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Doublé russe en ouverture de saison à l’Opéra de Rennes

La Scène, Opéra, Opéras

Rennes. Opéra. 28-IX-2018. Sergueï Rachmaninov (1873-1943) : Aleko, opéra en un acte sur un livret de Vladimir Nemirovitch-Dantchenko d’après Les Tsyganes de Pouchkine. Avec : Anastasia Moskvina, Zemfira ; Vladimir Gromov, Aleko ; Vladimir Petrov, Un vieux gitan ; Aleksandre Gelakh, Un jeune gitan ; Natalia Akinina, Une vieille femme. Piotr Ilitch Tchaïkovski (1840-1893) : Iolanta, opéra en un acte sur un livret de Modeste Tchaikovsky. Iryna Kuchynskaya, Iolanta ; Victor Mendelev, Vaudémont ; Vladimir Petrov, Bertrand ; Andrei Valentii, René ; Aleksandre Gelakh, Alméric ; Ilya Silchukou, Robert ; Vladimir Gromov, Ibn-Hakia ; Natallia Akinina, Martha ; Hélène Lecourt, Brigitta ; Viridiana Soto Ortiz, Laura. Chœur d’Angers Nantes Opéra (Chef de chœur : Xavier Ribes). Chœur de chambre Mélisme(s) (chef de chœur : Gildas Pungier). Orchestre Symphonique de Bretagne, direction musicale : Andreï Galanov

Programmés à Rennes avant Nantes et Angers, Aleko de Rachmaninov et Iolanta de Tchaïkovski sont interprétés par une distribution venue de l’Opéra de Minsk. La représentation en version demi-scénique de ces deux courts opéras, créés à cinq mois d’intervalle en 1892 et 1893, perd en vigueur après l’entracte. 

Très rare sur les scènes hormis en Russie, le premier des trois opéras de , d’après Pouchkine, ressemble par sa trame aux courts ouvrages véristes de la même époque, à l’instar de Pagliacci et Cavalleria Rusticana. Le livret peu dramaturgique de Vladimir Nemirovitch-Dantchenko n’a laissé au compositeur qu’une quarantaine de minutes de chant. Le résultat : un ouvrage d’une heure écrit en moins de trois semaines par un étudiant de dix-neuf ans en fin d’étude, et dont la qualité réside surtout dans les grandes pages symphoniques.

Le fait de programmer l’œuvre en version demi-scénique, avec les chanteurs et les chœurs placés en avant-scène de l’Opéra de Rennes, surplombés par l’Orchestre de Bretagne derrière, n’altère pas particulièrement une action resserrée sur un groupe de tziganes et cinq personnages, dont seuls deux possèdent un prénom. Marié à Zemfira, Aleko ne lui laisse pas la liberté d’en aimer un autre et finit par tuer sa femme et son amant avant de se voir rejeté par la communauté pour cet acte. Le rôle-titre intrigue par la voix d’un certes émouvant dans le monologue, mais plus marquant au second opéra pour le rôle d’Ibn-Hakia, auquel la tessiture semble plus adaptée, notamment dans la sublime romance Dva Mira. Le baryton biélorusse parvient aussi à toucher lorsqu’il tue son rival, puis sa femme, même si la proposition dramaturgique ne renforce pas cette scène et demande juste aux deux mourants de s’écarter chacun d’un côté du plateau.

Le jeune gitan campé par le ténor projette un chant dynamique, seulement un peu aigre pour les parties hautes, sensation retrouvée dans Iolanta lorsqu’il interprète Alméric. Zemfira revient à la soprano , dont on sait qu’elle a déjà chanté aussi le rôle-titre de Iolanta, même s’il lui sera préféré sur la scène rennaise . Dans les deux cas, les sopranos ne se montrent jamais en difficulté avec leur partition, ni dans l’ambitus du médium, ni à l’aigu, mais si le timbre de la seconde se montre plus chatoyant, aucune caractéristique ne permet d’apporter un regain de personnalité apte à démarquer ces voix de celles de nombres d’artistes de qualité égale, actuellement dans les ensembles des salles d’opéra de l’Est de l’Europe.

La basse en vieux gitan d’abord et ensuite en Bertrand montre lui une expressivité et une matière de grave remarquables, qui procure une superbe envergure à ses deux rôles, notamment à celui du dernier opéra de Tchaïkovski, plus mature dans l’écriture que l’ouvrage du jeune homme écrit l’année de la mort de l’aîné, qui aura tout de même le temps d’étudier la partition et de la trouver si bonne qu’il se prononcera pour donner à son auteur la médaille d’or du Conservatoire de Moscou. charme au moins autant, si ce n’est plus, par la profondeur des graves du Roi René dans Iolanta, même si la couleur se montre moins caractérisée. Le ténor Victor Mendelev ravit en Comte Vaudémont et Natallia Akinina étale un beau bas-médium d’alto, tant pour la vieille gitane que pour Martha. Les chœurs d’Angers Nantes Opéra et de l’ensemble parfaitement préparés par dévoilent une maîtrise du russe simplement phonétique, mais ils développent une chaleur et une puissance impressionnantes dans la salle bretonne.

Dirigé par le directeur musical de Minsk , l’, auquel a été associé trouve sous cette direction sans baguette des couleurs idéalement russes, accentuées par la superbe nostalgie des violons dans l’ouvrage de Rachmaninov, et une véritable chaleur boisée en provenances des cordes graves. De l’ensemble se démarque dans la première demi-heure le superbe premier hautbois, encore intéressant en duo avec le second hautbois ensuite, mais dépassé dès la deuxième moitié d’Aleko par le premier basson. Les autres bois ravissent par leur acuité, surtout la chaude première clarinette et pour Iolanta un cor anglais de plus en plus libre à mesure qu’avance la soirée. Les cuivres convainquent par leur justesse tout au long de la soirée, tout particulièrement les cors et la première trompette. Le chef trouve d’abord un élan vériste grâce au lyrisme symphonique de la partition de Rachmaninov, mais se montre ensuite moins impactant dans l’approche du complexe dernier opéra de Tchaïkovski, notamment sous l’air d’Ibn-Hakia qu’il aborde trop rapidement avec un continuo de violons trop marqué.

Louons toutefois à nouveau le rare couplage de cette belle soirée russe, même si l’on regrette que l’association des Opéras de Rennes et de Nantes-Angers ne permettent pas de monter de telles pièces avec une mise en scène, dont le livret de Iolanta aurait largement bénéficié.

Crédits photographiques : © Laurent Guizard

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