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À Montreux, la générosité de Gianandrea Noseda

Festivals, La Scène, Musique symphonique

Montreux. Septembre Musical. Auditorium Stravinski. 31-VIII-2018. Giuseppe Verdi (1813-1901) : Quattro pezzi sacri. Antonín Dvořák (1841-1904) : Symphonie n° 9 en mi mineur « du Nouveau Monde » op. 95. Chœur (chef de chœur : Andrea Secchi) et orchestre du Teatro Regio, direction : Gianandrea Noseda

Septmus18.02.01Après quinze années passées à la tête du festival, Tobias Richter signe son dernier « Septembre Musical » avec le Chœur et l’ qui, coïncidence du calendrier, joue pour l’une des dernières fois (1) sous la direction de , son chef depuis 2007.

Un chef italien, un chœur italien, un orchestre italien, qui pendant plus de dix ans se sont côtoyés dans la musique avec l’excellence que chacun a poursuivie et qui se retrouvent une dernière fois, voilà de quoi exacerber les émotions. Du côté du chœur et de l’orchestre, comme de celui de son chef. Sans qu’un regret particulier ne se fasse sentir, on pouvait bien imaginer que chacun y mettrait du sien pour plaire à l’autre.

Et c’est bien cette sensation qui domine les premières mesures des Quattro Pezzi Sacri de . Une œuvre aride, austère, loin des fastueuses envolées lyriques des opéras, voir du Requiem. Ici, l’ascétisme est d’une rigueur liturgique. Pourtant, il n’empêche pas l’émotion. Ainsi, l’Ave Maria est entonné sur un pianissimo d’une telle douceur, doublée d’une grande ferveur qu’on devine le chœur voulant inscrire un message à la fois artistique et sacré. Comme un remerciement aux musiciens qui les ont secondés et accompagnés jusqu’ici. L’orchestre, les visages tournés vers l’ensemble vocal, savoure l’instant. Nos lignes ont vanté les qualités musicales du Chœur du Teatro Regio dans les opéras, mais l’entendre ici dans une œuvre principalement chorale confirme l’excellence de ses choristes. Au pupitre, module leur prestation de gestes décrivant dans l’espace une épopée des harmonies. À voir son bras s’élever lentement, le poignet ployé, la paume de la main enveloppée de ses doigts recourbés comme sur un dessin de Michel-Ange, puis les mains se joindre en une prière devant la bouche, on ne peut que saisir l’intention musicale charismatique du chef. Diminuendos et crescendos vocaux se succèdent avec intensité, avec musicalité, avec une attention à la musique qui fait qu’on reste suspendu à l’œuvre. Noseda captive, enveloppe, embrasse, s’imprègne de la musique pour la renvoyer au public comme libérée de ses lourdeurs, de ses contraintes. Il est un de ces êtres dont la générosité, la bonté, le don de soi à la musique touchent au cœur.

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Dans la deuxième partie du concert, quelles surprises peut-on attendre de la plus populaire des symphonies d’ ? Plus connue par le nom que le compositeur lui a attribué que le quantième qu’elle porte dans son œuvre symphonique et plus encore que sa tonalité, la Symphonie du Nouveau Monde égrène les thèmes que nous avons entendus maintes et maintes fois. Avec Gianandrea Noseda et l’Orchestre du Teatro Regio cependant, la donne est différente. Non pas qu’il révolutionne mélodies et tempo, mais le chef transforme, au sens littéral du mot, la musique en tableaux visibles aux seules émotions. Ainsi, le largo (soudain obscurci pendant quelques secondes par une disparition totale d’éclairages de scène et de salle, sans pour autant déstabiliser le moins du monde ni l’orchestre ni son chef) transporte l’auditeur dans le matin frais d’une plaine immense baignée par la rosée où s’attarderait un léger brouillard. L’orchestre est tout entier dans l’apaisement. Moment extatique quand le magnifique cor anglais d’ (quel soliste !) emplit cette immensité comme la plainte d’une voix humaine. Quel bel orchestre, quel son, quelle sérénité, quelle beauté ! Dans son interprétation, Gianandrea Noseda ne laisse aucune place à l’indifférence. Tout est plein, tout est généreux, totalement dans la culture de la beauté comme le serait un artisanat de qualité. Enfin, il exulte de paroxysme dans l’Allegro con fuoco final, entraînant derrière lui un orchestre flamboyant de bonheur.

En bis, une entraînante Danse Hongroise no. 1 de Johannes Brahms et un bouleversant Prélude de l’acte III de La Traviata de viennent clore ce moment musical émouvant d’humanité partagée.

Crédit photographique : © CélineMichel

(1) Gianandrea Noseda dirigera encore l’ dans Peter Pan de Leonard Berstein au Stresa Festival (9 septembre 2018) et dans un programme ayant pour thème La Valse avec des œuvres de Johann Strauss Jr., Maurice Ravel et Richard Strauss au Teatro Regio de Turin (16 septembre 2018) alors que la représentation de La Bohème de Giacomo Puccini qui devait avoir lieu, à Paris, au Théâtre de Champs-Élysées (27 octobre 2018) est annulée.

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