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Vive la Cantate haendélienne au Théâtre des Champs-Élysées

Concerts, La Scène, Musique de chambre et récital

Paris. Théâtre des Champs-Élysées. 7-IV-2018. Georg Friedrich Haendel (1685-1759) : Cantates italiennes. Sabine Devieilhe, Soprano ; Lea Desandre, Mezzo-soprano. Le concert d’Astrée, direction : Emmanuelle Haïm

Emmanuelle Haïm/Sabine Devieilhe/Léa DesandreTémoignages du passage du jeune Haendel en Italie, les cantates composées pour les salons de l’élite manifestent déjà parfaitement le dramatisme des futurs opéras du compositeur saxon. Pour défendre ces « faux » opéras, et visent le cœur, accompagnées par d’.

Les cantates profanes composées par Haendel illustrent parfaitement l’ambivalence de cet art qui ne possède pas de ressort théâtral et dramatique mais où tout concourt à l’expression des passions humaines.

La première partie du concert est consacrée à l’Armida Abandonnata et à la Lucrezia, cantates pour une voix défendues successivement par la soprano  et la mezzo . Malgré un sujet à succès à l’époque baroque, l’Armida est sans doute la cantate la moins passionnante de la soirée et la soprano, minutieuse à la limite du scolaire, ne parvient pas à tirer un impact significatif de cette lamentation au dramatisme finalement assez édulcoré. Il faut dire que même si tout semble en place – une technique superlative, des aigus rayonnants – la distance de l’interprète, yeux fermés ou rivés sur la partition, n’aide pas à capter l’attention du public. Une étonnante déception qui sera vite balayée dans la seconde partie de la soirée.

Mise en parallèle, la prestation de Lea Desandre, bénéficiant d’une partition il est vrai plus flatteuse, apparaît immédiatement plus fluide, spontanée et incarnée. La voix, superbe, ronde, puissante et suave, est homogène sur l’ensemble de la tessiture. La diction mordante et le phrasé intelligent confèrent une théâtralité moins précautionneuse à la prestation de la mezzo qui sait prendre des risques et captive le public jusque dans un « Vendetta » éblouissant.

L’accompagnement prodigué par est somptueux, comme souvent avec cette formation dirigée avec un sens aiguisé de l’expressivité par . Le continuo, suave à souhait, constitue un délicat tapis sonore et l’on admire la grande élégance du luth de . La Sonate en trio opus 2 n° 1 est menée, comme l’ensemble des cantates, avec un sens des nuances et des pulsations qui émerveille et qui laisse présager d’une belle seconde partie.

Aminta et Fillide  constitue le plat de résistance de la soirée. Cette cantate pastorale pour deux voix surprend d’abord dans l’inversion des voix proposée, la soprano interprétant le personnage du berger convertissant la bergère aux vertiges de l’amour. On retrouve Sabine Devieilhe métamorphosée, ou plutôt telle qu’en elle-même. Investie, présente, manifestement amusée par ce travestissement. La voix est beaucoup mieux projetée qu’au début de la soirée, les aigus fusent avec une énergie déconcertante mais jamais gratuite, toujours au service de l’expression juste. Face à elle, Lea Desandre joue les ingénues et poursuit sur sa lancée, balançant entre ironie et désarroi. Chaque numéro est l’occasion d’apprécier la virtuosité des deux interprètes dont les voix se rejoignent magnifiquement dans un duo final où la précision d’exécution des vocalises laisse pantois.

Face à un public enthousiaste, la soirée se conclut par deux bis bien sentis : le « Bramo aver mille vite » extrait de l’Ariodante prolonge l’atmosphère élégiaque de la cantate précédente, et le sublime « Pur ti miro » du Couronnement de Poppée laisse entrevoir les sortilèges que pourrait donner une telle collaboration si elle devait se prolonger. Souhaitons-le !

Crédit photographique : © DR- Théâtre des Champs-Élysées

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