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Dernier concert du Festival Terpsichore par le Quatuor Nevermind

Festivals, La Scène, Musique de chambre et récital

Paris. Salle Erard. 15-X-2018. Georg Philipp Telemann (1681-1767) : Fuga 14, TWV 30:l4 ; Nouveau Quatuor Parisien n° 4 en si mineur TWV 43:h2 ; Quatuor-Sonata II en sol mineur, TWV 43:g1 ; Quautor-Concerto I en sol majeur TWV 43:G1 ; François Couperin (1668-1733) : L’Apothéose de Corelli. Ensemble Nevermind

quatuor NevermindCréé par Skip Sempé en 2014, le festival Terpsichore a vu défiler la crème de la scène baroque actuelle. La cinquième édition du festival s’est naturellement portée sur dont on fête le 350e anniversaire de la naissance. C’était aussi sa dernière année, car la Muse dépose son habit de danse.

Dans un somptueux salon de l’ancienne maison Érard, rue du Mail dans le 2e arrondissement de Paris (qui n’est pas la Salle Érard utilisée comme lieu de concerts au XIXe siècle, celle-ci étant située dans le même bâtiment mais aujourd’hui transformée en bureaux), l’ambiance est bon enfant, mais empreinte de nostalgie. On écoute attentivement les jeunes interprètes qui se démarquent de la scène baroque depuis quelques années : la flûtiste , le claveciniste , le violoniste Louis Creac’h et le violiste (qui joue de la basse de viole ce jour) Robin Pharo. Ils jouent ensemble depuis sept ans, et ont remporté en 2014 le Prix spécial du festival à la Van Wassenaer Competition d’Utrecht.

Un quatuor avec flûte, une formation qui n’est pas si courante, donc a priori difficile à s’imposer, a trouvé sa place, voire une grande place dans ce milieu toujours effervescent. L’élégance naturelle de leur interprétation, réalisée avec un sens inné du phrasé et du rythme des quatre musiciens, donne un nouveau souffle à un répertoire qui, jusqu’à maintenant, n’était pas aussi représenté. Dans une interview réalisée en 2016, ils affirment : « c’est notre devoir en tant qu’artistes qui ont envie de faire des choses et de toucher le plus de monde possible de dire non ce n’est pas si compliqué, non ce n’est pas si difficile d’accès, au contraire ».

Le programme de la soirée est concentré autour de 1730, dont trois compositions de Telemann. En effet, lorsqu’ils cherchaient des pièces pour pouvoir jouer ensemble, ils ont découvert les partitions de pour quatuor qui s’adaptent parfaitement à leur formation. Ils commencent par le quatrième des Nouveaux quatuors en six suites de 1738, déjà présent dans leur récent disque Telemann (clef du mois ResMusica), précédé par une fugue qui fait partie de Zwanzig Kleine Fugen (vingt petites fugues). Dans une acoustique idéale pour la musique de chambre, chaque instrument donne le meilleur de sa sonorité dans une grande harmonie avec les trois autres partenaires. L’indication de chaque mouvement (Coulant, Gay, Vite, Triste…) est considérée avec beaucoup de feeling, rendant leur interprétation parfaitement convaincante, ce qui vaut pour toutes les pièces qu’ils présentent au cours de la soirée. Les quatre pupitres dialoguent avec grâce, comme le montre l’effet d’imitations dans le mouvement Vite ou dans le Menuet plaisamment rendu.

Chaque mouvement de L’Apothéose de Corelli de porte un titre évocateur : « Corelli au pied du parnasse prie les Muses de le recevoir parmi elle » ;« Corelli buvant à la source d’Hypocrêne, Sa troupe continue » ; « Entouziasme (sic) de Corelli par les eaux d’Hypocrème » etc… Ensemble, ceux-ci suggèrent un programme ou un conte. Nos oreilles ne distinguent malheureusement pas la subtilité de ces propos, cela sonne tel un quatuor comme les autres, mais ce qui est sûr, c’est que la musique est gracieuse et que l’ joue toujours avec beaucoup de goût, sans aucune banalité ni avec l’exagération dans laquelle une autre quatuor pourrait tomber, influencé par ces titres.

Au cours des deux autres quatuors de Telemann, les musiciens sont pris d’un fou rire en plein milieu de l’exécution, contraints ainsi de s’arrêter un petit moment. Nombre d’auditeurs dans la salle sont des mélomanes et des musiciens eux-mêmes, et accueillent l’interruption généreusement, on s’en amuse même ; l’ambiance se détend alors encore davantage. Pour autant, la virtuosité et le raffinement de leur jeu demeure parfaitement intacts, et l’auditoire prend plaisir et vit cette soirée chaleureuse et amicale avec les musiciens.

Pour les ultimes pièces du festival, ils donnent deux bis : une chaconne de Telemann, la première pièce que les musiciens ont jouée ensemble à leurs débuts, et le mouvement rapide du Quatuor en si mineur.

Ainsi se sont refermés les concerts du Festival Terpsichore qui a offert tant de plaisir aux amoureux de musique baroque…

Crédit photographique © Rita Cuggia

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Skip Sempé, claveciniste et chef au service des compositeurs

 

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