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Sokhiev, Angelich et l’Orchestre du Capitole électrisent la Philharmonie

Concerts, La Scène, Musique symphonique

Paris. Philharmonie, Grande salle Pierre Boulez. 5-VI-2018. Bruno Mantovani (né en 1974) : Quasi lento ; Sergueï Prokofiev (1891-1953) : Concerto pour piano et orchestre n°3 en en do majeur op. 26 ; Claude Debussy (1862-1918) : La Mer ; Maurice Ravel (1875-1937) : Daphnis et Chloé – Suite d’orchestre n°2. Nicholas Angelich, piano. Orchestre national du Capitole de Toulouse, direction: Tugan Sokhiev

sokhievEn cette soirée printanière, alors que le ciel de Paris gronde depuis une semaine d’une suite ininterrompue d’orages, la température monte dans une grande salle Pierre Boulez bondée, où le public va de surprise en bonheur d’écoute, galvanisé par la puissance que développent l’Orchestre national du Capitole et son chef .

La surprise d’abord : Quasi lento. Avec son autorité naturelle, impose à l’orchestre et, partant, à toute la salle, quelques secondes de concentration. Et c’est la fraîcheur de la découverte, quand commence par s’élever et s’épandre dans une salle très réverbérante la voix de la clarinette sur une note longtemps tenue et à peine variée sur de micro-intervalles descendants, signature du compositeur. La pièce de Mantovani est dédiée à David Minetti, clarinettiste à la sonorité pleine et sensuelle. Puis l’orchestre prolonge l’instrument et enfle progressivement. Ce début en rappelle un autre : Prélude à l’après-midi d’un faune, modèle revendiqué par , qui parle de contamination pour qualifier la relation entre le soliste et l’ensemble. Concerto alors ? Non, justement, car il n’y a pas de véritable opposition ou dialogue : à l’instar des concertos pour violon de Jean-Sébastien Bach, le soliste est aussi un tuttiste noyé dans la texture générale. Cette belle œuvre est d’ailleurs moins narrative qu’expressive, jouant sur les timbres (en particulier celui de la clarinette, détempérée, aux mélopées arabisantes) et sur l’énergie du son, qui circule « presque lentement » à travers tout l’orchestre.

La clarinette est présente également dans le Concerto pour piano et orchestre n° 3 de Prokofiev. C’est elle qui introduit le thème très russe du premier mouvement (David Minetti encore). L’atmosphère générale de cette œuvre est assez légère, dominée par le do : lyrisme cahoteux, mélancolie, énergie bouillante et désinvolture se succèdent sur un tempo vif porté par le jeu brillant du piano. C’est une musique qui se veut roborative, mais qui, à force de ressasser, de se citer, de se déchaîner et de changer d’humeur, peut lasser. s’y montre un interprète précis et zélé, mais sans la fougue solaire d’une Martha Argerich. À un public conquis, il offre généreusement en bis une mazurka de Chopin : moment de grâce.

Les qualités de l’Orchestre du Capitole et de son directeur artistique sont vraiment manifestes dans la musique française, claire et nuancée. Le conducteur et sa phalange rendent parfaitement la matérialité sensorielle de La Mer, diaphane, distribuée, bariolée, fragmentée, imprévisible. C’est donc à la fois de vraies intentions et une grande vigilance qui peuvent « sauver » cette œuvre miraculeuse. Tugan Sokhiev est passionnant à regarder, distribuant les attaques avec une grande souplesse. Les mêmes qualités complémentaires sont requises dans Daphnis et Chloé, partition qui entretient les mystères d’une Grèce fantasmée. On se cale de nouveau dans son fauteuil pour entendre les volutes de la flûte du berger montant dans une montagne écrasée de soleil et les rythmes capricieux qui évoquent les jeux du dieu Pan et de la nymphe Syrinx.

Réveil brutal avec la Farandole de l’Arlésienne de Bizet, donnée en bis. Et c’est un plaisir de voir le sourire illuminer le visage des musiciens à l’issue de ce très beau concert longuement applaudi.

Crédits photographiques : Tugan Sokhiev © Marc Brenner

 

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