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La spiritualité contenue de Herreweghe dans les Vêpres de Monteverdi

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Claudio Monteverdi (1567-1643) : Vespro della Beata Vergine. Dorothee Mields, soprano. Barbora Kabátková, soprano. Benedict Hymas, tenor. William Knight, tenor. Reinoud Van Mechelen, tenor. Samuel Boden, tenor. Peter Kooij, basse. Wolf Matthias Friedrich, basse. Collegium Vocale Gent, direction : Philippe Herreweghe. 2 CD Phi. Enregistré le 12-14 août 2017 à la Chiesa di San Francesco, Asciano (Italie). Notice en anglais, français, allemand, néerlandais. Durée : 50:10 (CD1) 37:31 (CD2)

 

CD_HerrewegheUne énième version des Vespro della Beata Vergine de Monteverdi ? Une constance interprétative plutôt de la part du chef d’orchestre et du Collegium Vocale de Gand.

Ceux qui affirment avoir tout entendu des Vespro della Beata Vergine de Monteverdi n’ont pas épuisé les secrets de cette œuvre, car même si les nombreux enregistrements se fondent sur une partition particulièrement précise pour l’époque (1610), les versions se succèdent et se confrontent en raison d’énigmes foisonnantes toujours d’actualité.

Parfaitement synthétisées dans la notice par Marc Vanscheeeuwijck, universitaire de l’Oregon, les Vêpres offrent des choix bien larges à ceux qui souhaitent en proposer une interprétation. Ce plaisir d’une écoute comparative plutôt réservée à un auditeur « expérimenté », ne fait pourtant pas oublier les riches attraits de cette musique pour des auditeurs occasionnels, l’intérêt et le renouvellement de l’écoute se régénérant continuellement par la variété de style et d’écriture concentrés dans cette partition. Véritable monument de la littérature musicale synthétisant l’ancienne polyphonie sur cantus firmus et l’écriture de soliste inspirée par le nouveau style dramatique, toutes deux associées à un brillantissime stile concertato d’une audace surprenante, les Vêpres révèlent autant le génie de l’homme religieux que celui de l’homme de théâtre.

Plus de trente après, n’en démord pas : tout comme dans son enregistrement mené en 1986 avec le Collegium Vocale de Gand, le chœur et l’orchestre de et les Sacqueboutiers de Toulouse, c’est une spiritualité contenue que le chef d’orchestre déploie tout du long de l’ouvrage. Ce n’est pourtant pas un parti-pris aseptique qu’offre ce grand spécialiste baroque, mais une intimité, une sorte d’introspection constante tout en spiritualité ne dénaturant pas la grandeur de ce chef-d’œuvre.

Cette subtilité théologique palpable s’exécute sans suivre la « rigueur musicologique » qui imposerait deux Magnificat et la Missa in illo tempore présents au début du recueil original. Les sections de l’ouvrage s’enchaînent dans l’ordre habituel où s’ajoutent six antiennes grégoriennes réservées aux cinq merveilleux ténors de la Schola Gregoriana, introduisant chaque psaume et le Magnificat final. Le résultat orchestral des vingt et un instrumentistes sur instruments anciens est agréablement adapté aux caractéristiques des voix, la sobriété des intentions faisant foi par le biais de tempi sans grandiloquence et un jeu fluide et bien articulé. Dans le chœur comme entre les solistes, la précision est constante entre les différentes voix et les décalages rythmiques très rapprochés. Le double chœur dialogue sans heurt dans une éloquence simple et une pureté de son exaltante.

Mots-clefs de cet article
  • Michel LONCIN

    « Un parti pris aseptique » … qu’est-ce à dire … ? On peut espérer que ce n’est point de l’UTRA baroquisme dans ce chef d’œuvre absolu de polyphonie …

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