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Mikko Franck et les sœurs Buniatishvili : musique française à la Philharmonie

Concerts, La Scène, Musique symphonique

Paris. Philharmonie. Grande Salle Pierre Boulez. 23-XI-2018. Maurice Ravel (1875-1937) : La Valse, poème chorégraphique (version pour 2 pianos) ; Daphnis et Cloé, suite orchestrale n° 2. Claude Debussy (1862-1918) : Rhapsodie pour saxophone. Francis Poulenc (1899-1963) : Concerto pour deux pianos et orchestre. Khatia et Gvantsa Buniatishvili, pianos. Claude Delangle, saxophone. Orchestre Philharmonique de Radio France, direction : Mikko Franck

38662900866_a661371606_kLe « Philhar » et assurent le concert inaugural du week-end musique française à la Philharmonie de Paris, dans un programme éclectique et original convoquant Ravel et Debussy, bien sûr, mais également , avec les sœurs Buniatishvili et le saxophoniste .

Volontiers délaissée au profit de la célèbre version orchestrale qui lui est contemporaine, la version pour deux pianos de La Valse de séduit par son immédiateté et sa prise directe sur l’auditeur, dégageant instantanément l’émotion. L’étonnant mélange d’insouciance tournoyante et d’inquiétude confinant rapidement au fantastique et au cauchemar, la suspension du temps qui progressivement se disloque dans le rêve, deviennent, ici, d’une évidence immédiatement palpable sous les doigts des sœurs Buniatishvili. Portée par une dynamique irréprochable et envoûtante cette interprétation pâtit toutefois d’un certain déséquilibre entre les deux parties du fait du jeu largement prédominant de Khatia qui confine volontiers sa sœur Gvantsa au rôle de faire-valoir.

Climat tout différent avec le Concerto pour deux pianos de après que l’orchestre a regagné la scène. Véritable patchwork musical, l’Allegro initial voit alterner rythmique quasi stravinskienne, lyrisme, mystère et sonorités évanescentes du piano sur un contre-chant de trompette et de clarinette, précédant le Larghetto d’inspiration mozartienne, avant que le Final, composite, ne mêle accents populaires et musique savante dans un syncrétisme tout à fait caractéristique de la personnalité du compositeur. Là encore, peine à contenir son ego, sans nuire toutefois à une lecture  équilibrée et virtuose où le Philhar fait état de l’excellence de ses pupitres. En « bis » un échevelé tango de Piazzolla, joué à quatre mains, achève de conquérir la Philharmonie.

Debussy n’aimait pas le saxophone, ni sa rhapsodie pour cet instrument puisqu’il la laissa inachevée. Elle fut achevée et orchestrée après sa mort par en 1919. Il faut bien reconnaître que cette courte pièce, commandée par la riche américaine Mrs Hall, peine à trouver son chemin et son but… Outre sa rareté d’exécution en concert, on en retiendra les belles performances solistiques d’ au hautbois et la magnifique sonorité du saxophone alto de qui, fidèle à Debussy, propose en « bis » une transcription de Syrinx pour saxophone soprano.

Mais la soirée restera indiscutablement marquée par une interprétation d’anthologie de la Suite n° 2 de Daphnis et Chloé de . Une suite orchestrale qui constitue un des chefs-d’œuvre du compositeur en reprenant la dernière scène du ballet éponyme commandé par Diaghilev (Lever du jour, Pantomime et Danse générale). Dans cette partition, Ravel dépasse largement le cadre du ballet pour atteindre au sommet de la musique symphonique. C’est sur un tapis de cordes à la ligne souple et ondulante que se déploie lentement le jour en vagues mélodiques croissantes et tendues jusqu’au climax qui ouvrira la voie à la pantomime portée par la superbe flûte de Thomas Prévost et le violon solo de Ji Yoon Park, avant que la danse finale débridée ne conclue cette remarquable interprétation où rien ne manque : élégance du phrasé, subtilité des nuances, légèreté de la texture orchestrale rendant audibles tous les timbres, précision de la mise en place, rigueur rythmique, dynamique tendue et performances individuelles. Une lecture enthousiasmante !

Crédit photographique : Khatia et © Petra Hagska

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