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Grande réussite du Naïs de Rameau par György Vashegyi

À emporter, CD, Opéra

Jean-Philippe Rameau (1683-1764) : Naïs, opéra pour la paix. Avec : Chantal Santon-Jeffery, Naïs ; Reinoud Van Mechelen, Neptune ; Florian Sempey, Jupiter, Tirésie ; Thomas Dolié, Pluton, Télénus ; Manuel Nunez Camelino, Astérion ; Daniela Skorka, Flore, une bergère ; Philippe-Nicolas Martin, Palémon ; Màrton Komàromi, Protée. Purcell Choir. Orfeo Orchestra, direction : György Vashegyi. 2 CD Glossa. Enregistré en mars 2017. Durée : 2:30:42

 

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nais_vashegyiL’amour, pas la guerre : coproduction entre le Mupa de Budapest et le Centre de musique baroque de Versailles, ce Naïs confirme le claveciniste et chef d’orchestre dans sa maîtrise de l’opéra français du XVIII et sa passion communicative pour Rameau.

La paix signée par Louis XV fin 1748 est fêtée l’année suivante dans tout le royaume. Rameau y contribue par la création de Naïs, avec les moyens de l’Académie royale de musique, costumes et décors somptueux, effets pyrotechniques et grandes vedettes du moment. Comment rendre aujourd’hui cet enjeu à une intrigue bien mince, sublimée toutefois par le génie de Rameau ? Vashegyi lui apporte une forte dynamique, structurée et sensible, mettant en valeur les différents pupitres de l’orchestre, rythmant les danses et les intermèdes, conduisant les chanteurs avec un grand sens des nuances, qui porte l’écoute jusqu’au bout.

La force tellurique de l’ouverture et du début du prologue où s’affrontent les dieux est rendue par un  riche de couleurs et des chœurs très engagés. Le contraste n’est que plus saisissant avec l’atmosphère de paix qui doit suivre et les jeux amoureux qu’elle permet, auquel le chef sait donner la clarté, l’élégance, mais aussi l’architecture de l’écriture propre à Rameau. Sans que la tension retombe, de très beaux moments se distinguent dans les deux actes qui suivent. La très belle Chaconne pour les lutteurs sort du jeu parmi d’autres danses ciselées par l’orchestre, à l’écoute desquelles il est difficile de ne pas imaginer une chorégraphie baroque ou, pourquoi pas, plus contemporaine. Les passages où des instruments solistes dialoguent avec les chanteurs, auxquels Rameau apporte sa poésie, ont un charme particulier, comme par exemple dans la scène 1 de l’Acte II entre Naïs (hautbois) et Neptune (basson) ou, avec le rôle des flûtes, très ornementées, dans le « Tendres oiseaux » de Naïs à l’Acte précédent.

Les deux chanteuses solistes sont moins convaincantes (Chantal Santon-Jeffery en Naïs et Daniela Skorka en Flore) mais les voix masculines sont excellentes. Au début de l’acte I, on apprécie le subtil et grave Palémon de . est un Neptune émouvant, notamment dans « Au dieu des mers voulez-vous plaire ? », où Rameau a quitté les grandes machineries et le spectaculaire, pour l’intimité et une musique de chambre que l’orchestre évoque avec tendresse. Les sombres interventions de Télénus touchent grâce au timbre et à l’interprétation de Thomas Dolié. Dans « Tendres bergers », air d’Astérion, offre de gracieux aigus, caractéristiques du style de cette époque. Au début de l’Acte III, un nouvel air de Neptune émeut par son phrasé et ses élans, porté par une excellente diction, que partagent d’ailleurs les autres voix masculines.

Ce Naïs mené par est une grande réussite.

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