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Les fougueuses Noces de Figaro de l’Opéra des Landes

Festivals, La Scène, Opéra

Soustons. Espace culturel Roger Hanin. 23-VII-2018. Joseph Haydn (1732-1809) : Die Schöpfung, oratorio. Scénographie : Kristof T’Siolle. Lumières : Frédéric Warmulla. Avec : Julie Alcaraz, Gabriel ; Pierre-Emmanuel Roubet, Uriel ; Matthieu Toulouse, Raphaël ; Pierre-Yves Binard, Adam ; Anaïs de Faria, Eve. Chœur de l’Opéra des Landes et Chœur Ad Libitum (chef de chœur : Frédéric Herviant). Orchestre de l’Opéra des Landes, direction : Olivier Tousis
24-VII-2018. Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Le nozze di Figaro, dramma giocoso en quatre actes sur un livret de Lorenzo Da Ponte inspiré de la comédie de Pierre Caron de Beaumarchais « Le Mariage de Figaro ». Mise en scène : Olivier Tousis. Décors : Kristof T’Siolle. Costumes : Sohuta. Lumières : Frédéric Warmulla. Avec : Marc Souchet, Figaro ; Khatouna Gadelta, La comtesse ; Manon Lamatson, Suzanne ; Pierre-Yves Binard, Le comte ; Maela Vergnes, Cherubin ; Laetitia Montico, Marceline ; Matthieu Toulouse, Bartolo ; Pierre-Emmanuel Roubet, Basilio ; Anaïs de Faria, Barberine ; Olivier Tousis, Antonio. Chœur de l’Opéra des Landes (chef de chœur : Frédéric Herviant). Orchestre de l’Opéra des Landes, direction : Jean-Marc Andrieu

Nozze_Franck Mage 2Des problématiques de placement résolues quinze minutes avant le début de cette dernière représentation, et le désistement de Figaro peu avant la première, n’auront pas eu raison de la nouvelle production de l’Opéra des Landes, Le Nozze di Figaro, le spectacle phare de cette dix-septième édition. La fougueuse sympathie de ce travail enchante, mais le constat est plus réservé concernant La Création de Haydn jouée la veille, l’œuvre semblant bien trop démesurée au regard des moyens artistiques du festival.

Tout comme La Traviata l’année dernière, force est de constater que l’Opéra des Landes sait se doter de voix de qualité. Mais est-ce si important d’évoquer la basse énergique sans faille de qui a dû reprendre à la dernière minute le rôle de Figaro alors qu’il était initialement prévu en Bartolo ? Entre les éclats de voix de son « Se vuol ballare », ses trilles moqueurs à l’adresse de Cherubino dans « Non più andrai » et son accès de colère envers la gente féminine dans son troisième air « Aprite un po », c’est lucide et fort d’une verve comique probante que ce Figaro ne se laisse pas compter face à un maître abusif. Mais est-ce bien nécessaire de parler de la facilité de à incarner avec une belle élégance ce comte porté par un désir sexuel nauséabond le rendant presque ridicule ? Les qualités de l’interprète permettent de faire ressortir l’humanité du personnage grâce à la jalousie pathétique du « Vedro, mentr’io sospiro ».

Mais est-ce si essentiel de noter la formidable espièglerie de d’une solidité vocale exemplaire jusque dans les extrêmes de la tessiture ? Sa Suzanne malicieuse et légère d’un dynamisme conquérant, révèle les forces comiques de cette jeune soprano qui ne manque pas d’atouts pour séduire le comte, Figaro et le public ! Mais est-ce capital de rendre compte de la féminité magnétique de , forte d’un timbre chaleureux et d’un vibrato élégant ? L’incarnation de la comtesse par la soprano, croisée récemment à Montpellier dans un original Carmen, est d’une sublime évidence autant dans la douceur de sa cavatine « Porgi Amor », que dans l’espoir de faire retrouver la raison à son époux (« Dove sono »).

