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Nuits d’été un jour d’hiver à la Philharmonie

Concerts, La Scène, Musique symphonique

Paris. Philharmonie, Grande salle Pierre Boulez. 13-I-2019. Hector Berlioz (1803-1869) : Le Corsaire, ouverture op. 21 ; Les Nuits d’été op. 7. Maurice Ravel (1875-1937) : Daphnis et Chloé suite n° 1. Albert Roussel (1869-1937) : Bacchus et Ariane, suite n° 2. Karine Deshayes, mezzo-soprano ; Orchestre National d’Ile-de-France, direction : Fabien Gabel

L’Orchestre national d’Île-de-France, dirigé par , montre son savoir-faire dans des œuvres issues de deux périodes clés de la musique française, le romantisme d’ – avec notamment ses très célèbres Nuits d’été – et le goût de la première moitié du XXe siècle pour une antiquité revisitée, ici par et .

Avec ses premières mesures extrêmement rapides puis un thème lent qui paraît surgir trop vite, l’ouverture Le Corsaire saisit d’emblée, si typique du romantisme plein de fougue de Berlioz. La direction de met en valeur la belle sonorité des cordes de l’Orchestre national d’Île-de-France. Malgré les contrastes, il manque peut-être un grain de folie.

C’est un tout autre univers que construit Berlioz dans ses célèbres Nuits d’été, six mélodies sur des poèmes de Théophile Gautier, données dans la version orchestrée par le compositeur, celle qu’on entend le plus souvent. Plus intérieur, plus douloureux, son romantisme s’y épanche avec toute sorte de nuances, une très belle écriture mélodique et, pour l’orchestre, des effets de timbre particulièrement réussis. Choisissant des tempi relativement allants, Fabien Gabel accentue les contrastes et donne du relief aux accents de la partition. L’interprétation de , plutôt lyrique, paraît parfois manquer de profondeur et de simplicité. Si ses aigus ont souvent une grande beauté et traduisent le caractère passionné des poèmes, on n’en comprend pas toujours très bien le texte. Ses regards sur la partition nuisent peut-être à l’intériorité que nécessite cette poésie dont Berlioz a su rendre la subtilité et la complexité, au-delà des conventions d’écriture de l’époque. Les applaudissements du public du dimanche après-midi entre chaque mélodie ne permettent pas non plus de garder la tension émotive tout au long du cycle.

La suite n°1 Daphnis et Chloé de a été créée en 1911 et le ballet en juin 1912, un an avant le célèbre Sacre du Printemps de Stravinsky. C’est à l’origine, comme le Sacre, une commande pour les Ballets Russe de Diaghilev, dansée par Nijinsky à la création. Dès le début, le frémissement des cordes que viennent éclairer tour à tour un bois ou un cuivre, plonge dans une atmosphère nocturne et sensuelle. Un solo de cor tout en finesse, montre, parmi d’autres, combien l’orchestre maîtrise ce répertoire dans ses différents registres. Il faut en effet beaucoup de délicatesse pour rester dans l’esprit de Ravel qui évoque « la fidélité à la Grèce de ses rêves (…) qu’ont imaginée et dépeinte les artistes français de la fin du XVIIIe siècle ». La qualité des vents, la dynamique rythmique de la danse guerrière, concourent à rendre le frémissement du désir qu’évoque cette musique si « française ».

Vingt ans plus tard, compose également un ballet inspiré de cette Grèce antique imaginaire, cette fois-ci pour l’Opéra de Paris et Serge Lifar : Bacchus et Ariane. La Suite n° 2 commence avec de très beaux solos à l’alto d’abord, avec une sonorité superbe, en duo avec le basson, puis au violon. L’orchestre y est particulièrement convaincant, la partition mettant à l’honneur les uns après les autres des solistes de différents pupitres. D’autres mouvements, parsemés de thèmes et de rythmes néoclassiques, et le Moderato pesante, qui n’échappe pas à une certaine lourdeur, sont conduits toutefois avec souplesse, jusqu’au final très brillant.

Crédit photographique : © Stéphane Bourgeois

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  • Pierre Dubuisson

    Le Prélude à l’Après-Midi d’un Faune de Debussy n’est pas une commande des Ballets russes. Ecrit entre 1892 et 1894, créé en 1894, il n’a été dansé par Nijinsky qu’en 1912.

    • Merci de votre remarque, l’article contenait en effet une approximation,
      le Prélude à l’après midi d’un faune ayant, comme vous le faites
      remarquer, été dansé par les Ballets Russe au même moment que Daphnis et
      Chloé, mais composé bien avant.
      Jean-Pierre Sicard

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