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Le voyage à Lübeck : Bach et Buxtehude en dialogue aux Carmélites

Concerts, La Scène, Musique d'ensemble

Toulouse. Chapelle des Carmélites. 23-IX-2018. Johann Sebastian Bach (1685-1750) : cantates Der Herr denket an uns BWV 196, et Christ lag in Totesbanden BWV 4. Dietrich Buxtehude (1637-1707) : cantates Herren war Gud BuxWV 40, Jesu meines Lebens BuxWV 62, Walts Gott meine Werk ich lasse BuxWV 103. Anne Magouët, soprano. Pascal Bertin, alto. Sébastien Obrecht, ténor. Stephan Imboden, basse. Gilles Cantagrel, narrateur. Les Passions, orchestre baroque de Montauban, direction : Jean-Marc Andrieu

Passions-Carmélites-tutti vertical-2018-09-23©JJ.AderC’est sous les fastes du décor baroque de la chapelle des Carmélites de Toulouse que l’ensemble a proposé une mise en regard de cantates de et de . Programmé dans le cadre de Musique en dialogue aux Carmélites, ce spectacle alternant musique et narration permettait au spectateur d’entrer dans l’intimité des compositeurs.

Il est toujours intéressant de restituer les œuvres musicales dans leur contexte historique. Qui mieux que et son récit La rencontre de Lübeck pour nous introduire à la compréhension de cet épisode fondateur de la vie du jeune Bach ? En 1705, Johann Sebastian entreprend un long voyage à pied pour rencontrer le grand maître d’Allemagne du nord, . Grâce au talent de conteur de , on découvre toute la richesse de la transmission du savoir de l’aîné vers le cadet : transmission de la conception spirituelle de la musique, reflet de l’harmonie céleste, qui ne cessera d’habiter les compositions du futur Cantor de Leipzig. Une même foi fervente sous-tend l’écriture des cantates du vieux maître et du jeune génie. On sait que Johann Sebastian a participé durant trois mois d’hiver aux célèbres Abendmusiken données par Buxtehude à Sainte-Marie de Lübeck. Dans l’intimité du maître, Bach s’imprègne d’une connaissance profonde du stylus fantasticus et de l’art de l’éloquence. Cette rencontre est une véritable leçon de vie et fait de Bach le successeur spirituel du grand Buxtehude. De retour à Arnstadt au bout de quatre mois d’absence (alors qu’il avait demandé un congé d’un mois…), on reproche à Bach d’improviser d’une manière qui perturbe la prière de l’assemblée ! Toute l’œuvre ultérieure du Cantor sera ainsi émaillée de citations implicites empruntées à l’œuvre de Buxtehude, depuis la Passacaille en ut mineur jusqu’aux Variations Goldberg, comme autant d’hommages au vieux maître.

Pour ces cantates, (lire notre entretien) a réuni un quatuor vocal de grande qualité. Le programme s’ouvre par une cantate de mariage de la jeunesse de Bach où, après une symphonie et un chœur à quatre parties, le premier air de soprano permet d’apprécier la souplesse de la voix d’ dialoguant avec les violons. Place ensuite à trois cantates de Buxtehude. La deuxième, Jesu meines Lebens, présente quarante-et-une variations sur un motif récurrent de huit notes à la basse, qui servira de modèle à l’écriture des passacailles pour orgue. La dernière est un petit concert spirituel sur la finitude de la vie, où le choral à quatre voix ressort au milieu des traits des violons. Mais le chef d’œuvre du programme est incontestablement l’extraordinaire cantate de Pâques de Christ lag in Totesbanden, écrite lorsqu’il n’a que vingt-et-un ans, à son arrivée à Mühlhausen. Trois parties évoquent la mort du Christ et trois autres proclament sa résurrection, encadrant l’épisode du combat entre la vie et la mort, où le cantus firmus est confié à la voix d’alto encadrée par les strettes des trois autres voix. Seule petite réserve : on aurait souhaité que le thème du choral, lorsqu’il est confié à l’alto ou au ténor, ressorte avec une présence plus affirmée. Bâtie sur le choral pascal de Luther qui reprend la mélodie du Victimae paschali grégorien, cette cantate est une extraordinaire prouesse de construction de la part du jeune Bach, où la musique donne vie au texte. Dès le premier air, on entend les sanglots des violons accompagner les souffrance du Christ. Plus tard, sur les mots den Tod (la mort) et nichts (rien), la musique reste en suspend. Chaque strophe se termine par un Halleluja joyeux qui marque la victoire de la vie.

À noter, tout au long du programme, l’excellence du continuo de à l’orgue et à la basse de violon, qui font preuve d’un remarquable sens de l’articulation, répondant à la parfaite lisibilité du contrepoint des cordes et à la belle diction des chanteurs. La voûte en bois de la chapelle des Carmélites fait de ce lieu à l’acoustique parfaite un véritable instrument de musique.

Crédits photographiques : © Jean-Jacques Ader

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