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Kabuki au Théâtre de Chaillot : le Japon traditionnel et surnaturel

Danse , La Scène, Spectacles divers

Paris. Théâtre national de Chaillot. 15-IX-2018. Iromoyô Chotto Karimame Kasane / Narukami,Shochiku Grand Kabuki. Avec Nakamura Shido II, Nakamura Shichinosuke II et les interprètes de la compagnie Shochiku ; lumières : Taga Masaki, Tokita Masayoshi ; son : Yuasa Noriyuki ; chorégraphes des combats : Nakamura Icho, Nakamura Shiichi ; Ensemble Musical Kiyomoto, récitants :Kiyomoto Kiyomidayu, Kiyomoto Ichitayu, Kiyomoto Kuniedayu ; Shamisen : Kiyomoto Eikichi, Kiyomoto Yoshijuro, Kiyomoto Shiichiro.

Sans titreDans le cadre de « Japonismes 2018 » et du Festival d’automne à Paris, le kabuki prend place au Théâtre national de Chaillot avec deux premières en France constituées des pièces Kasane et Narukami.

La première pièce narre, dans un genre plutôt lyrico-dramatique, le drame de Kasane, amante de Yoemon vivant un amour illégitime. Cette passion les mènera tous deux à leur perte, et ils seront poursuivis par l’âme du père de Kasane tué des années auparavant. La force narrative est alors soutenue par une succession de pièces déclamant un amour inextinguible, la possession maléfique de Kasane par l’esprit de son père et la vengeance de celui-ci. La seconde pièce, sur un registre moins dramatique, qui n’exclut pas pour autant une part importante de magie, retrace la libération du dieu de la pluie détenu par le moine Narukami grâce à la malice de la Princesse Kumo no Taema.

Synthétisant le chant, la danse et la mise en scène, un spectacle de Kabuki se présente bien différemment de la forme d’un spectacle de ballet ou d’opéra ; toutefois, la succession des poses et des parties plus dynamiques confèrent un charme indicible que chacun appréhendera avec ses connaissances et la vision toujours aussi partiale que l’on peut avoir d’une culture aussi lointaine. On est inévitablement séduit par la drôlerie des moines âgés, amateurs de bonne chère et de saké, qui s’accusent l’un l’autre de trop jouir des plaisirs gustatifs et s’émoustillent à la vue des pieds de la princesse que celle-ci leur désigne, à dessein, afin d’abaisser leur vigilance. Le charme opère quand il s’agit d’observer la très grande beauté, d’albâtre et d’ébène, de l’acteur (qui interprète les deux rôles de femmes dans chacune des pièces), aux manières féminines et en rien vulgaires tant le raffinement de la représentation de la femme dans ce registre théâtral est finement rendu.

La partie musicale est évocatrice des éléments de la nature : la pluie, le vent, l’eau qui coule étayent le dispositif instrumental, situé de part et d’autre de la scène, caché ou bien placé sur une estrade. Ceci confère une impression de double narration entre une explicitation de l’action de façon extérieure et une poétique symbolisée par la pantomime des acteurs.

De quoi souhaiter que le kabuki soit invité plus régulièrement dans nos contrées toujours curieuses pour mieux découvrir et comprendre cet art fascinant.

Crédits photographiques : (Kasane) © Shochiku Co.,Ltd.

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