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Jalons de l’enregistrement pianistique, un premier volume d’inédits

À emporter, Actus Prod, CD, Musique de chambre et récital, Musique symphonique

« Landmarks of Recorded Pianism, Vol. 1 ». Œuvres de : Domenico Scarlatti (1685-1757) ; Johannes Brahms (1833-1897) ; Ludwig van Beethoven (1770-1827) ; Frédéric Chopin (1810-1849) ; Franz Liszt (1811-1886) ; Mikhaïl Glinka (1804-1857) / Mili Balakirev (1837-1910) ; Sergueï Rachmaninov (1873-1943) ; Igor Stravinsky (1882-1971) ; Arnold Schoenberg (1874-1951) ; Felix Mendelssohn (1809-1847) ; Piotr Ilitch Tchaïkovski (1840-1893) ; Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791). Interprètes piano : Dinu Lipatti ; Josef Labor ; Iso Ellinson ; Moriz Rosenthal ; Ivan Davis ; Stanley Hummel ; Leff Pouishnoff (accompagné du London Symphony Orchestra dirigé par Sir Adrian Boult) ; Alfred Cortot ; Ervin Nyiregyhazi ; Abram Chasins ; Vladimir Horowitz (accompagné du Philadelphia Orchestra dirigé par Fritz Reiner) ; Guiomar Novaes (accompagné du Little Orchestra Society dirigé par Thomas Scherman). 2 CD Marston Records. Enregistré entre 1921 et 1980. Textes de présentation en anglais. Durée : 2:37:22

 

MarstonVoici un album dont le but n’est pas de livrer le meilleur de l’enregistrement (un choix impossible à faire), mais de familiariser les amateurs de piano avec un bouquet de gravures inédites, effectuées par des interprètes plus ou moins oubliés, parmi lesquels on trouve , , , et .

Cette édition présente une collection de ce que l’on pourrait appeler les « orphelins » du piano : des enregistrements commerciaux et non commerciaux assurés par de grands interprètes, qui n’ont pourtant jamais vu le jour au disque. Parmi ces trésors, il y a, tout au début, une quinzaine de minutes offertes par exécutant les Sonates K. 9, K. 14 et K. 450 de , ainsi que l’Intermezzo op. 119 n° 3 et le Capriccio op. 116 n° 7 de . La sonate K. 450 de Scarlatti et les deux Brahms sont un bel ajout à la discographie du Roumain. Sous ses doigts, et grâce aux reports soignés que nous fournit Ward Marston, ces miniatures, enregistrées en privé aux environs des années 1945-1946, fascinent ici autant par l’autorité – se traduisant par une certaine discipline rythmique et la fermeté d’un jeu brillant – que par la délicatesse du toucher.

Pour le premier disque, notre attention est également portée sur un extrait du Largo e mesto de la Sonate op. 10 n° 3 de , interprété par , pianiste autrichien né en 1842. Bien qu’au moment de jouer ce morceau, vers 1921, il ait 79 ans, son approche « romantique » nous renvoie directement au XIXe siècle, notamment par des contrastes de tempo et de dynamique qu’il accentue tout au long de cette exécution.

Par la suite, Iso Ellinson donne – le 8 janvier 1932 dans les studios de la filiale allemande du label Columbia – une lecture éblouissante de la Mazurka op. 33 n° 1, ainsi que de l’Étude op. 25 n° 6, qui compte parmi les compositions les plus difficiles de . Il aborde cette dernière œuvre avec soin du legato, légèreté et régularité du pouls à la main droite, et en faisant chanter la mélodie à la main gauche.

Si la Valse en mi mineur op. posthume de exécutée le 30 juin 1939 par son compatriote (l’un des meilleurs pianistes du début du XXe siècle), déçoit par la rudesse d’expression, nous sommes pleins d’admiration pour le raffinement des couleurs et la chaleur émanant de l’interprétation de L’Alouette – écrite par et transcrite au piano par – proposée vers 1960 par .

Piano et orchestre

Ce premier disque comporte encore deux prestations qui ne doivent pas nous échapper : le Concerto pour piano n° 2 de , présenté le 27 juillet 1946 par accompagné du London Symphony Orchestra placé sous la baguette de Sir , ainsi que la Danse russe de Trois mouvements de Petrouchka pour piano seul d’, donnée le 6 décembre 1927 par . L’interprétation du concerto attire par son caractère grandiose et la bravoure ; celle de la Danse russe est emplie de musicalité et poésie, mais aussi imprégnée d’une tension dramatique progressive, soutenue jusqu’aux derniers accords.

En ce qui concerne le second CD, se distinguent deux noms : et . Ce premier artiste nous livre, entre autres – et en compagnie du dirigé par –, des extraits inédits du Concerto pour piano n° 1 de , gravés en février 1932 dans le cadre d’expériences menées par Bell Telephone Laboratory (le toussotement audible en arrière-plan suggère que l’enregistrement eut lieu lors d’un concert public). La qualité sonore plus qu’acceptable de cette entreprise nous fait regretter que l’entière composition n’ait pas alors été captée. Sur le plan de l’interprétation, Horowitz combine l’élégance et la virtuosité, et séduit par un toucher soigné, de même que par un tempérament aussi sensible qu’éclatant. Par contre, la phalange de Philadelphie ne nous emporte pas, particulièrement en raison de sa lourdeur et du manque de justesse de certains instruments, surtout des cors. En guise de compléments, Marston nous sert des extraits de sessions d’enregistrement de 1959 et 1980 – qui prouvent que Horowitz était un artiste capricieux et qui exigeait du temps –, ainsi qu’une annonce publicitaire parodique faite par le pianiste vers 1956.

Last but not least, nous avons dans cet album l’exécution du Concerto pour piano n° 9, dit « Jeunehomme », de , donnée le 9 janvier 1950 par Guiomar Novaes, Little Orchestra Society et Thomas Scherman en chef. On est saisi ici principalement par le caractère plaintif du deuxième mouvement, Andantino, tout autant que par le dialogue entre la soliste et l’orchestre dans le finale – plein d’enthousiasme juvénile et de verve, au point que, par moments, le jeu de Novaes est un brin chaotique. L’album se clôt sur un extrait de presque 14 minutes d’une session d’enregistrement organisée aux environs de 1961-1962 à New-York par le label Vox, pendant laquelle la pianiste s’est disputée avec le producteur car, selon elle, on ne lui laissait pas assez de temps pour peaufiner ses interprétations. Pendant cette querelle, elle essaie de faire baisser d’un ton les propos de son interlocuteur en jouant… la Berceuse op. 57 de Chopin.

Cet album est une fascinante mosaïque qui devrait intéresser les amoureux de l’ancienne école de piano.

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