Heinz Holliger pour Anna Lucia Richter et Schubert

Concerts, La Scène, Musique de chambre et récital

Luxembourg. Philharmonie, Salle de musique de chambre. 8-I-2019. Louis Spohr (1784-1859) : Zwiegesang ; Wach auf ; Franz Schubert (1797-1828) : An den Mond (Goethe) ; Der Zwerg ; An mein Herz ; Trois Lieder de Mignon ; Das Heimweh ; Ellens Gesang I-III ; Der Hirt auf dem Felsen ; Heinz Holliger (né en 1939) : Reliquien (création mondiale). Anna Lucia Richter, soprano ; Matthias Schorn, clarinette ; Gerold Huber, piano

Anna Lucia Richter - Matthias Schorn - Gerold Huber-7Une création irradiante de beauté de dialogue avec Schubert à la Philharmonie Luxembourg.

Voix, piano, clarinette : le mélomane averti pense aussitôt au Pâtre sur le rocher de Schubert. C’est bien ce Lied qui clôt le concert donné par , le pianiste et Matthias Schorn, clarinettiste solo du Philharmonique de Vienne, mais ce trio d’élite ne se contente pas de ce morceau de bravoure. Dès le début du concert, puis en bis, ils s’essaient aux Lieder op. 103 de , qui donnent une première idée du talent du clarinettiste Matthias Schorn, ce soir chambriste raffiné et versatile.

Mais n’a pas seulement exploré ce répertoire romantique oublié : la fin de la première partie est consacrée à une œuvre de commande, pensée pour ce programme comme écho au Pâtre. , présent ce soir pour la création de son œuvre, a choisi de rendre hommage à Schubert en mettant en musique trois fragments de textes écrits par Schubert et publiés sous ce titre par Schumann une décennie après la mort de Schubert : la structure ternaire de l’œuvre est elle-même un écho au Lied de Schubert, mais les mouvements extrêmes vont jusqu’au quasi-surplace, et c’est alors la texture et les couleurs qui font l’événement. Holliger, ici, s’inspire notamment de la courte musique funèbre (D. 79) qu’un Schubert de 16 ans s’était écrite pour lui-même : la voix, le piano, la clarinette explorent ensemble ou séparément toutes les nuances du son schubertien.

Le plus admirable ici peut-être est sans doute la manière dont Holliger, plutôt que de se contenter d’écrire pour elle un morceau de bravoure, pénètre au cœur de l’identité vocale de sa jeune interprète pour en nourrir son écriture, en une sorte de radiographie sonore qui est un cadeau extraordinaire pour son interprète principale.

Le reste du programme est consacré à des Lieder de Schubert dans leur instrumentation la plus familière, avec un programme qui va de la mélancolie de Heimweh jusqu’aux élans dramatiques de Der Zwerg (Le Nain). L’intériorité des Lieder de Mignon et la berceuse funèbre du premier Ellens Gesang lui réussissent particulièrement bien, elle qui, voix cristalline qu’on pourrait croire condamnée à la légèreté, sait donner une intensité tantôt douloureuse, tantôt mélancolique – mais la chaleur de l’ode au printemps qui conclut Le Pâtre sur le rocher, elle aussi, sied à sa voix. Il faut avouer que ce soir, par moments, la chanteuse montre des duretés dans l’aigu qu’on ne lui connaissait pas, mais la préparation d’un programme aussi exigeant a sans doute laissé des traces, et elle aura l’occasion dans les étapes ultérieures de la tournée qui s’annonce de dissiper ces quelques nuages. Le récital confirme en tout cas que le Lied n’a pas fini de passionner les jeunes interprètes, tout comme il porte témoignage de l’art unique de , toujours au service des chanteurs avec lesquels il travaille, mais toujours moins simple accompagnateur que véritable partenaire chambriste.

Crédit photographique : © Alfonso Salgueiro

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