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Délices haendéliennes avec Philippe Jaroussky et Emöke Baráth

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Paris. Philharmonie. Grande salle Pierre Boulez. 21-IX-2018. Georg Friedrich Haendel (1685-1759) : Airs et duos extraits de Giulio Cesare, Ariodante, Almira, Rodelinda, Serse, Scipione, Il Parnasso in Festa. Avec : Emöke Baràth, soprano ; Philippe Jaroussky, contre-ténor. Ensemble Artaserse, Premier violon et direction, Raul Orellana

Emöke BaráthDans ce récital à la Philharmonie de Paris proposé par avec la complicité de la soprano et de l’, c’est toute la carrière d’Haendel qui défile.

Commençons d’abord par souligner l’originalité de la construction du programme qui échappe à la simple succession d’airs entrecoupés d’ouvertures. Comme pour son récital avec Cecilia Bartoli, a choisi d’enchaîner les récitatifs, arias, duos et pièces orchestrales sans pause, jusqu’à susciter l’impression d’être devant une représentation d’un opéra en version de concert avec des rebondissements dramatiques et des changements d’ambiance. On passe ainsi de la dispute à la réconciliation, de l’emballement amoureux aux adieux déchirants, avec beaucoup de fluidité et de naturel. En outre, comme le rappelle la notice du programme, ce récital permet d’entrevoir toute la palette expressive du compositeur saxon durant ses près de quarante ans de carrière, les airs retenus par les deux artistes reflétant les différents genres d’opéras composés par le maître (opera seria, opéras héroïques…).

Le récital donne à entendre l’évolution de Philippe Jaroussky dans ce répertoire ainsi que les promesses de la jeune . Les deux timbres de voix s’épousent parfaitement, notamment dans les duos de Rodelinda et d’Ariodante, l’enchantement est constant.

Pour tout ceux qui ont l’album Carestini en tête, l’évolution est flagrante ! Le contre-ténor essaye de ne plus simplement être un chanteur à la voix angélique et, même s’il reste plus à l’aise dans les airs langoureux et mélancoliques que dans les arias de bravoure, on est frappé par l’expressivité du récitatif et de l’aria extraits d’Il Parnasso in festa, par la plus grande profondeur des graves dans l’air de Sesto du Giulio Cesare et par l’intensité, les crescendos et les infinies nuances d’un « scherza infida », au bord du précipice. Une plus grande densité d’interprétation en somme, loin de toute virtuosité gratuite. De bout en bout, une superbe prestation.

Étonnamment, Emöke Baráth est apparue un peu empruntée, presque mal à l’aise par moment aux saluts. Pourtant, il n’y avait aucune raison tant la technique superlative de la soprano a ébloui le public de la Philharmonie comme elle avait bluffé celui du Théâtre des Champs-Élysées dans Alcina lorsqu’elle remplaçait Julie Fuchs. Un timbre fruité et pulpeux, une projection égale sur l’ensemble de la tessiture, des vocalises précises, du mordant, un joli jeu de scène… Tout au plus pourrait-on ergoter sur une approche encore trop technique dont il conviendrait qu’elle s’affranchisse pour aller vers de plus grandes interprétations. Mais l’artiste est encore jeune et ce récital nous a laissé entrevoir les magnifiques promesses de cette voix, à suivre assurément.

On ne peut, une fois de plus, que souligner la qualité de l’accompagnement de l’ dirigé ce soir avec panache par le premier violon . Des tempi judicieux, des variations de puissances et de dynamiques, un travail constant sur les sonorités, rendent captivante chacune des pages défendues. Les concerti grossi choisis pour entrecouper les scènes sont déjà très opératiques et le dialogue instauré entre la voix et le basson pour le « Scherza Infida » fait partie de ces moments poétiques qui transportent dans d’autres sphères.

Pour conclure, les deux artistes offrent deux bis « Vivo in te » extrait de Tamerlano et une hilarante dispute avec le grandiose « Ferma ti ! No credel ! » extrait de Rinaldo. Vive le couple … dans tous ses états !

Crédits photographiques : Emöke Baráth © Zsoli Raffay

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Paris. Philharmonie. Grande salle Pierre Boulez. 21-IX-2018. Georg Friedrich Haendel (1685-1759) : Airs et duos extraits de Giulio Cesare, Ariodante, Almira, Rodelinda, Serse, Scipione, Il Parnasso in Festa. Avec : Emöke Baràth, soprano ; Philippe Jaroussky, contre-ténor. Ensemble Artaserse, Premier violon et direction, Raul Orellana

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  • Frederic Archambeaud

    Amours, délices et orgues… On écrira donc plutôt délices haendeliennes….

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