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Création de Sous la pluie de feu de Hersant par l’OPRF et Pascal Rophé

Concerts, La Scène, Musique symphonique

Paris, Maison de la Radio – Auditorium. 16-XI-2018. Maurice Ravel (1875-1937) : Le Tombeau de Couperin, Concerto pour la main gauche ; Philippe Hersant (né en 1948) : Sous la pluie de feu ; Igor Stravinsky (1882-1971) : Symphonie en trois mouvements. Nelson Goerner (piano), Hélène Collerette (violon), Nadine Pierre (violoncelle), Orchestre Philharmonique de Radio-France, direction : Pascal Rophé

En ces jours de centenaire de l’Armistice de 1918, l’Orchestre Philharmonique de Radio-France proposait un riche programme thématique : Ravel, Stravinsky, et une très attendue création de .

L’œuvre de  garde les séquelles d’une guerre à laquelle il a participé (il fut envoyé sur le front entre 1916 et 1917) : chacun des mouvements du Tombeau de Couperin est dédié à un de ses amis tombés au combat, tandis que dans le tragique et grandiose Concerto pour la main gauche la guerre se porte sur le corps même du dédicataire , amputé du bras droit après des combats en Pologne.

entraîne avec enthousiasme les musiciens dans ce Tombeau qu’il dirige par cœur. Toutefois, sa vision toute « boulezienne » apporte en clarté ce qu’elle perd en sensualité, retenues, et contrastes. On est cependant frappé d’une chose, malgré cette direction au scalpel : l’ joue avant tout sur le collectif. La beauté n’est pas tant dans dans la réussite de tel solo, ou de tel moment de bravoure instrumentale, mais dans l’intelligence du jeu d’ensemble, dans l’élan commun et les couleurs partagées. L’orchestration légère prévue par Ravel permet encore plus de goûter l’intensité ces respirations collectives, spécifiquement dans la Forlane et le Rigaudon final avec de graciles échanges entre bois solistes.

Dès les premières mesures du foudroyant Concerto pour la main gauche, la pâte du Philhar’ se fait encore plus intense, avec un contrebasson qui semble sourdre de terre dans un chant noir et désespéré. En grande formation cette fois-ci, l’orchestre apparaît toujours à l’écoute du flux musical, tout comme son chef , très souvent tourné vers le piano de . Toutefois, force est de constater que côté piano solo, le monde si riche, si dense de Ravel n’est pas au rendez-vous. Le clavier de sonne souvent rêche, sans prises de risque, comme s’il n’arrivait pas à s’extraire des difficultés techniques (certes colossales) imposées par la partition, afin de trouver le véritable état de fusion avec la masse orchestrale demandé tout au long de l’œuvre.

Après l’entracte prenait place la création mondiale attendue du concerto pour violon et violoncelle Sous la pluie de feu signé par , composé en hommage aux deux musiciens « poilus » de la Grande Guerre Lucien Durosoir et Maurice Maréchal.
Durant près de vingt-cinq minutes, Hersant alterne des phases lyriques sans pathos, avec des moments plus pulsés, sombres, où le piétinement des contrebasses et des figures d’appels de cuivres se croisent et se superposent, jusqu’à aboutir à un long épilogue en forme d’épuisement progressif du matériau, crépusculaire et en sous-tension. On retrouve ainsi toujours avec plaisir et émotion l’univers si particulier du compositeur français, dont on reconnait ici quelques éléments idiomatiques : hiératisme façon Palestrina, citations déformées d’œuvres du passé (ici le choral Ach Gott, vom Himmel sieh darein repris par Mozart dans La Flûte Enchantée), trilles et glissades d’harmoniques naturels pour les cordes, ou envoûtants balancements harmoniques obstinés. L’écriture des solistes quant à elle n’est que rarement virtuose, préférant une sobriété allant à l’essentiel. Ce qui n’empêche pas et  de mettre toute leur âme dans une musique qu’elles défendent avec intensité. Le preuve en est avec leur court bis, Le Silence des Sirènes, extrait des Onze Caprices du compositeur, perle translucide tout en harmoniques flûtés qui apportait une touche de légèreté bienvenue.

Marquée quant à elle par la Seconde Guerre Mondiale, la Symphonie en trois mouvements (1945) d’ est l’œuvre qui convient le mieux au bras acéré de Pascal Rophé, qui en accentue les arrêtes tranchantes, notamment dans le premier mouvement. Les couleurs chambristes du Philhar’ se déploient avec élégance dans un deuxième mouvement qui annonce la période néo-classique du compositeur russe, avant de retrouver l’acidité du premier mouvement dans un finale qui évoque une réécriture de la Danse Sacrale du Sacre du Printemps.

Crédits photographiques : © Ouzounoff SAIF Images

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