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Jean-Marc Andrieu œuvre à la renaissance des maîtres baroques méridionaux

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Jean-Marc directionFlûtiste à bec, chef et créateur des Passions, Orchestre baroque de Montauban fondé il y a 32 ans, directeur du conservatoire de musique et danse de Montauban, est aussi un chercheur infatigable qui sonde le patrimoine musical ancien et retourne aux sources des partitions qu’il travaille en reconstituant les parties et en les éditant.

Le répertoire baroque est large et peut être considéré comme inépuisable. aime à sortir des sentiers battus et développe l’esprit de découverte. Il a commencé ses recherches en nourrissant une belle amitié avec le regretté musicologue toulousain , spécialiste incontesté de la musette de cour. C’est ainsi qu’il a été sensibilisé au riche fonds des ducs d’Aiguillon à la bibliothèque d’Agen, avant de s’intéresser au fonds musical ancien de Midi-Pyrénées à la bibliothèque d’étude et du patrimoine de Toulouse, à celles de Montauban, Méjanes Aix-en-Provence, Versailles et bien sûr aux fonds de la Bibliothèque Nationale de France. Ces longs travaux sur les partitions manuscrites ont développé sa curiosité pour trouver des œuvres méconnues et surtout le bonheur de leur redonner vie.

Face à des trésors enfouis, ce Gaillacois s’est naturellement penché d’abord sur les compositeurs du sud dont les plus connus sont , , Jean Gilles ; et d’autres moins célèbres comme Antoine-Esprit Blanchard, Charles Levens ou les Montalbanais Jean-Baptiste Bonnet et Jean-Baptiste Lebat. Nombre de pièces, instrumentales et vocales, ont été ainsi exhumées et interprétées en concert à Montauban, Toulouse, Montpellier, à travers la région Occitanie et pour les œuvres de Gilles, dans de grands festivals comme La Chaise-Dieu, Utrecht, Pontoise ou Toulouse les orgues, qui ont fait confiance au travail du chef et du musicologue.

Renaissance de Gilles et Blanchard

Ce fut une belle aventure avec la musique de , ce jeune compositeur issu de l’école d’Aix-en-Provence, sous la férule de , comme Campra, Blanchard et quelques autres, qui termina sa trop courte vie à l’âge de 36 ans comme maître de chapelle à la cathédrale Saint-Etienne de Toulouse où il est inhumé. On célèbre d’ailleurs le 350e anniversaire de sa naissance cette année. Son Requiem, qui avait eu tant de succès tout au long du XVIIIe siècle, était certes connu depuis une quarantaine d’années avec plusieurs versions discographiques, mais ce succès provoqua une multiplication des sources qui furent aussi la cause de nombreuses altérations de la partition originale. Le manuscrit autographe ayant disparu, Jean-Marc Andrieu s’est basé sur trois manuscrits, dont un toulousain de 1731, pour reconstituer une version la plus proche possible de l’original. Il a particulièrement travaillé sur l’orchestration, en réintroduisant le serpent parmi les basses et équilibrant le nombre de chanteurs et d’instrumentistes sur le diapason, qui était plus bas en France à l’époque et sur la prononciation du latin à la française. Il a ensuite « tiré le fil » avec les motets, dont de superbes Lamentations et la Messe en ré, qu’il ressuscita en réalisant le premier enregistrement mondial avec un Te Deum de toute beauté (Lidi). Entré dans ce monde avec bonheur, Jean-Marc Andrieu s’est émerveillé de la qualité musicale, du style propre et des tournures des œuvres de Gilles, dont on ignore à peu près tout de sa vie. Il a eu envie de défendre cette musique attachante dont il est devenu un spécialiste reconnu au point d’être sollicité par l’Institut de France pour signer la notice Gilles dans le livre des commémorations nationales 2018.

C’est le ténor  qui a attiré l’attention de Jean-Marc Andrieu sur le petit maître provençal , qui fit carrière à Versailles comme sous-maître de chapelle par quartiers. Entreprenant ses recherches à la bibliothèque nationale, le chef montalbanais fit la connaissance de la musicologue , auteur de l’unique thèse sur Blanchard, ravie qu’un musicien s’intéresse enfin à son objet d’étude. La renommée de cet excellent musicien du XVIIIe siècle, pourtant estimé par le roi Louis XV et surtout par la reine, sera toutefois oubliée dans les décennies suivantes, sans doute éclipsée par les « stars » qu’étaient Rameau, Campra et Mondonville. Cet autre méridional arrivé comme sous-maître de la chapelle royale en 1744 influencera sans doute la musique de son collègue par une modernisation des moyens et une italianisation du style.

Avec le chœur de chambre , partenaire et complice de ses projets vocaux, Jean-Marc Andrieu a redonné vie à trois grands motets de Blanchard parmi les quarante trois conservés à la bibliothèque nationale (Magnificat, De profundis, In exitu Israël), dont deux en création mondiale au festival de Radio France Occitanie Montpellier en 2016. Le concert était diffusé en direct sur France Musique et enregistré par Ligia.

Des projets et des rêves

Mais le chef montalbanais a de la suite dans les idées. Parmi les nombreux projets qu’il nourrit, l’un d’eux lui tient particulièrement à cœur et il lui concentre une grande partie de son énergie. Bien qu’il l’ait déjà monté trois fois en version de concert dans les années 90, il souhaite remonter « en grand » et surtout enregistrer la Pastorale languedocienne du narbonnais , Daphnis et Alcimadure, l’unique opéra en occitan, d’après une fable éponyme de La Fontaine, la 24e du Livre XII. Avec patience et obstination, il travaille actuellement à la réédition de la partition. Il dispose des effectifs orchestraux (cordes, 2 flûtes, 2 hautbois, 2 bassons, trompette, cor), du chœur et n’aura pas de difficulté à choisir les quatre solistes, mais il faut trouver financements, partenaires, co-producteurs pour réaliser concerts et disque. L’ouvrage, créé à Fontainebleau en 1754 devant la cour et le roi Louis XV, connut un succès certain à l’époque puisqu’il fut traduit en français et même objet de parodies comme Daphnis et Alcimatendre

Mais au-delà des seuls maîtres méridionaux et toujours dans cet esprit de recherche, Jean-Marc Andrieu, qui a exploré le Chevalier de Saint-George, aimerait se pencher sur la musique de , maître de la chapelle du roi Louis XVI à Versailles, puis surintendant de la musique. Après avoir dirigé à de nombreuses reprises les grands oratorio et passions de Bach, il rêve de diriger un jour sa Messe en si, puis la Grande messe en ut de Mozart.

Quant au conservatoire de Montauban, après avoir développé des classes à horaires aménagés instrumentales et en danse, il inaugure celles de chant à la rentrée.

Crédit photographique : © Jean-Jacques Ader

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