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Décevant troisième tome de l’intégrale Bruckner d’Andris Nelsons

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Anton Bruckner (1824-1896) : Symphonie n° 7. Richard Wagner (1813-1883) : Marche funèbre du « crépuscule des dieux ». Orchestre du Gewandhaus de Leipzig, direction : Andris Nelsons. 1 CD Deutsche Grammophon Gesellschaft. Enregistrements réalisés à Leipzig en mars 2018. Durée : 76:48

 

71Dw34u1ksL._SL1200_Désormais titulaire du prestigieux Gewandhaus de Leipzig, a entrepris un cycle symphonique brucknérien dont la troisième étape, la célèbre Septième symphonie, s’avère assez pâle et plutôt décevante. Une Marche funèbre de Siegfried bien extérieure ne contribue pas à rendre ce disque indispensable.

Depuis qu’Arthur Nikisch porta la Septième symphonie de Bruckner au triomphe lors de sa création, puis programma les neuf symphonies lors de la saison 1919-1920 de l’orchestre pour célébrer ses vingt-cinq ans de mandat, le Gewandhaus de Leipzig est porteur d’une tradition brucknérienne maintenue sans interruption. Elle a donné naissance notamment aux intégrales dirigées par Kurt Masur et surtout Herbert Blomstedt, cette dernière étant même d’une rare évidence stylistique. Aujourd’hui, le chef letton , chef titulaire depuis la saison 2017/2018, se confronte à son tour à cette histoire et entreprend de graver les neuf symphonies sous l’étiquette jaune. Après les Troisième et Quatrième, c’est la célèbre Septième qui nous parvient, reflet de concerts donnés en mars dernier.

Comme dans les deux précédents CD de cette série, Nelsons associe à la symphonie un extrait orchestral d’opéra de Wagner ; bien sûr, la Marche funèbre du Crépuscule des Dieux s’impose, avant une symphonie dont l’Adagio résonne comme un grand thrène à la mémoire du maître de Bayreuth. Mais l’approche de Nelsons reste trop celle d’un simple morceau de concert, auquel manque l’émotion de cette page où passent tous les leitmotivs de Siegfried. Les grands accords du sommet d’intensité sonnent avec sécheresse, sans provoquer le frisson que nous donnaient jadis Boehm, Furtwängler ou Knappertsbusch et Gergiev aujourd’hui.

La symphonie, quant à elle, apparaît équilibrée, construite avec sérieux, mais Nelsons se repose trop sur la pure splendeur de l’orchestre, incontestable, mais insuffisante pour bâtir une véritable interprétation. Dans la symphonie de Bruckner dont la discographie est la plus étendue (nettement plus d’une centaine de versions), cela n’est pas suffisant. Sans même remonter aux gravures légendaires de Boehm, Celibidache ou Jochum et pour en rester aux contemporains rivaux de Nelsons, il faut reconnaître que son prédécesseur Blomstedt ou son compatriote Jansons impriment une autre vision sur la continuité de l’œuvre, et une autre intensité au sublime adagio, ici assez extérieur (d’autant que Nelsons choisit de jouer le célèbre coup de cymbales à l’authenticité contestée, qui ponctue le sommet d’intensité de ce mouvement). Une fois encore, un bon concert donné par un orchestre de luxe sous la baguette de son titulaire ne débouche pas forcément sur un disque majeur. Dans cette étape importante de toute intégrale brucknérienne, Nelsons s’avère donc plutôt décevant.

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Anton Bruckner (1824-1896) : Symphonie n° 7. Richard Wagner (1813-1883) : Marche funèbre du « crépuscule des dieux ». Orchestre du Gewandhaus de Leipzig, direction : Andris Nelsons. 1 CD Deutsche Grammophon Gesellschaft. Enregistrements réalisés à Leipzig en mars 2018. Durée : 76:48

 
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  • Michel LONCIN

    Après une 3ème au choix désastreux (la CALAMITEUSE version 1889 !), un nouvel échec … Il semble bien que Andris Nelsons aborde Bruckner … « trop jeune » … Que sera-ce des 8ème et – SURTOUT ! – 9ème Symphonie … ?

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