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Études-tableaux de Rachmaninov transcendantes par Steven Osborne

À emporter, CD, Musique de chambre et récital

Sergueï Rachmaninov (1873-1943) : les dix-sept études tableaux opus 33 et 39. Steven Osborne, piano Steinway and sons. 1 CD Hyperion. Enregistré en l’église de St Silas the martyr, Kentish Town à Londres en août 2017. Texte de présentation en anglais, français et allemand. Durée: 61:39

 

rachmaninov osborne.Le pianiste écossais nous propose une splendide version  des Etudes-tableaux de , extraordinaire à la fois par le respect absolu du texte et par la totale appropriation de l’univers poétique du compositeur par l’interprète.

Depuis une bonne vingtaine d’années, l’écossais nous a gratifié d’une petite quarantaine d’enregistrements pour Hyperion, son éditeur exclusif, avec une prodigieuse constance qualitative. Il a touché à tous les genres (solo, quatre mains, musiques de chambre ou concertante), entre incontournables du répertoire (de Beethoven à Messiaen), découvertes (Alkan, Medtner) et œuvres de création récentes (Crumb, Feldman). Après une intégrale très réussie des Préludes de Rachmaninov (Clef ResMusica) captée en public voici dix ans, c’est en studio que le pianiste s’est replongé dans l’univers musical du maître russe, pour une somptueuse intégrale des dix-sept études-tableaux opus 33 et 39. Il a donc retenu comme souvent  les deux numéros de l’opus 33 « sacrifiés » par l’auteur lors de la publication, et révélés de manière posthume au public en 1948.

Il faut d’abord noter, partition en main, qu’au-delà de la maîtrise pianistique absolue et constante de Steven Osborne au fil de ces redoutables pages, le respect presque maniaque du texte musical, de la moindre nuance dynamique ou du détail de phrasé le plus enfoui dans l’écheveau d’une riche polyphonie. Ensuite, au-delà de ce souci et de cette poésie de l’exactitude, règnent le contrôle absolu de la sonorité, même dans les forte les plus colossaux (opus 33 n°9), l’utilisation chirurgicale de la pédale, l’imagination tantôt vaporeuse quasi chambriste (début opus 33 n°8, opus 39 n°8) tantôt plus symphonique et roide mais sans aucune dureté (opus 33 n°9, opus 39 n°6), magnifiée par une immense variété de touches et de couleurs. Ainsi, la section centrale de l’opus 39 n°7, sorte de marche funèbre lugubre avec effets de pluie selon la description de l’auteur, progresse du gris le plus blafard des pianissimi détimbrés au tintinnabulement mordoré d’immatérielles cloches.  Cette gourmandise sonore transcende la relative abstraction de ces « tableaux », ce sans jamais tomber dans l’anecdotique. Steven Osborne se refuse ainsi  tantôt toute nonchalance romantisée excessive dans les études-tableaux les plus suaves, ou toute vigueur sonore tonitruante dans d’autres bien plus démonstratives.

Cette pudeur presque aristocratique et cette rectitude textuelle projettent en pleine lumière la modernité certaine de l’œuvre, notamment sur les plans harmonique et polyphonique. Jamais ainsi, l’étude-tableau conclusive de l’opus 39 ne nous est soudainement apparue comme une sœur russe et orientalisante de l’étude pour les accords ponctuant le cycle debussyste de peu antérieur !

Certes, il existait déjà de passionnantes versions de ces pages : l’intégrale de (Decca-Eloquence) ou la sélection de neuf études par (Praga) lesquels assument, chacun à leur manière, l’immanent versant russe de ces miniatures. On peut se souvenir aussi l’approche très sophistiquée et plus moderne encore de dans un de ses tout premiers disques (HM Musique d’abord). Les pianistes d’aujourd’hui semblent plus souvent jeter leur dévolu sur  les neuf études de l’opus 39 (tel , à l’approche littéraire presque trop raffinée – HM) et délaisser un peu l’opus 33. Le disque de Steven Osborne fait, avec cette intégrale, ainsi œuvre d’exhaustivité et de synthèse des diverses approches possibles . Il relègue aux oubliettes la récente intégrale ventilée sur deux disques épars de Boris Giltburg (Naxos) par exemple.

Parler ici de perfection pourrait corroborer une impression de froideur analytique. Or il s’agit ici avant tout de vie, de couleurs, et de totale recréation artistique au fil de ce maître disque chaudement recommandé, et pleinement satisfaisant sur le plan de la captation – ce qui n’est pas toujours acquis lorsqu’il s’agit d’enregistrements pianistiques chez Hyperion.

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