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Nouveau Wozzeck pour le Deutsche Oper Berlin

La Scène, Opéra, Opéras

Berlin. Deutsche Oper Berlin. 14-X-2018. Alban Berg (1885-1935) : Wozzeck, opéra en trois actes et quinze scènes sur un livret du compositeur d’après le drame « Woyzeck » de Georg Büchner, dans la version de Karl Emil Franzos. Mise en scène : Ole Anders Tandberg. Décors : Erlend Birkeland. Costumes : Maria Geber. Lumières : Ellen Ruge. Vidéos : Robert Pflanz. Jeu d’acteur : Teresa Reiber. Dramaturgie : Jörg Königsdorf. Avec : Johan Reuter, Wozzeck ; Elena Zhidkova, Marie ; Thomas Blondelle, Tambourmajor ; Burkhard Ulrich, Hauptmann ; Seth Carico, Doktor ; Matthew Newlin, Andres ; Annika Schlicht, Margret ; Andrew Dickinson, L’Idiot ; Tobias Kehrer, Philipp Jekal, Handwerksbursch. Jakob Hanisch, Enfant de Marie. Chor & Kinderchor der Deutschen Oper Berlin (chefs de choeur : Jeremy Bines & Christian Lindhorst). Orchester der Deutschen Oper Berlin, direction musicale : Stephan Zilias.

Transposée dans la patrie du metteur en scène, la nouvelle production de Wozzeck du Deutsche Oper Berlin n’émeut pas, sans non plus passer à côté du sujet. Stephan Zilias en fosse pour un soir procure une belle dynamique à la partition orchestrale, quand sur scène le Wozzeck intelligent de s’oppose à la charismatique Marie d’.

est Norvégien et aime le faire savoir. Déjà pour le Deutsche Oper Berlin, il avait transposé dans un village de pêcheur sa Lady Macbeth de Mtsensk et à nouveau pour Wozzeck, l’action s’intègre dans un village de sa patrie, rappelée régulièrement par les drapeaux agités par le chœur. Pour le reste, la scène de l’ouvrage créée dans cette ville quatre-vingt treize ans plus tôt offre un cadre unique plutôt bien utilisé, mais trop entrecoupé par les tombées de rideaux entre chaque scènes – donc quatorze fois – avec toujours en gros plan une vidéo du visage de Wozzeck, dont le seul mouvement se lit au clignement des yeux.

Wozzeck présente un personnage trouble, bien travaillé par un certes moins impactant que Simon Keenlyside une décennie plus tôt, mais au niveau d’un Christopher Maltman, un peu perdu récemment dans la production de Warlikowski pour Amsterdam. Le chant impeccable se développe tant dans la réserve face au capitaine ou au docteur que dans l’aigreur du haut médium avant de donner, puis de se donner, la mort. Face à lui se montre l’une des chanteuses les plus charismatiques actuellement, même si elle n’a jamais bénéficié de la même exposition qu’Evelyn Herlitzius, avec laquelle elle partage de nombreux rôles communs du répertoire. frappe surtout ici lors de la scène avec le tambour-major, dans laquelle elle présente une femme affamée d’aventure face à une vie terne.


Le docteur profite d’un Wozzeck qu’il paye, et commence par une coloscopie avant de s’essayer avec lui à des expériences – en respect du livret du compositeur d’après Büchner – puis à des expérimentations sur lui-même pour toucher à l’immortalité. Tandberg joue alors autour d’un animal, la salamandre, d’abord vivante dans un sac plastique entre les mains de Wozzeck, puis sous le microscope du médecin qui lui coupe une patte et ensanglante tout le bain d’étude, image retranscrite en vidéo face au public. campe un Doktor aussi captivant physiquement que vocalement, jusqu’à la scène finale où il s’émeut face au bruit entendu dans les marais, devenu ici la salle du restaurant dans laquelle Wozzeck s’est ouvert les veines. De l’Ensemble de Berlin également, est un Tambourmajor nerveux, particulièrement efficace dans sa confrontation avec son concurrent, qu’il tente presque d’étouffer avant de le regretter. Le Hauptmann de convainc totalement dans un rôle complexe et surprend par la facilité à jouer dans le haut du spectre avec les sons dissonants de sa partie, notamment dans la première scène.

La lyrique pour Margret, le fantasque Narr (Idiot) d’Andrew Dickinson et les deux Handwerksbursch (Ouvriers) de et Philipp Jekal mettent une fois de plus en avant la qualité globale de l’une des plus belles troupe de répertoire du monde, tout comme le chœur, dont le léger défaut de mise en place des soldats à la dernière scène de l’acte II sera sans doute ajusté par la suite, et ne peut faire oublier la tenue du chant et la compréhension parfaite de chaque phrase de l’opéra. Très bien préparé aussi, le Kinderchor ravit lors de la dernière scène, lorsqu’il délaisse Jakob Hanisch, l’enfant de Marie et ses « Hop hop » très appuyés.

Comme en mai dernier pour Un Ballo in Maschera, où l’on a appris en récupérant le programme de salle que Donald Runnicles, prévu normalement tous les soirs, était remplacé par un autre, on découvre en entrant que le jeune Stephan Zilias dirigera la représentation. Sans doute devant l’orchestre sans avoir pu bénéficier de la moindre minute de répétition, l’ancien assistant de Markus Stenz, dont la carrière a justement débuté en 2011 avec trois représentations de l’ouvrage de Berg, propose une admirable ligne globale de laquelle ressort un beau travail des séries, comme aux fugues de l’acte II, en plus d’un magnifique climax lorsque l’orchestre est libre pour développer à loisir le puissant épilogue orchestrale en ré mineur, juste avant la scène finale.

Crédits photographiques © Marcus Lieberenz

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