Parce qu’au-delà des forces individuelles de chacun, c’est véritablement la synergie de la troupe qui est l’élément révélateur de ces Noces. Comment dissocier la truculente (Marceline), de ses compères , qui même s’il a repris en catastrophe le rôle de Bartolo se révèle tout à son aise dans une approche irrésistiblement loufoque, et de , qui sait se dévêtir de la classe d’un Alfredo pour endosser la rock n’roll attitude d’un Basilio bien pittoresque ? Comment rester de marbre face à la complicité joyeuse des lumineuses (la comtesse) et de (Suzanne), toutes deux admirables dans des incarnations de femmes bien différentes humainement et pourtant si complémentaires vocalement ? Et le rapport maître/domestique d’un Figaro () qui ne se laissera pas faire pour protéger sa fiancée des appétits de son maître, et d’un comte () si naïf dans ces certitudes ? Et ne parlons pas du juvénile duo composé de (Cherubin) et (Barberine) totalement décalé avec casquette à l’envers et patins à roulette !

C’est surtout qu’on rit à gorge déployée face à cette pièce de boulevard sortie tout droit des années 80, menée d’une main de maître par , metteur en scène et directeur artistique du festival qui endosse aussi sur scène les traits d’Antonio. Même les changements à vue des décors deviennent un sympathique ballet de techniciens que le public venu nombreux accueille avec la même bonhomie que les autres acteurs du spectacle. Du nouvel appartement que sont en train d’aménager les jeunes fiancés, nous passons donc aux luxueux apparats des intérieurs de la comtesse, pour arriver à un jardin parfaitement tondu grâce à Antonio, extérieur pourvu d’une piscine où l’ensemble des protagonistes sauteront joyeusement à la conclusion de cette burlesque comédie. Renforcées par la direction soignée de face à dix instrumentistes sans reproche, cette version chambriste ne faisant naître une quelconque frustration à aucun moment, et le continuo inspiré de Denis Radou disposé à l’autre extrémité du plateau, ainsi que deux interventions sans fausse note d’un chœur local, ces Noces de Figaro se révèlent jubilatoires.

Nozze_Myriam Gaudin

La Création de Haydn, perdus au Paradis

La veille, faisait le pari fou de proposer le chef-d’œuvre de Haydn auquel tous les grands chefs ce sont intéressés. Mais était-ce bien raisonnable avec seulement treize musiciens à disposition (à la création de l’œuvre au Burgtheater de Vienne en 1801 on comptait déjà vingt-cinq violons parmi les cent-vingt instrumentistes !), et une soixantaine de choristes amateurs qui se révèlent à chaque intervention bien en-deçà de ce qu’on est en droit d’espérer avec ce programme ? L’amateurisme se manifeste autant visuellement (l’entrée du chœur sur scène totalement brouillonne, certains sont assis d’autres debout durant la prestation, alors qu’en attendant l’arrivée d’Adam et Eve les discussions vont bon train !) que musicalement : la direction peu assurée d’ manque de souffle et de la délicatesse propre au style de Haydn, face à quelques faussetés des cordes en début de concert et de nuances bien maigres de la part de la phalange ; alors que le chœur est bien dépourvu de fougue même si l’on imagine le titanesque travail de Frédéric Herviant pour assurer au mieux la monumentale partition. Heureusement, l’excellence des solistes Julie Alacaraz en Gabriel, en Uriel, en Raphaël, Pierre-Yves Binard en Adam et enfin en Eve, savent rehausser cette Création bien terne. Vidéos et lumières étaient aussi annoncées pour ce spectacle, c’est finalement une « simple » version de concert à laquelle nous avons assisté (toutefois assez logique pour un oratorio), renforçant encore plus la déception à la sortie du concert.

Crédits photographiques : © Franck Mage ; Plans larges © Myriam Gaudin

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  • Mederic

    Souligner « l’excellence » de Gabriel au même titre que les autres protagonistes (solistes) de la Création me font fortement douter, chère madame, de la pertinence de votre jugement.

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