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Le Ballet de l’Opéra de Paris gaga d’Ohad Naharin

Danse , La Scène, Spectacles Danse

Paris. Palais Garnier. 28-IX-2018. Decadance (entrée au répertoire). Chorégraphie : Ohad Naharin. Scénographie : Avi Yona Bueno. Lumières : Avi Yona Bueno. Costumes : Rakefet Levy. Musiques : Pérez Prado, David Darling, Brian Eno, Isao Tomita.
Avec les danseurs du Ballet de l’Opéra national de Paris.

Pièce-phare du chorégraphe israélien , Decadance fait son entrée au répertoire du . C’est avec une étonnante capacité d’adaptation que ces danseurs se sont appropriés la signature si personnelle du chorégraphe… pour un résultat festif particulièrement réussi !

On pourrait la décrire comme un best of de l’œuvre d’Ohad Naharin. Decadance consiste en la combinaison de neuf pièces majeures du chorégraphe, créées entre 1992 et 2011. Parmi lesquelles, l’on peut citer Anaphase (1993), Naharin’s Virus (2001), Three (2005), MAX (2007) ou encore Sadeh21 (2011). En constante évolution, Decadance, ballet créé en 2000 par la , a été adapté pour les danseurs du Ballet de l’Opéra de Paris, avec un choix des pièces légèrement différent que dans la version initiale, où l’on pouvait voir par exemple des extraits de George and Zalman ou de Kyr.

Le résultat, réjouissant, donne à voir un condensé du travail de Naharin, dans son volet le plus drôle, participatif et festif. L’humour est présent dès l’introduction où un danseur – – vient demander aux spectateurs de veiller à éteindre leurs téléphones portables. Plus tard, demandant au public de se lever, le même danseur/présentateur indique les conditions autorisant les spectateurs à se rasseoir – « si vous gagnez plus de 250 000$ », « si vous avez lu Le Baron perché d’Italo Calvino » – jusqu’à ce qu’une seule personne, dont c’est l’anniversaire, reste debout et soit invitée à monter sur scène. Sans compter le moment où les danseurs vêtus de costumes et chapeaux noirs descendent chercher chacun un partenaire dans le public, qu’ils amènent à danser avec frénésie sur scène.

Decadance n’est pas que drôle. Maître dans l’art de doser les émotions, Naharin fait passer les spectateurs à travers tout un spectre d’états et de sentiments. Difficile de rester extérieur à un tel spectacle, où le groupe de plus de trente danseurs entraine les spectateurs dans leur transe. La puissance d’ »Ehad mi Yodea », morceau extrait d’Anaphase dans lequel les danseurs, assis en cercle sur des chaises, enchainent une série de mouvements en canon, saisit et transporte par sa violente beauté. Criant à pleins poumons, les danseurs entrent dans une communion de groupe électrisante. La tension retombe avec Three, pièce au registre plus léger et qui met davantage l’accent sur les individualités. On sourit au délicieux duo masculin, à la fois tendre et plein d’humour, sur l’air de « Na Tum Jano Na Hum » chanté par Lucky Ali.


L’adaptation des danseurs de l’Opéra de Paris au style gaga de Naharin est étonnante. Si la base classique est visible, les corps se plient, ondulent avec une fluidité comparable à celle des danseurs de la Batsheva. Peut-être les chutes sont-elles un peu plus amorties mais l’engagement, l’énergie sont bluffants. Au sein d’un groupe très homogène, Simon Le Borgne et Caroline Osmont crèvent l’écran. Le danseur, au physique athlétique, éprouve un bonheur communicatif à se couler dans cette gestuelle et à exécuter certaines figures acrobatiques. Après la mise en avant dont il a fait l’objet dans Play d’ l’année dernière, Simon Le Borgne s’affirme comme un talent du corps de ballet dans ce registre. Caroline Osmont a su quant à elle se démarquer grâce à ses talents de comédienne et sa personnalité affirmée. Mais c’est l’ensemble qui fait la force de ce type de ballet et cet ensemble est irréprochable. La cohésion sans faille du groupe et le plaisir de danser sont palpables.

Cette reprise se révèle un pari réussi, qui prouve la capacité des danseurs de l’Opéra à se fondre dans la variété des écritures contemporaines.

Crédits photographiques : © Julien Benhamou / ONP

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