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Le festival de Quatuors du Luberon met la musique française à l’honneur

Festivals, La Scène, Musique de chambre et récital

Goult. Église.17-VIII-2018. Ludwig van Beethoven (1770-1827) : Quatuors op. 18 n° 5 et op. 59 n° 3 ; Henri Dutilleux (1916-2013) : Quatuor « ainsi la nuit » ; Quatuor Ébène

Roussillon. Église. 18-VIII-2018. Antonín Dvorák (1840-1904) : Mouvement de quatuor en fa majeur ; Kryštof Mařatka (né en 1972) : Arboretum du temps ; Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Quintette avec clarinette K 591. Michel Lethiec, clarinette ; Quatuor Zemlinsky

Silvacane. Abbaye. 19-VIII-2018. Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Quatuor K421 ; Ludwig van Beethoven (1770-1827) : Quatuor opus 18 n° 3 ; Gabriel Fauré (1845-1924) : Quatuor à cordes op. 121. Quatuor Ébène

Ebène

Répartis dans les merveilleuses églises des villages perchés ou dans l’abbaye de Silvacane, les concerts du festival 2018 de Quatuors à cordes du Luberon mettent les interprètes et les compositeurs français à l’honneur. Une belle occasion de découvrir des chefs-d’œuvre peu joués dans des lieux d’une magique beauté.

Pour sa 43e édition, le festival de Quatuors du Luberon programme une « saison française » qui offre l’occasion bienvenue d’entendre quelques raretés. En ouverture le , actuellement lancé dans un grand cycle beethovénien, encadre ainsi le Quatuor de Dutilleux par deux partitions tirées des opus 18 et 59 du maître de Bonn. Le Beethoven des Ébène est d’une grande clarté, que permet l’homogénéité de l’ensemble formé il y a vingt ans et dont seul l’alto a changé dans cette période. Avares de vibrato, ces quatuors sont dessinés à la pointe sèche, mais avec une lisibilité particulièrement adaptée à l’opus 18. Toutefois le sommet de la soirée est l’unique partition de Dutilleux, dont les Ébène explorent les recoins avec une rare intelligence, mettant en évidence les influences exercées sur Dutilleux tant par Webern (dont il admirait les Bagatelles) que par, de façon plus inattendue, le chant grégorien dont quelques échos lointains apparaissent perceptibles.

Les mêmes Ébène rejouent deux jours plus tard dans le merveilleux cloître de l’abbaye de Silvacane (qui résonnait encore il y a peu du son du clavecin), le Quatuor K421 de Mozart et l’opus 18 n° 3 de Beethoven, confirmant la pertinence de leur approche et l’esthétique développée l’avant-veille. Mais à nouveau, le sommet est atteint avec le magnifique Quatuor de , dont le lyrisme intense et intérieur prend les auditeurs à la gorge, notamment dans le sublime andante ; dommage alors que le violoncelliste s’adressant au public pour annoncer les bis se croie obligé de qualifier ce chef-d’œuvre de « soporifique » (sic) avant deux transcriptions de Miles Davis et Thelonious Monk particulièrement incongrues après l’émotion suscitée par l’ultime partition de Fauré.

Zemlinsky

Entre ces deux concerts se plaçait le premier du , héritier de la grande tradition du quatuor tchèque, en particulier des Prážak auprès desquels les plus jeunes ont travaillé. Homogénéité, plénitude harmonique, vibrato généreux, liberté et naturel rythmique, le mouvement isolé d’un quatuor laissé inachevé par Dvorák sonne avec autant de somptuosité que les grands quatuors de maturité du compositeur tchèque. Vient ensuite la reprise d’une œuvre composée en 2016 et créée en 2017 du compositeur tchèque (né en 1972), l’« Arboretum du temps », quintette pour clarinette et cordes d’une trentaine de minutes dont les cinq mouvements font alterner lyrisme atonal et polyphonique (mouvements 1 et 3), joie débraillée voire triviale (interventions de la clarinette dans le 4e mouvement), pour déboucher sur un finale qui use de nombreux effets instrumentaux (pépiements de volière des cordes, soufflements du clarinettiste dans les trous de l’instrument), belle occasion pour de démontrer sa fascinante maîtrise de son instrument.

En conclusion est donné l’ineffable quintette de Mozart, en deçà cependant de sa merveilleuse écriture, notamment dans le sublime Larghetto, peut-être en raison d’un tempo un peu vif et d’un alliage des timbres insuffisant.

La suite du festival programmé dans ces merveilleuses petites églises des villages du Lubéron (parfois bien difficiles d’accès…) met l’eau à la bouche en annonçant des quatuors français hélas trop rares dans les salles de concert (Lalo, Rabaud, Tailleferre, et même le chef d’œuvre de Franck, aussi rare et beau que le quintette de Vierne), belle occasion de venir soutenir ce festival courageux à la programmation remarquable d’intelligence et d’originalité.

Crédits photographiques : © Festival de Quatuors à cordes du Luberon

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