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Haïm, Devieilhe, Desandre : trois femmes puissantes pour Haendel

À emporter, CD, Musique d'ensemble

Georg Friedrich Haendel (1685-1759) : Aminta e Fillide, Armida abbandonata, La Lucrezia, Trio Sonata op.2/ HW 386b. Sabine Devieilhe, soprano ; Lea Desandre, mezzo-soprano. Le Concert d’Astrée, direction : Emmanuelle Haïm. 2 CDs Erato. Enregistré en avril 2018 en l’église Notre-Dame-du-Liban à Paris. Notice et livret trilingues (anglais, français, allemand). Durée : 53:27 et 42:47

 

italian-lcda-2-1140x1200Un double CD pour Haendel mais aussi pour trois femmes  résolues. Une fête musicale qui n’est pas sans faire sens.

Des cantates de la période italienne (1706 à 1709) du jeune Haendel, on connaît surtout les airs qu’il réutilisa dans ses opéras, principalement Agrippina et Rinaldo. Voici l’occasion de découvrir dans les meilleures conditions le puits matriciel mélodique et dramatique d’un art que chefs et metteurs en scène remettent régulièrement sur le métier.

Le premier disque est consacré à la conséquente Aminta et Fillide. Cette cantate de 53 minutes est un touchant éloge du harcèlement sentimental puisque le berger Aminta (amoureux à sens unique, au contraire des Astrée et Céladon d’Honoré d’Urfé) y voit sa sincère assiduité in fine récompensée. Tout pourrait être convenu mais tout captive à l’écoute du trio gracieux formé par Sabine Devieilhe et Lea Desandre choyées en concert et dans cet album par une cheffe qui fait dire quelque chose à chaque note (la conclusion osée du tube Fiamma bella !). a écrit les ornements de da capo qui autorisent dès Fermati, non fuggir ! le potentiel stratosphérique d’une qu’elle connaît bien depuis leur Trionfo del Tempo e del Disinganno (Aix-en-Provence, 2016). Unique moment de complicité vocale : un Duetto final hautement addictif.

La leçon de musique se poursuit sur un second disque avec deux autres cantates en solo cette fois, plus brèves et plus dramatiques : Armida abbandonata et La Lucrezia. Une quinzaine de minutes pour un maximum d’affects (de l’abandon au viol) malmenant le terme longtemps commode d’hystérie féminine. À l’issue d’Armida abbandonata, la colorature la plus spectaculaire du moment tend la main à la jeune mezzo-soprano par-dessus une bouleversante Sonate en trio (un Largo à se passer en boucle, lui aussi bientôt récupéré par Agrippina). Poussée hors de ses retranchements par (l’ambitus vocal et le tranchant finals sont réellement impressionnants), fait de La Lucrezia un manifeste sans concession contre les violences subies par les femmes de la part de tous les Tarquinius de la désolante histoire des hommes. Le disque se conclut sur le sceau de ce terrible constat dans un impressionnant silence.

La minceur de l’effectif (sur La Lucrezia une simple basse continue) est toujours compensée par l’imagination, l’élan musical miraculeux de la directrice musicale du Concert d’Astrée, la virtuosité des instrumentistes de son ensemble autour du luth somptueux de (qui, curieusement alterne avec celui de à l’intérieur de chaque cantate), et la grande beauté de la prise de son.

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