Le Festival de La Chaise-Dieu égal à lui-même

Festivals, La Scène, Musique d'ensemble

La Chaise-Dieu. Abbatiale Saint-Robert. 21-VIII-2018 : Haendel romain. Giovanni Bononcini (1670-1747) : Anthem for the Funeral of the Duke of Marlborough. Georg Friedrich Haendel (1685-1759) : Anthem n° 3 HWV 248, Salve Regina HWV 241, Anthem n°11 HWV 256. Ghislieri Choir & Consort, direction Giulio Prandi.
21-VIII-2018 : Trois femmes. Marc-Antoine Charpentier (1643-1704) : O sacramentum H 274, Judith sive Bethulia liberata H 391, Magdalena lugens H 343, Caecilia virgo et martyr H 343. Caroline Weynants (soprano), Lucile Richardot (mezzo-soprano), Norma Nahoun (soprano). Ensemble Correspondances, direction Sébastien Daucé

Pour cette 52e édition du festival de La Chaise-Dieu, deux concerts d’habitués du festival : et ses musiciens du Collegio Ghislieri puis Sébastien Daucé et son .

Bononcini et Hændel, deux rivaux à Londres

Le , créé en 2003 par , est un fidèle du Festival de La Chaise-Dieu. Cette année, son programme oscille entre Rome et Londres avec deux compositeurs prolixes. En 1722, la fille du duc de Marlborough demanda à de composer une ode pour les funérailles de son père, prévues le 9 août en l’Abbaye de Westminster. C’est cette œuvre que Giulio Prandi a choisie pour ouvrir le concert. Sa direction, très théâtrale, anime les échanges entre les pupitres. On retiendra le dialogue entre Marta Redaelli et dans le How are the mighty fallen, mais, surtout la prestation de l’ensemble dans le chœur final Howl, o ya fir trees, for the cedar is fall’n. Forte et pianissimi alternent, les voix gémissent. La douleur peut être belle…

On reste dans la supplication et la douleur avec l’anthem de Haendel Have mercy upon me, O God. Au fil de l’œuvre, les chanteurs interprètent de plus en plus avec la tonicité et la couleur anglaises et terminent dans la joie de l’espérance. Le Salve Regina, composé en 1707, lors du séjour de Haendel à Rome, permet à la soprano Sonia Tedla d’exprimer de bien belles qualités. Une voix claire, puissante, expressive qui sait disparaître peu à peu dans la détresse. Puis la douceur de la prière à Marie est accompagnée par le murmure des cordes. L’anthem Let God arise termine le concert. Composée par Haendel lorsqu’il était au service du duc de Chandos, l’œuvre reflète le plaisir, la joie, de l’Angleterre à l’Italie et… retour. La très belle et simple chanson O sing unto God démontre, s’il en était besoin, que Haendel n’est pas réservé aux Anglais !

Quand la musique sacrée de Charpentier se théâtralise

Sébastien Daucé et son sont venus avec un programme de « musique en scène », rare en l’abbatiale Saint-Robert. La scène est occupée par trois gros cubes et un olivier. Les musiciens sont au niveau du public, peu visibles. Le directeur musical et le metteur en scène ont élaboré une production autour de trois femmes, Judith, Madeleine et Cécile, à partir de trois Histoires sacrées de , spectacle que ResMusica avait déjà chroniqué à Versailles.

Les costumes sont simples, le décor aussi. Les mouvements des chanteurs sont mesurés. Non, ce n’est pas un spectacle opératique. Plutôt une mise en images des épisodes de la Bible sur la musique de Charpentier. Une bande dessinée musicale ? Peut-être… On retrouve bien l’esprit de troupe des artistes de l’ensemble : homogénéité des voix, partage de l’espace, construction et déconstruction du décor par les chanteurs sur scène. Le tout dans une ambiance sereine, mais parfois crue et violente comme lors de l’assassinat d’Holopherne par Judith. Avec l’apparition de Madeleine dans la deuxième histoire sacrée du concert, la voix presque masculine de sous le voile surprend. La mezzo fascine dans Magdalena lugens. Voilà un bel exemple d’originalité et de qualité.

Crédits photographiques : © Bertrand Pichène

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