tableaux, dont la Cabane sur des Pattes de Poule au caractère implacable.

La salle réserve une longue ovation, puis de nombreux rappels, à Tugan Sokhiev à l’issue de ce concert très abouti dont on retiendra le plaisir manifeste des musiciens à jouer et partager ce programme.

Crédit photographique : Tugan Sokhiev © Patrice Nin

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  • Claude Boischot

    Tugan Sokhiev a été directeur musical du Deutsches Symphonie-Orchester Berlin jusqu’à la fin de la saison dernière. Depuis le début de cette saison-ci, c’est Robin Ticciati qui détient ce poste.

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