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La résurrection éclatante de La Nonne sanglante à l’Opéra-Comique

La Scène, Opéra, Opéras

Paris. Opéra-Comique, Salle Favart. 2-VI-2018. Charles Gounod (1818-1893) : La Nonne sanglante, opéra en cinq actes sur un livret d’Eugène Scribe et Germain Delavigne d’après un épisode du Moine de Matthew Gregory Lewis. Mise en scène : David Bobée. Lumières : Stéphane Babi Aubert. Costumes : Alain Blanchot. Vidéo : José Gherrak. Avec : Michael Spyres (Rodolphe) ; Vannina Santoni (Agnès) ; Marion Labèque (La Nonne) ; André Heyboer (Luddorf) ; Jodie Devos (Arthur) ; Jean Teitgen (Pierre l’Ermite) ; Luc Bertin-Hugault (Moldaw) ; Enguerrand de Hys (Le Veilleur de nuit) ; Olivia Doray (Anna). Chœur Accentus et Insula Orchestra, direction : Laurence Equilbey

LA NONNE SANGLANTEAnnée de commémoration oblige, cette année 2018, qui célèbre le bicentenaire de la naissance de , voit réapparaître sur scène, grâce aux efforts inlassables du , cet opéra rare du compositeur français. Heureuse initiative, s’il en est, tant cette nouvelle production de l’Opéra-comique séduit par sa qualité musicale, servie par un irréprochable et une distribution vocale de haute volée.

Une partition au destin mouvementé, dont le sujet tenta plusieurs compositeurs, parmi lesquels Berlioz, avant que ne s’en empare définitivement. L’opéra, créé le 18 octobre 1854 à l’Opéra de Paris, tourna court, puisqu’il disparut de l’affiche au bout de onze représentations, en raison de la faiblesse reconnue de son livret, mais surtout du fait de la rivalité entre directeurs d’opéras. La dernière eut lieu le 17 novembre de la même année, ce qui paraît bien court… La Nonne sanglante ne fut plus donnée depuis, si l’on excepte une timide production allemande en 2008, à Osnabrück, captée pour le label CPO. Un long oubli de plus de cent cinquante ans qui explique tout l’intérêt de cette nouvelle production parisienne.

Climat gothique, fantômes, batailles, amours contrariées, conflit familial, repentance : voilà pour les ressorts de la dramaturgie dont le livret de Scribe ne donne, hélas, qu’une bien pâle image, du fait du mauvais équilibre dans la répartition des rôles et d’une bien piètre versification. Oublions le texte donc, pour nous concentrer sur la musique de Gounod, alors âgé de 36 ans, où l’on reconnaîtra en filigrane certains accents annonçant plus tard Faust et Roméo et Juliette.

Si la mise en scène de sait s’en tenir à un confortable premier degré, on peut toutefois lui reconnaître une pertinence certaine. Scénographie sombre et épurée, chargée de mystère et de drame, à dominante noire dans laquelle évolue la Nonne ensanglantée, toute de blanc vêtue, magnifiée par de très beaux éclairages pleins d’à-propos comme, notamment, cette arche gothique soulignée par une lumière blafarde. L’occupation de l’espace scénique et la circulation d’acteurs ne souffrent, également, aucun reproche, servant précisément l’action. À cet égard, la première scène de bataille entre les deux clans et le meurtre initial de la Nonne perpétré dans la pénombre produisent un effet saisissant dès l’ouverture de l’opéra.

LA NONNE SANGLANTE

Mais l’essentiel du drame repose finalement sur l’interprétation musicale, et de ce point de vue, l’ remplit pleinement son rôle en faisant valoir tout son allant et ses couleurs, sous la direction inspirée de . Une lecture d’une grande lisibilité, valorisant tous les pupitres d’une orchestration riche, très extravertie, chargée de tension, d’attente et de passion, se déployant suivant un phrasé très narratif, tout en veillant à maintenir en permanence l’équilibre avec les chanteurs.

Sur le plan vocal, la distribution se caractérise par son homogénéité et sa qualité superlative. Dans ce rôle écrasant de Rodolphe, impressionne par son timbre particulier, sa technique éclatante, sa facilité vocale dans tous les registres, sa puissance, son endurance, son legato, favorisé par la fluidité de la prosodie, sa diction impeccable et son engagement scénique ; comme dans la romance de l’acte I : « Du seigneur, pâle fiancée » et la cavatine de l’acte II « Un jour plus pur ». Face à lui, campe une Agnès pleine de verve ; son timbre acidulé, ses aigus étincelants donnent à leurs duos beaucoup de relief dans le premier et le cinquième acte. La Nonne de est immédiatement convaincante par l’étendue de sa tessiture et la profondeur de ses graves. (Arthur) confirme avec brio le bien-fondé d’une carrière éclatante, son emploi de dugazon annonce le Siebel de Faust, tandis que (Pierre l’Ermite) préfigure Frère Laurent de Roméo et Juliette, par son charisme, son timbre noble et sombre. Seule ombre à ce casting idéal, , souffrant, ne peut faire valoir toute la richesse de son chant, entaché d’un fort vibrato et d’une ligne saccadée dans le quatrième et cinquième acte. Le Chœur , magnifique, et les rôles secondaires, en Veilleur de nuit, en Anna, en Moldaw, ne déparent pas cette belle distribution, participant également au succès de cette nouvelle production, saluée par une longue ovation du public.

Crédit photographique : © Pierre Grosbois

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