Jeroen Verbruggen, chorégraphe d’un faune queer

Chorégraphe belge de trente-cinq ans, s’est construit à Monaco. Après avoir été danseur pendant dix ans dans la compagnie des , il poursuit sa collaboration avec en tant que chorégraphe. Invité à chorégraphier sur le Prélude à l’après-midi d’un faune de Debussy dans le cadre du programme En Compagnie de Nijinsky, il nous explique comment sa pièce, Aimai-je un rêve ?, lui a permis de parler du désir sous toutes ses formes, au-delà des frontières entre les sexes.

« Le faune évoque pour moi le monde queer, le fait d’être différent. »

ResMusica : Après avoir dansé dans Le Spectre de la rose de et chorégraphié Massâcre sur la musique du Sacre du printemps [juillet 2017], vous vous attaquez à L’Après-midi d’un faune : avez-vous une prédilection pour les œuvres et le personnage de Nijinsky ?

: Après avoir dansé dix ans ici à Monaco et interprété Daphnis et Chloé [NDLR : de ], Le Spectre de la rose [NDLR : de ], les Ballets russes sont devenus une sorte de patrimoine, souvent revisité. C’est très inspirant pour moi.

RM : Comment avez-vous abordé L’Après-midi d’un faune, œuvre emblématique de Nijinsky ?

JB : C’était un grand défi car j’ai vu beaucoup de très bonnes reprises et la musique de Debussy est un chef-d’oeuvre. Au lieu de me concentrer sur ce qui a déjà été fait, je me suis demandé ce que représentait ce faune pour moi et ce qu’il avait à me dire. J’ai personnalisé cette version du faune en imaginant comment aurait pu se dérouler ma rencontre avec cette créature.

RM : Votre création est un duo entre deux hommes dans un décor dépouillé : pourquoi avoir choisi d’évacuer la présence féminine ?

JB : Je n’avais pas du tout envie de raconter la rencontre de la nymphe et du faune. Actuellement, il est beaucoup question de genre, de non genre, de pansexualité. L’homosexualité n’est plus seulement une catégorie dans laquelle on enferme les gens. Le sexe n’a plus d’importance. C’est pour cela que j’ai créé la même pièce avec trois couples différents, deux hommes, deux femmes et un homme et une femme. Cette expérience de création a été très enrichissante. Le faune évoque pour moi le monde queer, le fait d’être différent. C’est une rencontre qui va au-delà du sexe ou de l’érotisme. Elle renvoie à l’amour ou l’attirance pour l’être, quelle que soit l’enveloppe extérieure. Cette pièce parle de l’ouverture à sa propre sexualité, à son être.

RM : La collaboration entre Bakst et Nijinsky a joué un rôle majeur dans la création de l’Après-midi d’un faune : vous avez également un lien privilégié avec Charlie Le Mindu, qui a créé les costumes de Massâcre. Comment s’est passé votre dialogue sur cette création ?

JB : J’ai demandé à Charlie Le Mindu de revisiter le costume original de Bakst. Il voulait travailler sur la peau. Tous les danseurs choisis pour incarner le rôle du faune ont la peau sombre, ce qui nous a conduit à inverser la couleur des taches de la tunique de Nijinsky. Les taches blanches évoquent aussi la dépigmentation de la peau. Le costume et les lumières sont aussi importants pour moi que la chorégraphie. Nous travaillons en équipe avec Charlie Le Mindu et Fabiana Piccioli, chacun a son mot à dire !

RM : Jean-Christophe Maillot vous a donné votre chance en tant chorégraphe et vous êtes à présent invité par de grandes compagnies internationales : sur quelles thématiques et avec quelles compagnies rêvez-vous de travailler à présent ?

JB : Cela fait cinq saisons que j’ai quitté la compagnie des en tant que danseur. Je réalise une création par an à Monaco et quatre ou cinq ailleurs. Toutes mes pièces abordent des thèmes différents, même si celui de l’érotisme revient souvent. J’ai la chance d’avoir beaucoup de projets, y compris à l’international. Je vais à Moscou cette année puis je chorégraphie une Belle au Bois dormant, toujours avec Charlie Le Mindu et Fabiana Piccioli, à Leipzig en novembre prochain. J’en suis très heureux.

Entretien réalisé le 8 décembre 2018 à Monaco.

Crédits photographiques : Jeroen Verbruggen – © Alice Blangero

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